INTERVIEW DE CAMILLE DE PERETTI Cruelle parisienne
Propos recueillis par Dorothy Glaiman et Sophie Lebeuf pour Evene.fr - Mars 2007 - Le 22/03/2007
Pour son deuxième roman ‘Nous sommes cruels’, Camille de Peretti est de retour sur le Salon du livre de Paris. Fragile, sensible, souriante et disponible, cette jeune écrivain nous raconte son expérience personnelle par l’intermédiaire de ses livres.
Comme tous les ans, une foule d’écrivains se rassemble lors du Salon du livre de Paris. Cette 27e édition ne déroge pas à la règle. Alors que les nombreux visiteurs du week-end se pressent dans les allées pour une petite dédicace et un mot gentil, nous rencontrons Camille de Peretti sur le stand Stock. Elle aussi se prête volontiers au jeu des signatures comme la récompense d’une longue période de solitude qu’est l’écriture. Rencontre avec une jeune femme charmante et charmée par ce nouveau métier qui la comble.
Comment passe-t-on des études de gestion au cinéma en passant par l’écriture ?
J’écris tous les jours dans un journal depuis que j’ai 14-15 ans mais le but de ma vie était d’être écrivain. J’ai fait des études littéraires khâgne et hypokhâgne et ensuite c’est un cheminement assez bizarre que j’explique dans mon premier livre : on a des parents qui disent que ce n’est pas bien d’être prof de lettres, que cela ne fait pas sérieux, que ce n’est pas une finalité en soi. Moi, je n’avais envie de rien à part de devenir écrivain, actrice et star internationale, ce qui était un peu raté à l’avance. (rires) Je suis allée à l’ESSEC parce que je n’avais pas d’autre choix, ce qui m’a rendue très malheureuse. En fille assez disciplinée et docile, je suis allée jusqu’au diplôme mais je me suis vite empressée d’aller au cours Florent et j’ai réécrit tout de suite. L’écriture était pour moi quelque chose de très naturel, contrairement à l’ESSEC qui ne l’était pas du tout. Pour le reste, je ne me considère pas comédienne, c’est un milieu très compliqué pour lequel je ne suis sûrement pas très douée alors que l’écriture, c’est quelque chose de sérieux, c’est un métier pour moi maintenant.
Pourquoi avoir décidé d’écrire votre premier livre sur la boulimie-anorexie ? C’était assez risqué comme pari ?
Le premier livre n’était pas censé être publié. Il était juste supposé me réconforter dans l’idée de voir si j’étais capable d’écrire une histoire avec un début, un milieu et une fin. Ce n’est pas parti d’autre chose, je me suis dit : avant de devenir Proust on va peut-être essayer d’écrire une histoire qui se lit. J’ai donné cet ouvrage à lire à ma mère, à mon mari de l’époque et à mes trois meilleures copines. Et il s’avère que l’une d’entre elles m’a dit qu’elle connaissait les romans contemporains et que pour le coup mon livre était vraiment publiable. Mais pour moi, ce n’était toujours pas le but : je n’avais pas envie que la France me voie toute nue en train de vomir. De fil en aiguille, d’un livre qui ne devait pas être publié, c’en est devenu une obsession, je m’en suis persuadée moi-même. Quand il est sorti, c’était la divine surprise, le miracle surtout pour l’histoire d’une fille qui se met deux doigts dans la gorge. ‘Thornytorinx’ m’a encouragée à continuer dans l’écriture. J’ai écrit ‘Nous sommes cruels’ dans la foulée et là, je suis en train d’écrire le troisième.
Les retombées de ce premier livre ont été plutôt positives. Vous a-t-on plus parlé de votre expérience face à la maladie ou de votre talent d’écrivain ?
Ce livre a été vendu comme un témoignage donc on m’a souvent interpellé sur la maladie, ce qui était une très bonne mais aussi une très mauvaise chose. Une très bonne chose parce que cela m’a permis de régler le problème. De ma petite expérience racontée dans un livre, j’ai reçu des milliers de lettres, j’ai été dans de nombreux groupes de parole. Je ne m’y attendais pas du tout. Ce qui était plutôt négatif, c’est que je n’étais pas considéré comme un écrivain. J’étais la pauvre petite qui a beaucoup vomi. Donc là, c’était plutôt raté parce que je voulais être un écrivain à part entière. Pour ‘Nous sommes cruels’, ç’a été difficile pour la maison d’édition de le vendre comme un deuxième roman vu que le premier est passé comme un témoignage.
