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Le Messie du peuple chauve
de Augustin Guilbert-Billetdoux
INTERVIEW D'ALISON L. KENNEDY Le jour le plus long
Propos recueillis par Audrey Rémond et Thomas Flamerion pour Evene.frPhotos (c) Sébastien Dolidon - Janvier 2009 - Le 05/01/2009
Les éditions de l'Olivier publient le nouveau roman d'Alison L. Kennedy, 'Day'. L'occasion pour la figure de proue de la littérature écossaise d'interroger les thèmes universels de l'intime, de la guerre et de la liberté sur fond de décor en carton-pâte.
Alison L. Kennedy a plus d'une corde à son arc. Chroniqueuse pour différents journaux, cette lectrice des grands récits d'aventure de Robert Louis Stevenson ou encore d'Anton Tchekhov travaille également pour le cinéma, le théâtre et la télévision. Mais c'est avant tout pour ses oeuvres de fiction, à mi-chemin entre réalisme et fantaisie, désenchantement et quête d'absolu, qu'elle s'est fait un nom. Son dernier roman invite à une traversée en eaux troubles, un voyage fantomatique au long cours, où réel et illusion se confondent. Une marche "en rond sans fin à l'intérieur d'un rêve éveillé". Loin de cet univers sombre et fantasmagorique, rencontre avec une femme pleine d'humour et de naturel aux idées néanmoins tranchées.
Pourquoi avez-vous choisi la Seconde Guerre mondiale comme cadre à votre nouveau roman ?
J'ai toujours voulu écrire sur cette période de l'histoire. Pour la Grande-Bretagne, la Seconde Guerre mondiale fut un événement très important. En outre, je suis tombée un jour sur un article de journal à propos d'un tournage de cinéma dont les acteurs étaient d'anciens prisonniers. Je souhaitais connaître les motivations d'un tel projet. Pourquoi vouloir retourner dans l'enfer du passé ? Mon grand-oncle a été fait prisonnier par les Japonais. Comme beaucoup d'anciens détenus, il ne pouvait en parler. Je me rappelle combien il supportait difficilement d'être en société, dans des lieux bruyants. Quant à ma mère, qui était pourtant très jeune durant le conflit, elle sursaute encore lorsque le téléphone sonne. Elle croit toujours que quelqu'un tente de la tuer... Enfin, plus récemment, les événements d'Irak m'ont poussée à écrire ce roman, en particulier l'idée du bombardement aérien et du meurtre de civils.
A la lecture de votre récit, on devine l'importance du travail de recherche en amont. Comment vous êtes-vous documentée ?
Cela m'a pris trois ans. Trois années durant lesquelles j'ai visionné beaucoup de films sur cette période, des documentaires d'entraînement notamment. J'ai également beaucoup lu, écouté de la musique et vu des pièces de théâtre. J'ai besoin d'amasser une quantité d'informations pour pouvoir ensuite piocher dedans à ma guise et placer ainsi mes personnages dans un certain contexte. Même si j'ai lu de nombreux témoignages, je n'ai pas souhaité rencontrer les survivants. Je ne voulais pas "arracher quelque chose à quelqu'un". Remuer les choses par intérêt serait injuste et malhonnête étant donné que je gagne de l'argent avec mes romans. En revanche, une fois mon livre écrit, je suis allée à la rencontre des anciens combattants. C'était étrange. Ils se sont reconnus dans l'expérience de mes personnages et ont beaucoup pleuré. Ces vétérans de guerre se confiaient très peu à leurs proches. Après la parution de 'Day', c'est comme si d'une certaine manière les langues s'étaient déliées.
'Day' est un livre déconstruit, l'écriture y est éclatée, brisée. Etait-ce pour mieux rendre compte de l'histoire et coller à la personnalité torturée et taciturne de votre héros ?
Ce furent des décisions vraiment difficiles. L'esprit d'Alfred devait être la ligne directrice. Je n'avais que lui en tête. Le temps n'était pas important ; respecter son expérience était, à l'inverse, une nécessité. Il y avait cette bataille qui était le but et vers lequel tout le reste convergeait. Alfred parle peu, il est sans cesse dans la retenue. Mais finalement, les choses sortent parfois, un petit peu. J'ai écrit la fin du roman d'une traite. Je ne voulais pas laisser mon héros dans cette situation trop longtemps. Je devais le libérer. Nous avions d'ailleurs tous les deux besoin d'une trêve.

Pourquoi avoir choisi l'intimité d'un seul personnage pour traiter de la guerre ?
En voyant des reportages de la BBC sur la guerre en Irak, je me suis aperçue d'un grand nombre d'erreurs. Lorsque les choses sont abordées à travers le prisme journalistique, la vision est fatalement restreinte, biaisée. L'expérience de la guerre est quelque chose d'unique, de si intime et individuel. Vous êtes comme littéralement violé. En partant de l'intimité et l'âme d'un seul personnage, je devais m'élever afin de tout englober, y compris l'idée de la guerre en général. Il fallait que je prenne le maximum de recul sur l'ensemble de ce qui s'était produit.
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