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14/11/2012 10h25 Juliette Einhorn et François Aubel ont tout deux raison. Mme Einhorn évoque avec intelligence le livre qu’elle aurait aimé lire ; M. Aubel décrit sans apprêt le livre qu’il a lu. La réussite et l’échec des « Lisières » s’expliquent par cette promesse non tenue. On se plaît à imaginer des lisières plus fines.
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Faut-il lire « Les Lisières » d’Olivier Adam ?
Par Juliette Einhorn et François Aubel - Le 13/09/2012
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Coqueluche de la critique qui lui accordait, hier, ses faveurs pour le Goncourt, il est devenu un des auteurs les plus malmenés de cette rentrée. Absent des listes des grands prix littéraires, son dixième livre, 'Les Lisières', a divisé la rédaction d’Evene. Est-il le portrait d’une époque épuisée ou un roman épuisant ?
Oui par Juliette Einhorn ****
Les Lisières est un roman entonnoir. Il semble avoir aspiré les stigmates de notre époque et en dérouler sous nos yeux la phase de digestion, pour en retranscrire les cicatrices et les contradictions. Livre du seuil, il se situe à la croisée de l’œuvre sociétale et de la confession intime, sinon intimiste, sans vouloir choisir : suspendu dans un troublant entre-deux, car symptomatique d’une forme de glissement des consciences. Ce qu’on lit ici, c’est cette indécision généralisée entre intérieur et extérieur, vie privée et vie publique dont les réseaux sociaux, la téléréalité, l’autofiction sont à la fois le signe et le symptôme. Étude de mœurs et confiteor postmoderne d’un éternel adolescent se mêlent et finissent par se fondre, traduisant avec la précision d’un scanner une confusion des genres caractéristique de ce début de XXIe siècle : à travers le récit de l’effondrement de Paul, écrivain quadragénaire qui vient d’être quitté par sa femme et voit ses parents décliner sur fond de catastrophe de Fukushima, Olivier Adam dresse le portrait d’une génération qui a « dix ans de retard » et se refuse à entrer dans l’âge adulte.
Porté par un « sentiment océanique », incapable de se conformer à une vie de tous les jours étriquée, il se rend compte que l’existence « aux finistères », où il pensait fuir la vie mondaine, le parisianisme et son snobisme écœurant, n’a guère plus de sens, malgré la présence régénératrice de la mer. Déversoir subtilement exhibitionniste, lamento faussement nombriliste d’un être autodestructeur qui se flagelle, se décrivant comme un fantôme hantant sa vie au lieu de l’occuper, qui n’est jamais vraiment là, agressé chroniquement par le monde extérieur. Une confession jouissive en ce qu’elle charrie de misanthropie consensuelle, de médiocrité complaisante qu’il fallait avoir le courage d’exprimer et d’assumer. Car Les Lisières a le mérite de dresser le diagnostic d’une posture intellectuelle dévoyée, qui, à force de se regarder, substitue à la fiction la narration apitoyée d’une époque épuisée, consumériste, arrivée au bout d’elle-même : « Pourquoi le monde faisait-il mine de n’être qu’un immense hôpital jouxtant un centre commercial ? (…) (Il) semblait réduit à cette alternative : soit l’on vendait soit l’on soignait. »
Se rendant au chevet de sa mère à V., sa ville d’enfance, dans l’Essonne, Paul croise ses amis d’enfance. Ils n’ont pas quitté la région, et végètent dans des petits boulots et des vies médiocres qui semblent lui prouver que, si le salut ne réside pas dans la fuite et les perspectives neuves d’une vie qu’on construit de toutes pièces (ni à la mer, ni à Paris, ni même au Japon où il rêve de revenir avec femme et enfants), il réside encore moins dans l’enracinement : constat nihiliste donc, qui traduit avec une grande justesse la vacuité de nos vies périphériques, décentrées, dénuées de sens, trajectoires humaines comme assistées par ordinateur. Un roman-symptôme, qui se veut le reflet cruel, cyanosé, impitoyable, d’un IIIe millénaire essoufflé que seuls l’art et la littérature peuvent transcender.
Non par François Aubel *
Logique pour un roman intitulé Les Lisères de mettre en scène un « être périphérique ». Sauf que le dixième livre d’Olivier Adam tourne en rond, comme s’il avait bazardé dans une centrifugeuse tous les thèmes qu’il ressasse depuis son entrée en écriture, voilà dix ans maintenant, avec Je vais bien, ne t’en fais pas (paru au Dilettante). Soit, dans le désordre des 454 pages : un enfant mort, l’existence banlieusarde, l’amour tragique, l’amitié enfuie, le Japon avec ses temples, ses pommiers fleuris et son tsunami, la solitude des pères, l’obsession de l’exil, la fuite… Et, très important pour la météo de ses livres, les embruns atlantiques, car c’est à Saint-Malo que notre corsaire des lettres françaises s’est réfugié pour mieux contempler, tel Chateaubriand sur son rocher, notre monde cruel.
