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LA MARECHALERIE A VERSAILLES Bouillant de vie
Boris Daireaux pour Evene.fr - Février 2007 - Le 25/01/2007
Ouverte depuis juin 2004, la Maréchalerie est le premier centre d’art contemporain créé à Versailles. Pluridisciplinaire, le lieu fait se côtoyer art et architecture dans un esprit de totale ouverture. Pour preuve, l’exposition qui s’ouvre le 2 février est le fruit d’un travail commun entre le sculpteur Jacques Julien et l’écrivain Pierre Alféri. Découverte…
Un lieu chargé d’histoire
C’est un lieu peu connu de l’art contemporain et des Versaillais eux-mêmes. Une sorte de grande longère dans l’ombre de l’imposante école d’architecture qui lui fait face et à laquelle elle appartient.
Créé en juin 2004, à l’initiative de Nicolas Michelin, directeur de l’école d’architecture de Versailles, le centre d’art contemporain la Maréchalerie, à Versailles, est situé dans les Petites Ecuries du château, construites entre 1679 et 1682 par Jules Hardouin Mansart (1646-1708), alors Premier architecte du roi Louis XIV.
Dépendance du château, les Petites Ecuries abritaient à l’époque des "chevaux de trait" (chevaux de carrosses et d’attelages de toutes sortes) tandis que les Grandes Ecuries, qu’occupent actuellement Bartabas et son école de spectacle équestre, regroupaient les chevaux dits "de selle". La Maréchalerie, bâtiment de 3.000 m2 en brique rouge, voit véritablement le jour en 1683. Servant à la fois de forge et d’infirmerie, elle était censée fournir des écuries supplémentaires pour ses activités d’attelage. Jusqu’au XIXe siècle, la Maréchalerie (classée monument historique en 1862) est occupée par l’armée avant de connaître une longue déchéance.
Entre 1950 et 1965, l’armée évacue en effet peu à peu les espaces des Petites Ecuries, puis ceux de la Maréchalerie en 1967.
Si en 1969, année de sa création, l’école d’architecture de Versailles réinvestit les Petites Ecuries, ce n’est qu’en 2004, dans le cadre de sa rénovation et de son extension, qu’elle "récupère" les locaux de la Maréchalerie et y crée, sous l’impulsion de Nicolas Michelin, un centre d’art contemporain éponyme dont les espaces d’exposition n’occupent que 100 m2 sur les 3.000 m2 disponibles.
Mais qu’en est-il de l’espace lui-même ? C’est une pièce "ouverte de partout, qui ne comporte pas de cimaises", explique Valérie Knochel, la directrice du centre. Un espace plus haut que large et qui a conservé ses poutres apparentes. Très loin, donc, du cube blanc préconisé par l’art conceptuel et Robert Morris dans les années 1960.
En fait, c’est surtout de sa position géographique stratégique que profite la Maréchalerie.
Une situation géographique enviable
Axe central entre la ville et le château, la Maréchalerie se trouve en effet au sud de l’immense avenue principale (l’avenue de Paris) de Versailles. C'est-à-dire en plein coeur de la ville. A l’origine lieu de passage entre la ville et le château, la Maréchalerie constitue une percée dans la ville, depuis la place des Manèges jusqu’à la salle des Moulages dans les Petites Ecuries. C’est à cette position géographique enviable, centrale de la Maréchalerie, dans une ville au riche passé historique que s’associe la volonté de Nicolas Michelin et du maire, Etienne Pinte, de ne plus seulement mettre en valeur le château, mais de s’ouvrir à l’art contemporain. Dans une ville plutôt conservatrice, longtemps attachée à ne montrer que son seul patrimoine, le projet du centre d’art a paradoxalement "sonné comme une évidence" pour Etienne Pinte, qui a tout de suite donné son accord et des financements au projet de la Maréchalerie, qui bénéficie en outre des subventions de la région Ile-de-France et d’aides du ministère de la Culture. Qu’est-ce alors que la Maréchalerie ? Et quelles sont ses activités ? En un mot, que propose-t-elle vraiment ?
