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Histoires d'artINTERVIEW DE IAIN PEARS
Pouvez-vous nous présenter votre nouveau roman, ‘Le Portrait’ ? Difficile... C’est un livre sur les relations entre l’amitié et la haine, entre la création et la destruction. Je voulais essayer d’écrire quelque chose de court, parce que mes deux derniers romans étaient très longs. Je commençais à me demander si je n’avais pas oublié comment faire court. C’était un exercice, je voulais m’autodiscipliner et le sujet s’est présenté de lui-même. ‘Le Songe de Scipion’ (Belfond, 2002) abordait un grand nombre de personnages sur une période de 1.500 ans. Je souhaitais me limiter à un sujet aussi minimaliste que possible, qui explore non seulement une personne, mais une personne dans un contexte particulier. Le but était de voir à l’intérieur d’un personnage. Voir la critique du 'Portrait' Le thème récurrent de l’art dans vos romans s’explique par votre formation, mais pourquoi le genre policier ?
A la lecture des premières pages du ‘Portrait’, on pense au ‘Portrait de Dorian Gray’ d’Oscar Wilde, il faut y voir une influence ? Non. Je n’ai jamais aimé Oscar Wilde. Je n’ai pas été inspiré par quoi que ce soit, ou, peut-être, plus par ‘La Chute’ de Camus, qui a la même forme : le monologue, une personne dans un paysage désolé, un artiste déversant son âme sur un anonyme. Le roman d’Oscar Wilde aborde la même période et tourne autour d’un tableau, mais il est fondamentalement léger, frivole. Je suppose que chaque livre peut être lié à d’autres, mais je n’en suis jamais conscient. Les journalistes, les critiques et les amis me disent que c’est comme ceci ou comme cela et c’est peut-être vrai. Certain voient des similarités avec Hawthorne dans l’intrigue, mais je ne l’ai pas lu. Mes lectures principales sont sur l’histoire et la philosophie. Toute référence à d’autres oeuvres de fiction est accidentelle.
La structure de votre roman - le monologue - est plutôt inhabituelle... Elle s’est présentée d’elle-même. Je n’ai jamais écrit un livre en sachant ce que j’allais faire. Celui-là débutait par un passage d’une conversation, et j’ai continué ainsi parce que j’ai senti qu’il n’était pas nécessaire que le second personnage intervienne. De toute évidence, faire parler un autre personnage implique de détourner l’attention du lecteur vers celui-ci. Ce qui m’intéressait, c’était le peintre et son interprétation de son interlocuteur. Je voulais que ce soit le portrait de cette personne fait par le peintre, sans que le lecteur ait à créer sa propre image. En réalisant cela, je ne pouvais pas introduire le second personnage. Il fallait que ce soit un monologue. ’Le Portrait’ traite de la relation entre l’artiste et le critique, de la revanche de l’artiste. Des motivations personnelles ?
Dans le livre, le peintre parle de la difficulté de peindre l’âme. Est-ce aussi compliqué de la décrire ? Oui, mais c’est plus évident avec la peinture parce qu’il faut rendre le portrait psychologique en même temps que le visage physique. Avec le roman il est plus aisé de décrire ce que les personnes pensent et ce qu’elles ressentent, mais on ne peut le faire de façon trop explicite. Il faut suggérer sans vraiment dire parce qu’il y a une histoire à raconter. Il ne faut ni trop décrire ni trop simplifier. C’est le plus difficile. Ne pas juste écrire une histoire mais lui donner de la profondeur, de la psychologie, donner des indices tout en laissant au lecteur assez de liberté pour se faire son idée. Vous ponctuez votre récit de nombreuses références artistiques. Le peintre est notamment très critique vis-à-vis du post-impressionnisme... J’aime ce courant, mais je fais allusion à un moment particulier dans la peinture anglaise. Le critique du livre est modelé sur la personne qui a monté cette grande exposition post-impressionniste en 1910. Il a imposé ce que j’appelle le modernisme européo-français en Angleterre. La conséquence a été que, durant une trentaine d’années, les peintres anglais n’ont fait qu’imiter ce qui avait été fait en France. Il n’y avait pas d’originalité. Pourtant il y avait une vraie école anglaise, distincte, qui était née avec Hogarth et qui avait continué avec Turner, Gainsborough et Constable. Cette peinture nationale s’est perdue à l’arrivée du post-impressionnisme, du cubisme, du modernisme... J’ai donc créé le peintre comme un personnage qui voit ce gâchis et tente de réconcilier l’inévitable progression des goûts artistiques avec la vieille tradition qu’il veut préserver. Vous écrivez une série d’enquêtes policières parallèlement à vos romans comme ‘Le Portrait’ dans lesquels l’art tient le premier rôle, un peu à la manière du peintre qui à côté de sa quête artistique exécute des commandes…
Vous avez des projets précis pour l’avenir ? La peinture peut-être ? Je n’ai pas le projet d’écrire de nouveaux livres pour la série policière. Je n’ai pas d’idée et il serait inutile d’en écrire un autre sans raison. Je suis au milieu d’un gros roman historique situé au XIXe siècle. Il y a quelques éléments policiers, mais ça traite surtout d’argent. Pour la peinture, je n’ai aucune disposition pour, et c’est une des raisons pour lesquelles je la trouve si fascinante. Je peux analyser un tableau, voir le travail qui a été fait mais je ne peux le faire moi-même. Un de mes amis, aquarelliste durant de nombreuses années, a arrêté de peindre en voyant une exposition de Dürer. Quand vous voyez à quel point des gens peuvent être doués, il est peut-être préférable de ne pas essayer... Je lis rarement des romans parce que, soit je serais tenté de les imiter, soit je serais intimidé. Alors je travaille à partir d’une position d’ignorance et je ne suis pas embarrassé par le fait de me demander si c’est assez bon ou pas. Propos recueillis par Thomas Flamerion pour Evene.fr - Mars 2006
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