Comment vous est venu l’idée de reprendre ‘Les Liaisons dangereuses’ de Choderlos de Laclos pour les adapter à notre époque ?
D’abord parce que je l’ai vécu, ensuite parce que je suis folle de la littérature du XVIIIe et le roman épistolaire me plaisait énormément. J’ai eu l’idée de ‘Nous sommes cruels’ au moment ou j’ai écrit ‘Thornytorinx’, de même qu’au moment d’écrire ‘Nous sommes cruels’, il m’est venu l’idée du troisième... C’est quelque chose qui se fait très facilement, ça s’enchaîne bizarrement.
Qu’est-ce qui vous a plu dans ce jeu des relations amoureuses diaboliques ?
C’est tout ce qui est manipulation, toute cette cruauté infranchissable. Ce que j’aime beaucoup dans ‘Les Liaisons dangereuses’ c’est que les personnages n’ont pas de scrupules. Ils sont méchants rien que pour le plaisir. Dans ce jeu de la cruauté, ce qui est génial c’est que tu peux aller au bout de tous tes désirs sadiques et les conséquences ne sont pas graves. Pour moi c’est le propre de l’adolescence. Je pense qu’enfant, on n’a pas cette finesse de la cruauté et qu’adulte, on peut mais on se sent coupable parce qu’on nous a appris entre-temps qu’il ne fallait pas faire de mal. L’adolescence, c’est donc l’entre-deux : on est capable d’être très fin dans la manière de faire souffrir les gens et ça ne porte pas encore à conséquence. C’était un passage qui me plaisait.
C’est autobiographique comme roman ?
Le départ est effectivement autobiographique. C’est une histoire que j’ai vécue quand j’avais 16-17 ans. J’étais la marquise de Merteuil et j’avais trouvé un partenaire de crime. On a bien rigolé mais seulement, on était trop jeune et pour le coup pas assez cruels. Ce n’est pas allé aussi loin que dans le livre, jusqu’au crime, je vous rassure. Je suis juste allée au bout par l’écriture dix ans plus tard, c’était pour moi un vrai fantasme.
Pourquoi avoir modifié la fin du livre original ? Valmont est sauf et Merteuil également dans votre adaptation. Quelle est la morale de cette fin ?
Ce que je voulais c’est que La Tourvelle meurt, et que les deux héros soient punis. Leur plus grande punition est de ne plus jamais se voir et surtout de devenir des adultes. C’est dans la dernière lettre de Julien à Camille que tout est dit : “Je pars mon amie, je pars loin de vous. Paris est assez grande pour que nous ne nous y croisions plus jamais. J’imagine mal vivre sans vous et pourtant l’âge adulte est là qui me tend les bras, tout à une fin. (…) Quelle était cette formule qui me plaisait tant déjà ? Ah oui, c’est cela : ‘On va y mettre un terme, la vie continue. A dieu.’ Adieu tout simplement.” Le passage à l’âge adulte est pour eux pire que la mort.
La boulimie-anorexie, le cynisme face à l’amour, votre vision de la jeunesse actuelle semble assez pessimiste ?
Je ne sais pas si c’est pessimiste, cela fait partie de la vie. Je pense que ‘Thornytorinx’ parle d’une maladie qui est assez grave mais l’héroïne - Camille - voyage, est amoureuse, a des rêves et des projets... Elle n’a pas que la tête dans les toilettes. Ce sont en fait des problèmes assez banales et qui datent depuis plus longtemps qu’on ne croit. Cela se passe chez des ados qui n’ont pas trop de problèmes dans la vie... Je n’essaye pas de faire de la littérature sur la jeunesse dorée, je m’en fiche un peu. J’ai essayé de faire en sorte que cela soit drôle et méchant.
Que pensez-vous de cette manifestation du Salon du livre, de cette rencontre avec le public ?
C’est tout simplement génial. Quand on écrit, on est tout seul, on ne voit personne. Alors que tout d’un coup, tu rencontres des gens. Tu as l’impression de récolter ce que tu as semé en un an de solitude. La rencontre avec le public, c’est vraiment ce qu’il y a de mieux. Les gens qui te disent “Merci, j’ai lu votre livre”, rien que ça, c’est formidable.
Quels auteurs contemporains vous séduisent ?
Je lis cinq, six heures par jour, donc trois romans par semaine. Je lis de manière compulsive. La lecture est une drogue pour moi. Mais si j’ai le choix entre le dernier roman à la mode ou un Dostoïevski, un Tolstoï ou un Flaubert, je préfère ces grands auteurs classiques. Il y a tellement de choses à lire que je ne serai jamais rassasiée.
