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Christophe Chabouté au banc d’essai

Propos recueillis par Christophe Quillien - Le 18/09/2012

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Christophe Chabouté au banc d’essai

Depuis ses premières planches en 1993, dans un album collectif sur Rimbaud, le dessinateur s’est taillé une belle réputation dans la BD. Celle d’un franc-tireur à la ligne sombre qui publie aujourd’hui son seizième album, 'Un peu de bois et d’acier'. L’histoire pas banale d’un banc.

C’est l’histoire d’un banc en noir et blanc. Oui, vous avez bien lu, un mobilier urbain et public qui voit défiler sur (et devant) lui un concentré d’humanité : des jeunes, des vieux, des riches, des pauvres, tandis que les saisons s’enchaînent et que le temps n’arrête pas de filer… Un récit muet à la Tati qui rend un bel hommage à la magie du quotidien et laisse parler l’imagination du lecteur. Occasion rêvée pour faire parler Chabouté de son seizième album dans lequel « il laisse la part belle à l’imagination du lecteur ».

Prendre un banc public comme héros d’une bande dessinée, voilà qui est original ! Comment vous est venue cette idée ?

©Glénat©GlénatJ’avais justement envie d’un héros original… J’aurais pu raconter une histoire avec plein de gens et un banc en arrière-plan, mais je tenais à ce qu’il lui arrive quelque chose. Je crois d’ailleurs que j’ai placé un banc dans la plupart de mes albums. Je suppose donc que cette idée devait traîner dans un coin de ma tête depuis un moment, et j’ai fini par accoucher de ce livre.
 

Le rôle du lecteur est important, comme si chacun était en quelque sorte le « co-auteur » du récit en imaginant la petite histoire de chaque personnage…

Dans cet album, j’ai imaginé un axe central et des chemins de traverse dans lesquels le lecteur peut s’engouffrer. Je n’ai pas fait parler les personnages pour qu’ils ne prennent pas trop d’importance, et chacun peut leur inventer un passé ou un avenir. J’ai laissé la porte ouverte à l’imagination.

Vous n’utilisez ni bulles ni dialogues : le silence est-il un outil de narration ?

©Glénat©GlénatLe silence est un peu ma marque de fabrique, et c’est toujours un défi de raconter une histoire sans dialogues. Mais quand les images parlent d’elles-mêmes, il n’est pas utile de surenchérir avec du texte. C’est aussi une forme d’hommage au cinéma muet de Chaplin, de Buster Keaton ou de Jacques Tati.

 

C’est un album à lire lentement, pour bien sentir l’écoulement du temps au fil des pages ?

Je me contente de faire une proposition aux lecteurs. Certains vont lire cet album très vite, d’autres plus lentement. Chacun peut se l’approprier à son propre rythme. Je suis toujours curieux de voir comment mes livres sont lus. À chaque fois que je termine un album, je le fais lire à ma compagne. Je regarde juste la circulation de son regard pour voir comment ses yeux se « promènent » sur la page et où ils s’arrêtent.

Il vous arrive d’être surpris ?

Je le suis à chaque fois car les lecteurs naviguent comme bon leur semble à travers les pages. Ils s’arrêtent parfois là où je ne m’y attendais pas, ou bien ils passent plus rapidement que je ne le pensais. Je ne maîtrise rien : je propose, le lecteur dispose…

La tonalité de cet album est plutôt optimiste…

J’ai essayé d’être optimiste, d’être drôle et touchant. De manière générale, mes récits sont assez sombres et mon humour plutôt grinçant. Cette fois, je me suis efforcé de faire sourire en privilégiant la tendresse et l’émotion. Je me sens proche de Chaplin et de Tati. Je les trouve touchants, et je me suis appuyé sur des gens comme eux pour raconter cette histoire en essayant de marcher dans leurs traces.

Ce personnage en costume qui ne cesse de passer et de repasser devant le banc, une sacoche à la main, pourrait d’ailleurs sortir d’un film de Tati…

©Glénat©GlénatAu début, on ne le voit pas. Puis on se demande ce qu’il fait là et pourquoi il repasse sans cesse… Il y a un effet de répétition, et son côté méthodique est plutôt drôle. Si vous vous installez tous les jours sur un banc, vous verrez passer les mêmes personnes à la même heure… Pour construire ce récit, j’ai pioché des petits morceaux d’expériences vécues dans des halls de gares ou à des arrêts de bus.

Comment faut-il interpréter ce récit ? Comme une incitation à prendre son temps, une invitation à se rapprocher des autres et à être plus attentifs à notre environnement immédiat ?

J’avais envie de réussir à me poser, tout simplement. Je fais toujours quantité de choses en même temps : cette fois, j’ai été obligé de m’arrêter et de regarder. J’ai voulu rendre le futile important, trouver de l’aventure dans le quotidien et rendre l’extraordinaire ordinaire.

À la fin, le bon vieux banc est remplacé par un banc moderne qui ne plaît à personne… Une manière de dire que vous préférez la tradition à la modernité ?

C’est à chacun d’interpréter la scène ! J’avais envie que le lecteur s’attache à ce banc pendant les 336 pages de l’album et qu’il se prenne d’affection pour lui. Chaque lecteur est libre d’interpréter comme il le souhaite. Encore une fois, le lecteur fait ce qu’il veut…

Qu’est-ce qui fait le lien entre les seize albums que vous avez publiés ? Quelle est la « marque » Chabouté ?

Je parle toujours du quotidien, en essayant de le rendre un peu plus fantastique et onirique. J’aime bien quand les choses dérapent, à condition de rester crédible. J’essaie de regarder le quotidien autrement et de changer de point de vue.

Vous travaillez quasiment toujours en noir et blanc : la couleur ne vous tente pas ?

Je n’ai utilisé la couleur que pour ma série Purgatoire. Et dans l’album Construire un feu, j’ai essayé de faire peur en utilisant du blanc plutôt que du noir. Je n’utilise la couleur que si l’histoire l’exige. Ça ne m’intéresse pas de montrer un ciel bleu et des arbres verts. La seule fois où j’ai travaillé en couleur, j’ai d’ailleurs dérapé : je me souviens que le ciel était jaune…

Un peu de bois et d’acier, Christophe Chabouté, éd. Vents d’Ouest, 336 p., 30 €.

Interview de Christophe Chabouté à l'occasion du Festival d'Angoulême 2009:

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