Un lieu de création vivant, pluridisciplinaire
La principale originalité de la Maréchalerie vient du fait que les artistes qui y exposent "s’intéressent à la fois à des notions d’art et d’architecture", dixit Valérie Knochel, la directrice du centre. Invités à produire une oeuvre in situ, ils doivent à la fois prendre en compte les difficultés d’un espace qui n’a rien à voir avec celui d’une galerie, et en même temps répondre à un cahier des charges très précis, qui stipule notamment que l’oeuvre produite doit être "en adéquation avec l’histoire de la Maréchalerie et faire écho, non seulement au patrimoine de la ville, mais à l’espace lui-même, très marqué sur le plan architectural."
Cela ne contrarie en rien la liberté de l’artiste. Bien au contraire, c’est un prétexte à toutes sortes de variations, de déclinaisons de l’oeuvre autour de la ville et de son patrimoine. Si les artistes reçus depuis trois ans privilégient l’installation ou la sculpture et sont déjà des artistes reconnus dans le milieu, Valérie Knochel souhaite désormais accueillir des artistes plus jeunes, soit des diplômés sortis récemment des grandes écoles d’art, soit des artistes surtout montrés à l’étranger mais peu connus en France.
Mais la Maréchalerie ne se limite pas à un seul espace d’exposition. Véritable plateforme de recherche et de création, elle fonctionne à la fois comme un pôle d’édition, de débats, de production et de diffusion des oeuvres. Si l’artiste invité est amené à produire une oeuvre spécifique pour le lieu, en tenant compte de ses contraintes, il réalise aussi un travail avec les étudiants de l’école d’architecture, qui est montré dans une salle attenante à l’espace principal d’exposition.
En parallèle de son activité de production d’oeuvres, la Maréchalerie mène des débats qui, sans avoir forcément un lien direct avec la programmation, regroupe deux spécialistes (anthropologue, philosophe, scientifique…) et un artiste autour de grandes questions qui peuvent aussi bien concerner "l’actualité que l’écriture, l’environnement que l’hôpital, l’espace du corps que les frontières du corps humain".
Intitulés "Débats manèges", ces forums de discussions ont vu les interventions d’artistes prestigieux comme Giuseppe Penone, Valérie Mréjen ou encore Daniel Buren.
Mais ce sur quoi semble particulièrement vouloir insister Valérie Knochel, c’est sur la pédagogie liée aux expositions, c'est-à-dire la nécessité d’expliquer des oeuvres à un public parfois peu féru d’art contemporain ou qui l’estimerait "un peu hermétique". Le temps d’une exposition, les étudiants de l’école d’architecture deviennent ainsi les curateurs de l’exposition.
En parallèle, pour chaque exposition, la Maréchalerie réalise un petit travail d’édition en produisant un document, sorte de petit livre-objet présentant le travail de chaque artiste.
Une belle exposition à découvrir
Jusqu’alors, les choix de Valérie Knochel se sont surtout arrêtés sur des artistes présentant des sculptures (Michel Blazy, Jakob Gautel) ou des installations (David Saltiel, Stéphane Magnien). Si la prochaine expo à venir ne trahit pas l’esprit de ces trois dernières années, avec la venue du sculpteur Jacques Julien, Valérie Knochel souhaite davantage se tourner vers des médiums comme la vidéo ou la photographie. Seul hic dans ce désir d’aller vers d’autres supports, l’absence de cimaises dans la Maréchalerie… Mais la curatrice, qui aimerait "agrandir le centre sans modifier les lieux", s’intéresse aussi de près à des artistes suisses ou belges, notamment parmi la nouvelle génération dont le travail "a besoin d’être montré".
En tout cas, la prochaine exposition qui arrive s’annonce déjà comme un régal, avec le travail du sculpteur Jacques Julien et de l’écrivain poète Pierre Alféri, qui ont collaboré ensemble pour produire ‘Farandoles’.
Pour ces ’Farandoles’, Jacques Julien a recomposé totalement le sol de l’espace d’exposition et fait construire un dallage, sorte de pavement montrant une succession de palindromes réalisés avec l’aide de Pierre Alféri. Dans l’idée d’un dispositif global, il a aussi installé dans l’espace une sculpture en rapport avec son thème de prédilection : le sport.
Si une salle attenante montre en parallèle un diaporama de quatre-vingts images autour de l’idée d’une danse macabre, on peut résolument se dire qu’il s’agit là de tout un programme…
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