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22/07/2008 12h00 Merveilleux! l'article à lui même est un poème, sans compter l'érudition! J'ai découvert cette région il y a une vingtaine d'années, j'en avais gardé un souvenir enchanteur et l'article est à la hauteur. Je connais bien entendu l'opéra de Wagner et les légendes qui l'ont précédé; mais une piqure de rappel ne fait pas de mal. Point besoin de voyager loin pour un dépaysement poétique. Merci à l'auteur
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VALLEE DU RHIN Laissez chanter la Lorelei
Marilyne Camhi pour Evene.fr - Octobre 2006 - Le 10/10/2006
« VALLEE DU RHIN »
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Entre Rudesheim et Coblence s’écoule une partie du fleuve que l’on nomme le “Rhin romantique”, dont les eaux chantent les grandes figures de la mythologie germanique. Immersion dans la Vallée des Légendes.
Sur soixante-quinze kilomètres touristiques, les rives du Rhin sont protégées des ponts défigurant la beauté du panorama. Ses rives, à découvrir en bateau, offrent des paysages et des monuments au charme mélancolique. Les ruines de châteaux forts, les versant abrupts couverts de vignobles, les rochers tourmentés ont inspiré les âmes d’artistes. Le voyageur, découvrant le Rhin pour la première fois, part à la rencontre de grands noms de l’histoire littéraire qui ont rendu ses eaux et ses légendes immortelles.
Du mythe...
La région rhénane paraît comme le cadre géographique de l’univers fabuleux de la ‘Chanson des Nibelungen’. Ce poème médiéval rapporte de nombreux éléments historiques authentiques sur plusieurs sites de la vallée du Rhin. La légende relate le destin du chevalier Siegfried, devenu le symbole du héros germanique. Grande épopée, elle présente l’équivalent outre-Rhin de la ‘Chanson de Roland’ et de ‘Tristan et Iseult’, rappelant à s’y méprendre la légende grecque d’Achille et d’Atalante. Les Nibelungen, c’est le nom du peuple de nains légendaires possédant de grandes richesses, tirées de mines sous les montagnes qui leur servaient d’habitat. Siegfried déroba cette fortune à son gardien, le nain Albérich, s’emparant alors de la célèbre épée Balmung, de la cape magique rendant invisible Tarnkappe, ainsi que de l’Anneau, pièce maîtresse du trésor. Albérich prononça alors la malédiction "Celui qui le possédera mourra". Au terme de moult épisodes, dragon vaincu, Walkyrie aimée, batailles et vengeance, Siegfried meurt victime de la malédiction, et le trésor est rejeté dans les eaux du Rhin par le méchant vassal Hagen.
...à la réalité
C’était à Worms que vivait la noble Kriemhild, que le chevalier tenta de conquérir. C’est à Worms qu’a ouvert en 2001 un musée original, le musée virtuel des Nibelungen. Conçu et réalisé par une équipe franco-allemande, il s’agit du premier musée entièrement dédié à un mythe. Mythe fondateur récité depuis plus de huit siècles de l’Islande à la Hongrie, reconnu dans les mythologie nordiques, il inspira une tétralogie au musicien Richard Wagner. Coeur des Nibelungen consacré, Worms rend justice à ce lied anonyme du XIIe siècle, malgré ses détournements politiques. Des noms de rues évocateurs, le Nibelungenbrücke (le pont) portant la statue du jaloux Hagen précipitant les richesses des nains dans le fleuve, sont le théâtre d’un festival et de manifestations associés à la légende.
Mais la ville de Worms ne célèbre pas que le paganisme. Elle se présente aussi comme la croisée des trois grandes religions qui ont laissé leur marque en Allemagne : judaïsme, catholicisme et protestantisme y sont également honorés à travers les monuments. Une promenade dans le plus ancien cimetière juif d’Europe, dans le silence d’une cathédrale romane typique de Rhénanie, devant le glorieux monument à ciel ouvert en hommage à Luther, nous ramène sur les chemins rhénans offerts à la méditation.
La poétique du rocher
A chaque château, son histoire et sa légende, que la brume et les couleurs automnales subliment. Le Rhin et ses rives romantiques ne cessèrent d’inspirer les poètes, le grand classique Goethe, bien sûr, mais aussi Hugo, Nerval et Apollinaire qui lui consacra un recueil, ‘Nuit rhénane’. Celui qui fut percepteur à 18 ans en Allemagne n’a jamais oublié les sortilèges du Rhin, le fleuve envoûtant de la littérature. Mais ce sera dans ‘Alcools’ qu’il évoquera les chevaliers et les sorcières, les paysages sauvages et nostalgiques de ruines habillées de vignes ; ce sera dans ‘Alcools’ qu’il chantera la Lorelei.
