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REOUVERTURE DU MUSEE DE LA CHASSE ET DE LA NATURE Nature morte ?
Guillaume Benoit pour Evene.fr - Février 2007 - Le 14/02/2007
"Chasse" et "nature", deux mots qui, accolés, ne manquent pas de réveiller les ardeurs de défenseurs de tout bord, qui du respect inconditionnel de la vie animale, qui des traditions et d'une certaine conception de la faune sauvage. Institution polémique dans ses prémisses mêmes, le musée de la Chasse et de la Nature entend pourtant faire découvrir un patrimoine aussi riche qu'en voie de disparition.
Après deux années de travaux, le musée de la Chasse et de la Nature de Paris ouvre à nouveau ses portes le 5 février. Paré de nouveaux atours, celui-ci semble faire peau neuve en proposant à ses visiteurs une plongée dans l'univers de la chasse et, par extension, de la nature. Loin de faire consensus, un tel musée se doit donc d'offrir un point de vue nuancé sur cette activité qui engendre autant la passion qu'elle la déchaîne. Comment en effet traiter de la chasse, de ses codes et de son imagerie sans se perdre dans une glorification vide d'une activité vitale devenue, avec le temps, un loisir aussi élaboré que morbide ?
L'institution
Née en 1964 de la volonté de François et Jacqueline Sommer, la Fondation de la maison de la Chasse et de la Nature ouvre rapidement son musée au public au sein de l'hôtel de Guénégaud profitant de l'appui d'André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, dans le cadre de son plan de sauvegarde du quartier du Marais. La collection du couple fondateur, riche de plus de 3.000 oeuvres d'art liées à la chasse et au monde animal, constitue l'essentiel des pièces exposées au long des salons de cet hôtel particulier entièrement restauré. Passionné de chasse et protecteur de la nature, François Sommer a, au cours de sa vie, réuni une collection à son image, tout entière érigée à la gloire de la nature aussi bien qu'à ce que l'homme en fait.
Ainsi, entre un souci de dompter la nature aussi bien que de la protéger, le musée de la Chasse et de la Nature se place d'emblée dans cet apparent paradoxe, collection versatile réunie au sein d'une même vision ambitieuse ; offrir une lecture de "la valeur symbolique du combat ritualisé mené par l'homme contre l'animal sauvage au cours des siècles."
Cette vision est aujourd'hui magnifiée par l'adjonction, à l'hôtel de Guénégaud, d'un second hôtel particulier, l'hôtel de Mongelas, qui agrandit encore l'espace d'exposition du musée et offre une prolongation de la vision initiale du couple Sommer en invitant le visiteur à pénétrer plus avant ce monde étrange et méticuleux de la chasse.
Chasseur sachant chasser
Et d'emblée, l'on s'aperçoit que la richesse d'oeuvres en tout genre, depuis la collection d'armes jusqu'aux gravures immortalisant les scènes de chasse tourne tout entière autour du savoir, autour de la prise en compte du monde animal dans le cadre de cette activité. Au souci esthétique se mêle ainsi une visée pédagogique, certes ambivalente, mais néanmoins étayée de nombreux documents précieux.
Des armes à feu d'abord, pièces maîtresses de collections prestigieuses, se croisent dans les salles dédiées à plusieurs générations de fusils. Du simple canon au fusil à barillet, chaque carabine impressionne et regorge d'ornements précieux. Ainsi exposées, les armes à feu se donnent comme de sublimes pièces d'orfèvrerie, inoffensives tant elles semblent travaillées, et révèlent un rapport à l'objet d'une autre époque, un souci du détail fantastique ainsi qu'une manufacture d'une minutie extrême. Déchargées de leur fonction morbide, ces pièces se font témoin d'un temps lointain, où la personnalité transparaissait dans la collection établie ; de Louis XIII à Napoléon 1er, les fusils se font reflet des désirs de leurs propriétaires. Car la chasse, en sa qualité de loisir de nobles obéissant à une codification des rapports à la nature, en dit finalement beaucoup sur la perception même de l'animal par l'homme, sur ce rapport au monde qui l'entoure et la façon dont il fait des animaux des alliés pour s'y mouvoir.
C'est d'ailleurs la grande réussite de l'extension du musée qui, en intégrant au parcours cette réflexion thématique sur l'histoire des comportements, parvient à offrir une lecture passionnante de la collection.
