Le Figaro

Faut-il lire 'Une partie de Chasse' de Agnès Desarthe ?

Par Bernard Quiriny et Camille Thomine - Le 21/08/2012

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
0 avis
  • Membres (0)  
Faut-il lire 'Une partie de Chasse' de Agnès Desarthe ?

Qu’est-ce qu’être une bête, que signifie être un homme et quel rang tenir dans le règne animal ? Autant d’interrogations soulevées par le dernier roman d’Agnès Desarthe qui a divisé la rédaction d’Evene.

Mai 2009 : suite à la mort de Pina Bausch, Agnès Desarthe observe des vidéos de danseurs. Dans un journal de bord tenu pour Libération, elle note : « Cette contemplation me ramène à la question que je ne cesse de me poser : qu’est-ce qui nous arrive quand on grandit ? Pourquoi cette déperdition ? Pourquoi cette distorsion? Pourquoi cette corruption ? Y a-t-il un prix à payer pour gagner le droit à la parole ? Les animaux ne souffrent pas d'une décadence analogue, la grâce leur demeure. » La volée d’interrogations mérite d’être citée dans son intégralité tant elle vaut pour clef de nombreux romans de l’écrivain. Et notamment d’Une partie de chasse

©Patrice NormandAgnès Desarthe, ©Patrice NormandOui par Camille Thomine

Avec ce génie du prélude qui la caractérise, Agnès Desarthe nous propulse aussitôt au cœur de son sujet, en l’occurrence celui d’un lapin, dont elle donne à entendre, justement, ce qu’il a sur le cœur : « J’aimerais mourir de mort naturelle. Je voudrais vieillir. » De là se répercute l’éternel questionnement : qu’est-ce qu’être une bête ? Embarqué pour une partie de chasse où la faune exprime ses états d’âmes et où les hommes se suivent en meute, tombent dans des pièges et courent affolés au moindre danger, Tristan, le héros, devra trouver réponses à d’imprévues questions. Et comme dans la nuit brune, c’est dans les profondeurs du sol qu’il trouvera les réponses. Une fois la matière chahutée, creusée, retournée comme un gant. « Rien à craindre de la terre, se répète-il lorsque la sortie tourne à un déchaînement des éléments. D’elle nous sortons, en elle nous finissons. » Mais est-ce bien sûr ? Au grand jeu de l’oie du monde, sort-on toujours indemne d’un retour sur soi-même ou d’un trop long détour par la case passé ? On retrouve ici nombre des obsessions qui donnent aux romans de Desarthe leur touffeur si particulière : difficulté d’être, quête de soi, secrets, réversibilité entre ciel et glaise, envol et chute, et toujours, bien sûr, cette incroyable grâce pour rendre la majesté de la nature : le « babel des futaies », le « doigt d’or accusateur du soleil », ou « les arabesques maladroites » de la pluie sur le sol… Dans cette nature personnifiée, l’animal se niche dans chaque recoin, chaque souvenir, chaque métaphore et jusque dans les lieux communs du langage, autant de clichés dont l’auteur use allègrement comme pour révéler leur pertinence tout en se jouant de son sujet. Car il s’agit-bien là d’un questionnement sur l’espèce, une tentative aussi humble qu’apaisante pour faire le plaidoyer de notre condition, tout en tirant l’alarme de nos potentialités en sommeil… Contre l’asthénie ambiante, les automatismes ou l’habitude du pire qui nous empêche d’apprécier l’ordinaire, Desarthe chante les facultés de l’homme à aimer, à se souvenir, à prendre le temps de vieillir, de jouir de la beauté. En somme sa liberté à changer le cours des choses sans tomber dans le piège de « faire ce qu’il sait faire ».

 Non par Bernard Quiriny

Un garçon nommé Tristan se laisse convaincre par sa copine d’aller chasser avec les gars du village, histoire de se faire des amis. Grand sensible et délicat, il n’a pourtant rien à voir avec ces beaufs rustiques qui, comme tous les chasseurs (cliché, quand tu nous tiens), rient gras et parlent comme des charretiers. Évidemment, la partie de chasse va mal tourner : l’un des participants tombe dans un trou, deux autres partent chercher des secours, une tempête éclate. Resté seul avec le blessé, Tristan médite, raconte et se souvient de son passé. De loin, le scénario évoque parfois Delivrance, le film de John Boorman (la confrontation avec la nature, l’expédition qui tourne au désastre, etc). En réalité, Agnès Desarthe connecte le récit de chasse avec une vague histoire de rivalité amoureuse qui manque douloureusement de vraisemblance, mâtinée d’un fardeau personnel un peu cliché. Mais surtout, Une partie de chasse souffre d’un parti-pris narratif pour le moins étrange, qui consiste à faire occasionnellement parler… un lapin de garenne, prisonnier vivant dans la gibecière de Tristan. « Je ne meurs pas, répond le lapin muet. Je persiste. J’entame une vie nouvelle ». En serrant des dents, on arrive à garder son sérieux.