Vous avez des projets en cours, on peut en parler ?
Non pas du tout, ma maison d’édition ne le souhaite pas ! Le troisième livre sera encore très différent des deux premiers même si on reste avec les mêmes personnages. Quant au cinéma, j’ai environ 200 projets en cours, tous aussi foireux les uns que les autres. (rires) Mais je ne me plains vraiment pas. Tout va très bien pour moi.
vos commentaires
Pour aller plus loin
Articles & dossiers associés
-
SALON DU LIVRE 2007
Bollybooks feverC’est d’Inde, qu’est venu cette année le souffle littéraire qui guidera la 27e édition du Salon du livre de Paris. Une contrée lointaine aux mille promesses qui devrait relever d’ocre et d...
Plus sur SALON DU LIVRE 2007
Les livres associés
Roman Français
Nous vieillirons ensemble
de Camille de Peretti
Dimanche 1er octobre. Une journée comme les autres aux Bégonias, maison de retraite de la banlieue...
Plus sur Nous vieillirons ensemble Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite
Roman Français
Thornytorinx
de Camille de Peretti
Tout lui réussit, tout lui sourit : voilà le drame d'une jeune fille. Pour sa mère, elle incarne...
Plus sur Thornytorinx Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite« Thornytorinx »
1 personne a déjà commenté cet article
Voir les commentairesVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez
Roman Français
Thornytorinx
de Camille de Peretti
Tout lui réussit, tout lui sourit : voilà le drame d'une jeune fille. Pour sa mère, elle incarne...
Plus sur Thornytorinx Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite« Thornytorinx »
5 personnes ont déjà commenté cet article
Voir les commentairesVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez
Roman Français
Nous sommes cruels
de Camille de Peretti
Julien et Camille sont faits pour s'entendre. Fascinés par la littérature du XVIIIe siècle, élèves...
Plus sur Nous sommes cruels Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite
Roman Français
Nous vieillirons ensemble
de Camille de Peretti
Dimanche 1er octobre. Une journée comme les autres aux Bégonias, maison de retraite de la banlieue...
Plus sur Nous vieillirons ensemble Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuiteLes événements associés
Salons & festivals
Salon du livre de Paris
Vingt-septième édition de l'un des événements les plus attendus de l'année. 2007 accueillera l'Inde avec le soutien de l'India Trade Promotion Organisation pour fêter le soixantième...
Plus sur Salon du livre de Paris Réservez vos places sur fnac.comLes lieux associés
Parc des expositions
Paris Porte de Versailles
Paris
Vipari est depuis 2008 l’organisme de gestion des dix principaux sites d’accueil de Paris : le Cnit Paris La Défense, l’Espace Champerret, l’Espace Grande Arche, Le Palais des Congrès de...
- Plus sur Paris Porte de Versailles
Les stars & célébrités associées
-
Camille de Peretti
Comédienne et écrivain françaiseNé le 1980Les lecteurs français sont tombés amoureux de ses fossettes et de ses grands yeux bleus : Camille de Peretti est entrée dans le cercle fermé des jeunes auteurs à succès. Petite tête bien...
- Plus sur Camille de Peretti
« Camille de Peretti »
6 personnes ont déjà commenté cet article
Voir les commentairesVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez6
fil culture
-
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez01/06 Michael Mann à la Mostra -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez01/06 Le Louvre sauve deux trésors de l'... -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez01/06 Rencontres à la Maison des... -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez01/06 Aurélie Filippetti recrute Kim...
nouveautés
club arts
les Avis des membres
-
30/05/2012 06h14 Moi qui n'aime pas lire , j'ai du lire ce livre dans le cadre du cours de français en 4e année secondaire . J'avais le choix...
Voir tous les avis
VOUS AIMEZ
citation du jour
« Les mamans, ça pardonne toujours ; c’est venu au monde pour ça. »
de Alexandre Dumas
En savoir plus sur cette citationVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez-
Membres (7)
privilèges
autres livres
agenda
PROCHAINEMENT




















01.Tout le monde n'a pas le destin de Kate...
de Fred Ballard02.L'affinité des traces
de Gérald Tenenbaum03.Serenitas
de Philippe Nicholson04.Le bonheur selon Bouddha
de Davina Delor05.Le vieux qui lisait des romans d'amour
de Luis Sepulveda