La perspective transversale, une mine de connaissance
Car, le musée de la Chasse et de la Nature est bien plus l'occasion de faire se rencontrer civilisation et chasse au travers de cabinets de curiosités thématiques qui reviennent sur l'histoire des rapports qui régissent le comportement de l'homme face à l'animal.
Dans cette optique, l'agencement des salles, dans son souci de s'approcher au plus près des intérieurs bourgeois du XIXe siècle, n'est pas une simple lubie maniaque ni une passion surannée pour un ensemble de codes d'une autre époque ; il s'agit bien ici d'une reconstitution historique d'un mode de vie, d'un rapport au monde tout entier fait de fascination et de peur de l'animalité. Car orchestrer avec autant d'attention la mort de l'animal, c'est aussi laisser transparaître cette humanité détachée de la pulsion animale, de la nécessité. A ce titre, le passage de la chasse depuis sa nécessité pour assurer la survie de l'espèce à son statut, dans l'histoire, d'activité noble réservée à l'élite, est éloquent. Et la multitude de peintures à la gloire des chiens de chasse est éloquente ; face à la peur panique d'un animal diabolisé tel que le loup, le chien se fait compagnon héroïque d'une humanité en lutte contre l'hostilité de la faune.
Ainsi, aux objets scientifiques et patrimoniaux s'adjoignent peintures et sculptures riches d'indices sur la perception historique de la chasse. Chaque pièce se parant d'une couleur particulière, le visiteur côtoie ces thèmes multiples presque physiquement. Le charme rococo qui se dégage de cette succession de salles surchargées, où les dorures se confrontent aux ornements excessifs de chaque espace de l'exposition, happe véritablement son occupant. Car c'est bien là que le musée de la Chasse et de la Nature se démarque de toute autre institution, l'exposition d'objets minuscules implique une attention au détail sans faille et, à ce jeu, le musée s'en sort avec les honneurs. Tout est confiné, masqué ou transformé pour cacher une quelconque marque du XXIe siècle. Espace hors du temps, le musée de la Chasse et de la Nature remplit avec succès sa mission et se fait monde en se concentrant uniquement sur ses objets exposés.
On s'enfonce dans ces salons successifs avec délectation, nous plongeant dans un autre univers, fait d'excès et d'un mélange ambigu d'admiration et de répulsion pour ces animaux. Mais plus encore, cette émergence d'une histoire des rapports de l'homme à la nature au travers de la chasse est favorisée par une mise en perspective de la collection au travers d'une création plus contemporaine, en prise elle-même avec toutes ces difficultés.
Chassez le naturel, il revient au galop
Les interventions d'artistes contemporains dans les salles d'expositions offrent un subtil contrepoint à cette débauche de luxe et de kitsch. Car il faut ajouter à la nouvelle entrée ainsi qu'aux nouvelles salles d'expositions une série de commandes d'oeuvres contemporaines qui viennent véritablement enrichir la collection. En reprenant les codes de la taxidermie, les hiboux de Jan Fabre se fondent dans le plafond d'une petite pièce et donnent sur la collection un regard neuf. Sans se distinguer clairement de l'ensemble des pièces, les oeuvres s'intègrent subtilement à la réflexion d'ensemble amorcée par le parcours, nous y plongent plus encore et fascinent par leur justesse. Ainsi la création de Nicolas Darrot joue sur un renvoi du visible et trace comme une ligne de fuite au regard du visiteur sur ces animaux. De même, chacune des pièces contemporaines commandées par le musée, habilement disposées, invite à porter une attention particulière à cet ensemble qui se fait plus vivant, plus ancré dans son époque.
Enfin, la bande sonore qui accompagne cette immersion, aussi bien que les odeurs spécifiques aux matériaux employés par le musée, invitent à une véritable expérience des cinq sens qui flatte et confine le visiteur dans une atmosphère étrangement décalée. Ainsi, le souci maniaque de la collection se mêle au souci formel de son exposition, de sa monstration et propose une découverte singulière de la collection, définitivement réjouissante, du musée de la Chasse et de la Nature. Tout entier, le musée joue sur cet aller-retour entre le regardeur et le regardé. Car, du chasseur au chassé, la frontière se fait plus ténue qu'elle n'y paraît.
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