RENCONTRE AVEC LE FILS DE BORIS VIAN « Son écriture reste vraiment moderne »
Propos recueillis par Philippe Blanchet - Le 12/10/2011
Une grande rétrospective à la BNF, un superbe album de dessins, textes manuscrits, collages et peintures – pour la plupart inédits – au Cherche Midi ('Boris Vian/Post-Scriptum') : un peu plus d'un demi-siècle après sa disparition, on n'en finit plus de redécouvrir l'inclassable Boris Vian. Évocation de l'auteur de 'L'écume des jours' avec un témoin privilégié jusqu'ici avare en confidences, son fils Patrick Vian.
À 69 ans, Patrick Vian vit dans le Lubéron avec ses machines et ses instruments de musique. Pilier d'un jazz-rock underground dès la fin des sixties au sein du groupe Red Noise, puis pionnier de la musique électronique durant la décennie suivante, cet artiste atypique, délibérément marginal, s'est toujours défini comme un parfait touche à tout, à l'image de son père, aux côtés duquel il a passé une bonne partie de son enfance.
C'était comment, d'avoir Boris Vian comme papa ?
Cela me paraissait tout ce qu'il y a de plus normal. Vous savez, de son vivant, mon père n'avait pas acquis la célébrité qu'il a maintenant. Ça n'était pas quelqu'un d'extraordinaire, à part peu être aux yeux de quelques amis. Disons qu'il était un homme pressé. Un hyperactif. Il n'arrêtait pas. Du plus loin que je me souvienne, il partageait avec moi l'amour des jouets. Surtout des modèles réduits. Il adorait les maquettes d'avion et les trucs comme ça. Il aimait beaucoup travailler le bois et fabriquer des avions en balsa, dont les hélices tournaient avec des élastiques.
Quels sont vos meilleurs souvenirs d'enfance ?
Photographie du faire-part de mariage de Boris et Ursula Vian, 1954, Cliché Patrick Léger / Gallimard. Archives Cohérie Boris Vian, Paris, 2011Les jouets, comme je viens de le dire, mais aussi la musique, et les voitures. Les vraies. Il avait une passion pour les automobiles. Surtout les petits cabriolets anglais. Il a eu une Austin Healey blanche, puis plus tard une Morgan. Un modèle indémodable. À un moment, il avait trouvé une vieille Richard Brasier de 1911. Une antiquité. Le type à qui il l'avait achetée pleurait quand il s'en est séparé. Ce gars faisait du camping avec cette voiture. Du coup, il avait installé des toilettes à l'arrière, sur la partie centrale de la banquette. C'était assez particulier. Mon père a réussi à l'amener jusqu'à Saint-Tropez, ce qui était assez époustouflant pour une auto qui ne devait pas dépasser le 45 km/h, en vitesse de pointe et dans les descentes. Il ne l'a pas gardée longtemps. On la lui a volée. Mais c'était un beau jouet, dont il reste des photos !
Vous avez parlé de musique. J'imagine qu'on en écoutait beaucoup à la maison…
Oui. A la maison, il y avait des piles de disques. On était encore à l'époque du 78 tours. C'était volumineux et fragile... Grâce à mon père, j'ai toujours baigné dans la musique. Il écoutait des disques en permanence.
Vous emmenait-il à des concerts de jazz ?
Le jazz, c'était plutôt en soirée et j'étais un peu jeune à l'époque. Par contre, comme il travaillait pour une filiale de Philips, Fontana, il avait toujours des billets pour aller voir les artistes maison aux premières de l'Olympia. J'ai vu beaucoup de gens dont je ne me rappelle pas du tout. Le premier concert de jazz dont je me souvienne vraiment, c'était Dizzy Gillespie à la salle Pleyel. J'avais 8 ou 9 ans.
Boris Vian a aussi enregistré avec Henri Salvador quelques-unes des premières chansons rock, comme « Rock hoquet », même si c'était largement parodique…
Oui, c'était de la parodie, mais intelligente. Il y a tout de même Michel Legrand derrière, et ça swingue pas mal. Mon père pensait que le rock n'était qu'une mode. Que ça n'allait pas durer. Je me souviens qu'un jour, on s'est engueulé à propos d'Elvis Presley. Il considérait qu'il n'y avait que les noirs qui pouvaient swinguer. Et j'essayais de le convaincre qu'un petit blanc du Mississippi bercé par Howlin'Wolf, ça n'était pas la même chose qu'un français qui écoutait à longueur de journée à la radio « Les lessiveuses du Portugal » !
Raymond Chandler, Le grand sommeil, traduit de l'américain par Boris Vian, © Ed Gallimard, coll. Série Noire, NRF. BnF, Réserve des Livres raresJ'imagine que vous avez aussi grandi au milieu des livres…
Oui. Je lisais tout et n'importe quoi, en vrac. Il y avait beaucoup de polars à la maison, surtout des romans américains de la Série Noire. Mon père avait traduit 'Le Grand Sommeil' de Chandler, ainsi que 'La Dame au lac', avec ma mère, une grande amatrice de romans policiers, également. J'ai aussi beaucoup aimé ce qu'il écrivait.
Quelle a été votre participation à l'élaboration de cet album 'Boris Vian/Post-Scriptum' ?
C'est surtout Nicole Bertold (représentante de la cohérie Boris Vian) qui s'en est occupée. J'ai juste apporté quelques précisions au niveau des dates et quelques pensées, diverses et variées. Quelques bricoles çà et là.
Est-ce qu'il y a encore beaucoup de documents inédits autour de l'œuvre de Vian ?
Non. J'ai gardé assez peu de choses appartenant à mon père et tout a été édité. On connaît à peu près tout, désormais.
Qu'est-ce qui reste avant tout de Vian, aujourd'hui, fin 2011 ?
Sans hésitation, son écriture. Beaucoup s'en sont inspiré. Relisez 'L'herbe rouge'. Un jour, des gens m'ont dit «votre père avait 20 ans d'avance ». Non. Je ne crois pas. Ce sont les gens qui avaient alors 20 ans de retard. Mais aujourd'hui, c'est évident , son écriture reste vraiment moderne.
L'expo : Boris Vian à la BNF François Mitterrand, du 18 octobre 2011 au 15 janvier 2012, quai François-Mauriac. Paris 13ème.
Le livre : Boris Vian/Post Scriptum, avant-propos de Jacques Prévert. Prologue de Siné. Les éditions Le Cherche Midi, 200 p., 29,90 €.
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30/05/2012 06h14 Moi qui n'aime pas lire , j'ai du lire ce livre dans le cadre du cours de français en 4e année secondaire . J'avais le choix...
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