5 BONNES RAISONS D'ALLER A BRISTOL La vie d'une libertine
Tania Brimson pour Evene.fr - Janvier 2010 - Le 15/01/2010
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RéagissezMassive Attack, Portishead, le graffeur Banksy... Leur point commun ? Bristol, capitale du Sud-Ouest anglais. Malgré moultes richesses patrimoniales, son rayonnement touristique a été éclipsé par Bath, ville-musée voisine inscrite à l'Unesco. "Logical", car c'est peut-être moins par son héritage culturel que par son éclectisme et son urban culture, explosive, que resplendit aujourd'hui la cité portuaire multiethnique. "So", Bristol, patrimoine mondial de l'Un…derground ?
On a tendance à associer son nom à une vulgaire fourniture scolaire. A cette maudite fiche bristol, dont le quadrillage draconien vient narguer le bachoteur grelottant avant l'épreuve. Plutôt "ironic". Car la ville n'a rien de bien méthodique ; rien non plus d'une bonne élève malgré ses deux grandes universités, sources intarissables de dynamisme. Derrière les airs de lady bien-comme-il-faut que lui confèrent son architecture géorgienne et victorienne, Bristol renferme un passé libertin, pollué par les brumes de la révolution industrielle et, avant cela, par les fastes d'une économie imbibée de tabac et alimentée d'esclavage. Une bonne raison d'aller à Bristol ? Non, of course. Sauf qu'au cours de son histoire agitée et au gré des migrations, ce centre névralgique de la "riviera" a su conserver un côté so British tout en absorbant les influences de l'Afrique, de la Jamaïque, de l'Inde… Au point qu'aujourd'hui, Bristol, excentrique, éclectique, a tout pour plaire aux friands de salons de thé, de musées et de currys, aussi sûrement qu'elle attire les amateurs de sa culture underground bigarrée, héritière des métissages culturels et des courants souterrains de la ville. De quoi se donner quelques bonnes raisons d'admirer le décor - et de tendre l'oreille pour entendre les cymbales de jazz, les basses de trip-hop et le "psshit" incessant des bombes de graffiti qui vrombissent sous les jupons de cette curieuse Anglaise.
Bristol historique : Clifton Village
Clifton Village (c) DR Perché en haut d'une gorge échevelée de la rivière Avon, le Pont Suspendu, érigé par Isambard Brunel en 1864, étend ses longs bras de fer vers Clifton. Un enchevêtrement de petites ruelles bardées de bâtiments géorgiens et victoriens, le vieux centre de Bristol ne ressemble en rien aux grandes cités du nord badigeonnées de briques. Taillé dans le calcaire, ce village aux tons clairs, aux rues gondolantes parsemées de pubs, d'hôtels de charme, d'antiquaires, partage la dégaine romanesque de sa concurrente, Bath. Pas étonnant, puisqu'aux XVIIIe et XIXe siècles, les deux villes se développent simultanément, à l'aune de la société des loisirs, du romantisme, de la révolution industrielle, s'arrachant la place de centre culturel du Sud-Ouest, rivalisant de luxes pour attirer la haute bourgeoisie et la cour.
Nommée d'après ses célèbres thermes romains, Bath, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, a peut-être gagné la bataille architecturale, mais Bristol demeure au coeur des activités de la région depuis le passage de la Reine Victoria. En témoignent les monuments dédiés à la reine providentielle : le verdoyant Victoria Square, les majestueux Victoria Rooms, ou encore l'imposante statue de Vicky herself, le spectre à la main, devant la cathédrale. Immense structure néo-gothique du XVIe siècle, cette dernière se dresse aux pieds de l'artère commerçante de Clifton. Park Street perce le ciel du haut de la tour de Bristol University, paradant son musée d'art, pavanant son ancien monastère aux allures de Palais des Doges, avant de dégringoler en façades bariolées jusqu'aux quais de l'Avon.
Bristol des loisirs : les vestiges d'une révolution
Vue de l'Industrial Museum (c) DR Plutôt raisonnable, jusqu'ici. Sauf qu'en s'affichant, au XIXe siècle, comme un centre culturel majeur, Bristol se lance dans plus d'un siècle de loisirs et de débauche. Avec l'explosion de la révolution industrielle, les pubs à colombages - qui longent, notamment, les superbes Christmas Steps - se remplissent de marins, de commerçants, d'artistes. Les entrepôts des docks se gonflent, les usines se multiplient ; la ville vit d'ingénierie, de savon, de papier et de folie. Le théâtre de l'Old Vic, érigé en 1769, bat alors son plein. Déjà, le cidre coule à flots au Coronation Tap de Clifton. Au XXe siècle, les deux universités ne font qu'encourager les lubies de cette culture populaire, tout en y ajoutant une touche intellectuelle teintée d'urban culture décalée. De sorte qu'aujourd'hui, Bristol se revêt la nuit de cité babylonienne, parsemée de bars étudiants et de boîtes, alors que de jour, au sein des entrepôts réaménagés de son ancien port, elle compte désormais un Industrial Museum (fermé jusqu'en 2011), une galerie d'art contemporain (l'Arnolfini) et un cinéma d'art et d'essai (le Watershed) pour perpétuer son passé.