"A Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui faisait mourir d’amour tous les hommes à la ronde"
Ainsi commence le poème racontant la légende la plus célèbre du Rhin, symbole du romantisme allemand. La belle peignant ses cheveux d’or, amante bafouée ou vierge condamnée, reprend tous les attributs mythiques de la sirène. Ses plaintes emportées par le vent forment une mélopée envoûtante qui entraîne les bateliers au naufrage dans les écueils bordant son rocher. La Lorelei, c’est un enchevêtrement de légendes qui se rejoignent, se complètent, décrivant un passage rétréci du fleuve, fait de remous et de récifs redoutés. En ancien allemand, "lei" signifie rocher et "lure" perfide. Au XIXe siècle, Heinrich Heine fit du rocher perfide un poème, mis en musique par Silcher, si célèbre que nombre d’Allemands le connaissent encore par coeur, pensant qu’il s’agit d’une chanson populaire.
"… Mon Coeur, pourquoi ces noirs présages ?
Je suis triste à mourir.
Une histoire des anciens âges
Hante mon Souvenir.
Déjà l'air fraîchit, le soir tombe,
Sur le Rhin, flot grondant ;
Seul, un haut rocher qui surplombe
Brille aux feux du couchant.
Là-haut, des nymphes la plus belle,
Assise, rêve encore ;
Sa main, où la bague étincelle,
Peigne ses cheveux d'or.
Le peigne est magique. Elle chante,
Timbre étrange et vainqueur,
Tremblez fuyez ! la voix touchante
Ensorcelle le coeur.
Dans sa barque, l'homme qui passe,
Pris d'un soudain transport,
Sans le voir, les yeux dans l´espace,
Vient sur l'écueil de mort.
L'écueil brise, le gouffre enserre,
La nacelle est noyée,
Et voilà le mal que peut faire
Loreley sur son rocher."
Celle qu’on surnomme la fille, la fée du Rhin, domine un des plus beaux sites de Rhénanie, digne d’une esquisse romantique. Les vues transportent hors du temps, dans une vallée émergée des contes des frères Grimm, toute en imagerie typique du folklore local. Ainsi se visite le joli village fleuri de Bacharach, cité par Apollinaire, avec ses maisons à colombages, ses encorbellements, ses tours et ses remparts.
La technique et le mystique à Mayence
Comment ne pas terminer cette promenade littéraire en Rhénanie sans accoster à Mayence, celle que l’on surnomme la Ville d’Or, car elle portait le nom du dieu celtique de la lumière. Au confluent du Rhin et du Main, Mainz, en allemand, est la ville-mère de l’imprimerie, la mère patrie du livre. Un vaste musée est consacré à son enfant le plus célèbre, Johannes Gutenberg. Au milieu du XVe siècle, il détourna l’usage d’une presse à vin pour fabriquer des livres. Grâce à l’utilisation d’un système de caractères mobiles en métal, il produisit des volumes entiers, "sans l’aide d’un roseau, d’un stylet ou d’une plume, et avec une merveilleuse unité, une merveilleuse proportion, une merveilleuse harmonie de caractères et de lettres." Gutenberg venait d’inventer l’imprimerie et de tourner la page du Moyen Age. C’est à Mayence que sortit de presse le premier ouvrage ; c’est à Mayence que l’on peut encore admirer une de ces Bibles à 42 lignes du XVe siècle, de celles que l’on appelle les Bibles de Gutenberg, protégée comme le trésor qu’elle est. Ce musée mondial de l’imprimerie ne se contente pas de perpétuer le souvenir d’un citoyen illustre en reconstituant son atelier, en présentant des démonstrations des presses d’époque. Il retrace toute l’histoire des techniques employées par les hommes pour communiquer et transmettre le savoir par l’écrit. C’est un lieu émouvant, impressionnant ; le temple de l’art du livre.
L’église Saint-Stéphane est l’autre endroit magique de la ville parvenant à détourner les flâneurs des bords du Rhin. 200.000 d’entre eux viennent chaque année y contempler les vitraux modernes de Chagall, mettant en scène des personnages de l’Ancien Testament. Ils enveloppent les visiteurs d’une aura bleue éthérée, célébrant les liens qui unissent les juifs et les chrétiens, comme l’a souhaité l’artiste.
Rêveurs, les yeux émerveillés, on rejoint alors les rues piétonnes de la vieille ville pour déguster les fameux vins blancs du Rhin, le vin suave et sucré de cette vallée multiple, charmante, charmeuse.
"Le Rhin réunit tout. Le Rhin est rapide comme le Rhône, large comme la Loire, encaissé comme la Meuse, tortueux comme la Seine, limpide et vert comme la Somme, historique comme le Tibre, royal comme le Danube, mystérieux comme le Nil, pailleté d’or comme un fleuve d’Amérique, couvert de fables et de fantômes comme un fleuve d’Asie."
Victor Hugo (1838)
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