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INTERVIEW DE DANIEL GLATTAUER Roman 2.0

Propos recueillis par Emilie Besse pour Evene.fr, photos (c) Bertini - Avril 2010 - Le 21/04/2010

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INTERVIEW DE DANIEL GLATTAUER

En 2006, Daniel Glattauer publiait son huitième roman. Avec quatre ans de retard, la France découvre à son tour 'Quand souffle le vent du Nord', un texte ovni, à mi-chemin entre fantaisie virtuelle et tradition romantique, avec lequel la technologie entre par la grande porte dans la littérature.

Internet, les téléphones portables, Facebook, Twitter… nous n'avons jamais autant communiqué. Mais quelle est la valeur de cette parole du XXIe siècle, à la fois omniprésente et pourtant insaisissable ? Une question dont Daniel Glattauer a fait le thème central de son roman. Et d'un sujet somme toute banal, il tire une observation minutieuse de l'homo numericus dans ce qui est désormais son environnement naturel. En Autriche, 'Quand souffle le vent du Nord' a connu un succès fulgurant, à tel point qu'une suite est déjà parue. Inventif, surprenant, touchant sans pour autant verser dans la mièvrerie, Glattauer signe une oeuvre romantique et résolument moderne sur la rencontre virtuelle d'un homme et d'une femme. Juste des mails, pas de narration : on en oublierait presque la présence de l'auteur. Une bonne raison de lui donner la parole...

Lire la critique de 'Quand souffle le vent du Nord'
Votre roman repose exclusivement sur l'échange de mails entre deux personnes. Comment vous en est venue l'idée ?

Au départ, l'histoire était très simple : il s'agissait de deux personnes qui entrent en contact par erreur et qui commencent à s'écrire des mails. Ils entament une conversation virtuelle, et le récit suit chacun des mails qu'ils s'échangent. Je voulais montrer les étapes de ce rapprochement, de quelle manière on progresse dans la confiance de quelqu'un. Nous avons souvent tendance à sous-estimer le mail et le réduire à un échange d'informations, à quelque chose de très professionnel. Mais ce qui m'intéressait c'était justement de transposer cet instrument dans la sphère de l'intime. Il y a un équilibre qui se met en place dans l'écriture entre ce qu'on est prêt à dire de soi et ce qu'on cherche à découvrir sur l'autre. Au début je ne pensais pas faire plus d'une vingtaine, peut-être une trentaine de pages. Et puis finalement j'ai pris autant de plaisir que mes personnages à écrire des mails. Donc la forme est restée et les quelques pages de départ se sont transformées en un roman.

Vous jouez beaucoup avec les notes temporelles des mails. Est-ce cette dimension ludique qui vous a séduit ?

Oui, c'était très intéressant de voir le rôle du temps dans le récit, notamment parce que la teneur de ce qu'on dit dépend de la vitesse à laquelle on réagit. Les réponses d'Emmy par exemple varient de dix secondes à quelques jours. Le facteur temps est décisif dans la nature des réponses qui suivent. En accélérant ou au contraire en ralentissant le rythme du dialogue, j'essaye de transposer ce que pourrait être la réalité. C'est en cela que la relecture a été, finalement, mon plus gros travail. J'ai dû apposer un grand nombre de corrections parce que certaines réactions, et les délais dans lesquels elles intervenaient, me semblaient parfois un peu irréalistes. Il m'a donc fallu beaucoup réécrire pour rendre le roman le plus cohérent possible.

Et en tant qu'écrivain, quel regard portez-vous sur les nouvelles formes de communication ?

Ce qui est certain, c'est que nous avons gagné en spontanéité. La différence entre la communication par lettres et celle par mails, c'est que le mail est beaucoup plus rapide et permet à l'auteur de la question et à l'auteur de la réponse d'être dans la même ambiance, dans le même état d'esprit. Alors que dans une lettre, entre la première et la réponse, il peut se passer beaucoup de choses. Cette accélération de la communication permet une immédiateté dans les relations qui est particulièrement intéressante dans un roman.

Diriez-vous que votre roman s'inscrit dans la tradition du roman épistolaire ?

J'ai lu beaucoup de remarques dans ce sens dans beaucoup de journaux, et je suis assez d'accord. Mais lorsque j'ai écrit mon livre, je ne me suis pas vraiment soucié de savoir à quel genre il allait appartenir. Ce qui est amusant, c'est que les lecteurs ont tout de suite retenu cette forme épistolaire, alors que je n'y ai fait attention qu'à la relecture. De toute façon, on ne peut pas vraiment participer à la tradition et la renforcer en y restant totalement fidèle. Au contraire il faut la transformer un peu, jouer avec les codes pour la réinterpréter. Le livre s'inscrit donc plutôt dans la suite logique que dans la tradition.

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