Une partie de chasse, Agnès Desarthe, L’Olivier, 154 p., 16 € (en librairie le 23 août)

Retrouvez toute l'actualité du livre sur 

vos commentaires

 
 

Pour aller plus loin

Articles & dossiers associés

  • Agnès Desarthe au CNL

    Agnès Desarthe au CNL

    Plus sur Agnès Desarthe au CNL

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
     
    • Membres (0)  

Les livres associés

Une partie de chasse

Roman Français

Une partie de chasse

de

Editeur : Editions de l'Olivier | Parution : 23 Août 2012

Ce court roman, d'une intensité et d'une audace formelle rares, raconte l'histoire de quatre...

Plus sur Une partie de chasse Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Evene  
  • Membres (3)  
Mangez-moi

Roman Français

Mangez-moi

de

Editeur : Points | Parution : 23 Août 2007

Elle part de rien : un prêt riquiqui à la banque et un frigo géant, un peu rayé, le modèle d'...

Plus sur Mangez-moi Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Evene  
  • Membres (0)  
Le Remplaçant

Roman Français

Le Remplaçant

de

Editeur : L’Olivier | Parution : 2 Avril 2009

Avec 'Le Remplaçant', Agnès Desarthe nous livre plus qu'un autoportrait : une radiographie de son...

Plus sur Le Remplaçant Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Evene  
  • Membres (0)  

Les stars & célébrités associées

  • Agnès Desarthe

    Agnès Desarthe

    Ecrivain française
    Née en 1966

    Née dans une famille où l’on parlait arabe, russe et yiddish, Agnès Desarthe considère le français comme une langue étrangère. C’est par l’écriture que, dès le plus jeune âge, elle s’...

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
     
    • Membres (0)  
Plus

vidéos

  • Georges Rémi Jr à propos de l'autobiographie d'Hergé, « Un oncle nommé Hergé » (éd. L'Archipel) © éditions Archipel

  • Stephen King à propos de « 22/11/63 » (éd. Albin Michel)

Plus

photos

  • Dédicace d'Hergé à son neveu Georges Rémi Jr, auteur d'une biographie post-mortem de son oncle (éd. de l'Archipel). - Hergé

    Dédicace d'Hergé à son neveu Georges Rémi Jr, auteur d'une biographie post-mortem de son oncle (éd. de l'Archipel). © Georges Rémi Jr

  • « Blake et Mortimer - Le Serment des cinq Lords », la BD événement de la fin d'année. - Le serment des cinq lords

    « Blake et Mortimer - Le Serment des cinq Lords », la BD événement de la fin d'année. © Dargaud

Fnac.com
Romans
Immortelle randonnée
Immortelle randonnée Jean-Christophe Rufin 18,53 €

Cinquante nuances de Grey
Cinquante nuances de Grey E.L. James, ... 16,15 €

Cinquante nuances plus sombres
Cinquante nuances plus sombres E.L. James 16,15 €

Meilleures ventes
Le meilleur médicament, c'est vous !
Le meilleur médicament, c'est vous ! Frédéric Saldmann 17,96 €

Inferno - Version française
Inferno - Version française Dan Brown 21,76 €

Le dictionnaire de Laurent Baffie
Le dictionnaire de Laurent Baffie Laurent Baffie 15,11 €

Nouveautés livres
Beautiful Bastard - Version Française
Beautiful Bastard - Version Française Christina Lauren 16,15 €

Une chanson douce
Une chanson douce Mary Higgins Clark 21,76 €

La conjuration primitive
La conjuration primitive Maxime Chattam 21,38 €

-5% Livraison sur tous les livres
Plus

citation du jour

« La condition de ceux qui restent est toujours plus triste que celle des personnes qui s’en vont. S’en aller, c’est un mouvement qui dissipe, et rien ne distrait les personnes qui demeurent.  »

de Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux

Extrait du La Vie de Marianne En savoir plus sur cette citation
Ajouter sur un cadeau

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (1)
     

la lettre evene

L’actualité culturelle au quotidien
Citation, livre, événement, célébrité, jeu concours... › Voir la lettre du jour

agenda

tous les livres

Découvrez 30.000 livres dans l'une de ces catégories :

et aussi