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Le Messie du peuple chauve
de Augustin Guilbert-Billetdoux
INTERVIEW DE DASH SHAW Nouvelle star
Propos recueillis par Mikaël Demets pour Evene.fr - Janvier 2009 - Le 23/01/2009
2008 aura révélé un grand auteur : Dash Shaw. L'écrasant 'Bottomless Belly Button', pavé de plus de 700 pages publié chez Cà et là, se sera fait remarquer à plus d'un titre. Non seulement parce qu'il s'avère capable de plomber une bibliothèque, mais surtout parce qu'il promet beaucoup, puisque son jeune auteur n'a que 25 ans.
Les interviews, Dash Shaw ne les aime pas particulièrement. "C'est assez inquiétant d'être derrière le micro. J'espère toujours que je vais avoir l'air intelligent, mais parfois je n'ai pas de réponse, alors je préfère éluder la question", sourit-il, intimidé par l'effervescence qu'il crée au Festival d'Angoulême. Heureusement, une fois ragaillardi par un bon café au lait, ce jeune New-Yorkais nous raconte la genèse de cet album hors norme, qui sidère par sa narration ambitieuse et sa densité inhabituelle.
Ce qui frappe d'abord lorsque l'on a 'Bottomless Belly Button' entre les mains, c'est sa taille. A-t-il été difficile d'arriver au bout de ces 700 pages ?
C'est un livre long, mais l'histoire n'est pas si longue : elle est très morcelée. 'Bottomless' se lit plus rapidement que beaucoup d'autres albums. Je tenais à cette vitesse de lecture, et j'espère que les gens le dévorent comme cela, même si je ne peux pas contrôler leur lecture. Beaucoup de séquences proches de l'animation, économes en mots, sont faites pour que le récit soit très fluide. Dans la plupart des bandes dessinées, on commence à lire en haut à gauche, puis on zigzague de gauche à droite pour arriver en bas, on s'arrête et on remonte à la page suivante, etc. Je voulais que ce livre soit plus ouvert, plus libre, plus "liquide".
Comment avez-vous travaillé sur cet album ? Vous saviez dès le début où vous vouliez arriver ?
Il ne m'a pris que trois ans, ce qui est long, mais ce qui est aussi très court pour réaliser plus de 700 pages. Beaucoup de dessinateurs font une soixantaine, une centaine de pages par an. Souvent, aux Etats-Unis, certains n'en font même qu'une vingtaine. Moi je m'ennuierais. Mais il faut dire que beaucoup d'entre eux ont une autre activité, des enfants dont il faut s'occuper… J'ai commencé ce livre quand j'étais étudiant, et j'ai ensuite déménagé en Virginie : j'avais un loyer très faible, donc je n'étais pas obligé de travailler trop à côté, et comme il n'y avait rien à faire dans le coin, j'ai pu me concentrer seulement sur le livre.
Y a-t-il une part d'improvisation dans le récit ?
J'avais défini l'intrigue dès le début. Mais dans certaines scènes, il pouvait y avoir une part d'imprévu : je me suis autorisé à changer de direction. Je souhaitais écrire quelque chose qui avait l'air improvisé, le plus naturel possible. Dans une scène, j'aime avoir un point de départ, un point d'arrivée, et m'égarer en chemin, m'éloigner, revenir sur mes pas, ralentir ou accélérer. Faire l'inverse des films hollywoodiens où l'on va à l'essentiel, on voit ce qu'on doit nous montrer pour comprendre, puis on coupe et on embraie sur la scène suivante. Mon style est plus relâché.
La vieillesse, l'âge, la disparition des sentiments : les thèmes abordés dans 'Bottomless' sont assez rares dans la bande dessinée. Comment vous en est venue l'idée ?
Avant, mes héros étaient assez figés, rigides, formels. Pour 'Bottomless', j'ai voulu les affiner. J'ai alors pensé à dépeindre une famille : ce cadre me permettait d'avoir des personnages dissemblables, et de les faire s'affronter entre eux, confronter leurs personnalités. Ils sont tous différents, comme Bart et Lisa Simpson, mais forcés de composer les uns avec les autres. Mes personnages révèlent vraiment leur personnalité lorsqu'ils se retrouvent face à des gens qui leur sont opposés. Je voulais un large éventail d'âges, pour voir ce qui naîtrait de cette juxtaposition. La vieillesse n'était donc pas exactement mon point de départ.
Comment situeriez-vous votre ton, entre réalisme, fiction, et parfois, cette impression d'autofiction ?
Certains ont dit que ce livre était très fidèle à ce que l'on ressent aux différents âges de la vie. Maggie, par exemple, a la peau du cou qui se relâche. J'ai imaginé que si j'avais cela, j'y toucherais sans doute beaucoup en me demandant ce que c'est. Une femme de son âge m'a dit qu'elle le touchait sans cesse et qu'elle s'était reconnue dans le livre, c'est étrange… L'imagination a beau être primordiale, mes dialogues ont beau être très stylisés, l'ensemble semble de lui-même réaliste. Quant à savoir si je m'identifie à mes personnages, je ne me reconnais dans aucun d'entre eux. J'ai simplement imaginé cette rencontre de profils différents. 'Bottomless Belly Button' n'est pas une autofiction, je n'ai jamais été attiré par le fait de raconter ma vie dans un album.
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09/02/2012 10h18 Un petit bijoux! Amusant, intriguant, éclairé. Quel style! Entièrement sous le charme.
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