Bristol multiculturelle
Dans le dédale des rues, un autre pan d'histoire se vit au quotidien : celui des brassages culturels qui ont fait de Bristol l'une des villes les plus diversifiées d'Angleterre dès les années 1950. Les artères de la cité sont imprégnées des saveurs du monde entier ; dans les allées pavées du marché de St Nicholas, le doux parfum des friandises anglaises se mêle aux arômes de curry et aux effluves de tajine. Plus loin, la détonation des saxophones provenant de l'Old Duke - célèbre taverne de jazz et de blues - rappellent que les influences sont ici une seconde nature. Mais pour véritablement saisir les fusions locales, encore faut-il s'aventurer vers les quartiers plus populaires de la ville. Direction Gloucester Road et ses devantures diaprées, où les cultures se confondent parmi les boutiques de disques, d'épices et de fripes. Ici, on commence à sentir le bouillonnement des métissages, à respirer un air singulier de créativité ; cet air dont regorgent le quartier de St Paul's et le ghetto de St Andrews, berceaux de l'underground bristolien.
The Bristol Underground Scene
Agglutinés sur les pelouses de la cathédrale, les jeunes néo-punks, gothiques et skaters de Bristol ont inspiré une série mondialement connue : 'Skins' (2006). Les minettes au jogging synthétique rose fluo, faune du centre commercial Broadmead, ont quant à elles incité les vannes mordantes du duo comique Little Britain, formé à Bristol. Mais culturellement, ce que la youth culture a produit ici de plus flagrant, de plus puissant, sort des tripes des quartiers chauds et relève d'une "darkness", ou sensibilité obscure, profondément locale.
La soul, le reggae, le Motown échus avec les vagues migratoires se sont fondus au punk, à la jungle, à la dub et à la culture des rave parties pendant les années 1980 et 1990, donnant naissance aux sons emmitouflés et sinueux du trip-hop, avec Massive Attack, Tricky, Roni Size et Portishead. Véritable culte en perpétuelle mutation, ce "Bristol Sound" se renouvelle constamment, puisant dans le beat du hip-hop, fusionnant avec la drum'n'bass. Et comme Bristol, ça n'est pas Versailles, les amateurs de platines peuvent se plonger dans le courant à volonté : là où la ville du Roi ne résonne pas forcément des refrains de ses bardes (Daft Punk, Air, Le Klub des 7, Phoenix…), ici, le son de Reprazent et de DJ Krust s'infiltre partout. Boîtes (Native, Level, Thekla…), bars, salles de concert (Bristol Academy, Anson Rooms…), qu'importe, tant que les musiciens des quatre coins du monde ajoutent leur grain de sel au creuset sonore.
Bristol, street artiste
Un pochoir de Banksy sur Park Street (c) DREnfin, qui dit son, dit lumière - et celle de Bristol est teintée des lueurs métalliques de la peinture à la bombe. L'urban culture de "Brizzle" (avec l'accent s'il vous plaît), c'est aussi le graffiti, la subversion par l'image dans l'espace public, la satire brute des disparités sociales, des aspects les plus répugnants de la société de consommation… Bref, encore de la darkness régionale, agrémentée, le plus souvent, d'une pointe de sarcasme. Depuis l'époque où Robert Del Naja de Massive Attack exposait ses graffs dans les lieux où il poussait ses premiers "skwweek" de DJ, Snick, Nick Walker, Cheo et autres artistes locaux se sont consacrés à barbouiller les murs de St Paul's, Gloucester Road et St Michael's Hill. Et puis, Bristol créa Banksy et Banksy fut. Le "guerilla artist" à renommée internationale a fait ses débuts dans ce bain effervescent des nineties. Et les locaux le revendiquent : comme sa musique alternative, Bristol honore son street art. On voyait ainsi des agents municipaux restaurer une oeuvre vandalisée du roi du pochoir en 2009 sur Park Street ; année où, paradoxalement, l'Art Gallery invitait le graffeur à ravager ses salles dans une exposition intitulée 'Banksy–vs–Bristol Museum'.
Lourde de son histoire d'excès et de vices, mais bien plus forte de sa culture délurée, Bristol trouve toujours le moyen de sortir de l'ombre pour briller par son patrimoine et sa création souterraine. Comme pour le prouver, chaque mois d'août, la ville prend des ailes à l'occasion de son festival international de montgolfières. Encore une bonne raison d'aller respirer l'haleine fraîche de cette Anglaise libre comme l'air.
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