Mélanie Laurent dans le film tiré du livre d'Olivier Adam, 'Je vais bien ne t'en fais pas', de Philippe LioretSon héros, l’écrivain Paul Steiner, plus que jamais son double accablé, a été quitté par sa femme. Ses deux enfants lui manquent. Comble de désespoir pour cet homme qui répète à longueur de page qu’il est étranger à lui-même, son frère honni (car vétérinaire de droite), lui demande de s’occuper des autres. En l’occurrence de ses parents : un père ouvrier à la « raideur glaciale » qui s’apprête à voter FN et une mère gagnée peu à peu par Alzheimer… Un enfant n’a jamais les parents dont il rêve comme le dirait Boris Cyrulnik. Vous avez dit plombant ? Le pire, notre homme va bientôt le vivre : le voilà contraint de retrouver la maison familiale, à V. dans l’Essonne, en banlieue sud de Paris. Aux lisières donc, dans cette France d’en bas chère à Monsieur Raffarin. Là où son copain devenu caissier ne peut joindre les deux bouts, où l’ado rebelle d’hier s’est métamorphosée, cafard de lotissement, en épouse névrotique d’un VRP, où l’ancien coco va voter « La Blonde » (par quelle pudeur Adam n’écrit-il pas « Marine Le Pen » ?). Donner la parole à une frange silencieuse, évoquer le combat ordinaire, voilà belle et noble ambition. Sauf que l’on n’entend ici que l’écoulement de considérations caricaturales. Une cascade d’un jus faussement aigre. Comme lorsque Steiner-Adam s’enfonce, ou plutôt se noie, dans la critique de l’édition, milieu peuplé de « fils et filles de grands bourgeois, cultivés, distingués et spirituels, normaliens ou agrégés ou que sais-je (…) ». Même Olivier Cohen, l’ancien éditeur d’Adam, dans un élan peu fairplay, en prend pour son grade (p. 409).
Mais il faut citer un passage de ce roman pour comprendre toute l’inanité de la pensée l’irrigant. « Farouchement de gauche, ils (les gens de l’édition, toujours eux) considéraient pourtant unanimement, parfois sans oser le dire, qu’au-delà du périphérique ne régnaient que chaos, barbarie, inculture crasse et médiocrité moyenne et pavillonnaire », écrit-il encore. On rêve. C’est bien de cette médiocrité dont Adam fait son miel, s’appuyant sur un soi-disant complexe d’infériorité du natif des lisières qui n’est, en réalité, qu’une vaniteuse béquille. Elle l’aide en effet à se maintenir dans sa posture d’écrivain non pas « social », mais à « morale », cette « faiblesse de la cervelle » comme la considérait Rimbaud.
En écologie, les spécialistes évoquent parfois l’effet-lisière ou effet-bordure pour décrire les impacts négatifs de ces habitats intermédiaires. Certes, Adam jouit d’une dynamique « écopaysagère » propre – qu’il faille ou non le déplorer, on reconnaît immanquablement sa musique funèbre – mais tout y résonne artificiellement. Page 101, il semble touché néanmoins par un éclair de lucidité (ou est-ce du masochisme ?) lorsque son personnage déclare : « Je m’étais vu en Modiano, Fante, Sagan, Salinger et j’avais écrit les livres que j’avais écrits. Des livres de cogneurs de fond de court, solides mais dénués de grâce, laborieux et pesants. On est ce qu’on peut. Mais de le savoir, rien ne nous console… » Nous non plus, hélas.
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10/10/2012 07h51 Les lisères ne peuvent visiblement pas toucher tout le monde. Personnellement j'ai été littéralement embarquée sur toutes ces rives. Les mots de l'auteur sont vrais, puissants, profonds, justes. Cela faisait longtemps qu'un livre ne m'avait pas touchée à ce point. Pas sélectionné pour le Goncourt ? et alors ? ça n'aurait pas changé l'histoire.
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08/10/2012 03h48 Je viens de finir les Lisières et ce livre est le non-évènement de la rentrée. Il n'y a pas d'histoire, sinon les lamentations sans recul d'un ado attardé persuadé qu'il est le seul à ressentir les émotions. Le héros est antipathique,immature, je n'en voudrais pas même en ennemi. Le style est lourd, dense, envahissant, comme le personnage central.
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