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Ecrits d'éternitéINTERVIEW D'AHARON APPELFELD
Existe-t-il, selon vous, une spécificité de la littérature israélienne ? La littérature d'un pays, ça n'existe pas. Il y a des écrivains, il y a des livres. En Israël vivent des juifs qui sont venus de soixante-quatorze pays différents. C'est un pays constitué de nombreuses musiques, toutes différentes. Israël est un pays libre où les gens écrivent ce qu'ils veulent. Quelle est la part de votre histoire personnelle dans 'La Chambre de Mariana' ?
Dans le roman, vous racontez les crimes de la Shoah en Ukraine. Pensez-vous que la littérature soit le meilleur instrument de transmission des faits historiques et de préservation de la mémoire ? Un écrivain écrit d'abord à partir de son autobiographie. Et ces massacres en Ukraine sont partie intégrante de ma vie. Mais on écrit aussi avec l'espoir que ce qui est particulier puisse devenir universel et accessible à tous. Je ne suis pas un historien, et un écrivain, contrairement à ce que l'on pourrait croire, n'écrit pas sur le passé. Il écrit sur le présent éternel. La mémoire doit passer par le prisme personnel, individuel. On ne peut pas écrire en partant de généralités, d'éléments qui concernent et englobent une communauté. Le récit littéraire passe par la vie de celui qui a vécu à un moment donné dans un lieu donné. S'il a eu faim, s'il a ressenti de la nostalgie, ce sont ces sentiments qui seront dits et conservés. L'histoire va et vient mais la littérature reste. Et la littérature est affaire d'éternité. Vous traitez la barbarie, la violence de manière extrêmement implicite. Elle est représentée par des bruits, des voix, des odeurs... Chacun écrit en fonction de son caractère. Moi je parle de la violence de façon non violente parce que je ne le suis pas moi-même. J'écris les choses comme je les ressens. J'ai toujours le sentiment que la littérature s'apparente à de la musique. Et la musique révèle ce qu'il y a de plus délicat dans l'âme. Nous savons tous que la vie contient une part de violence. Mais certains, y compris des écrivains, ont tendance à la sanctifier, à s'identifier à elle. Ce sentiment ne fait pas partie de moi, donc je ne peux pas écrire ainsi. Ce qui m'intéresse est de révéler une forme de noblesse chez l'homme.
Votre roman tourne énormément autour de figures féminines…
Quels sont les écrivains français qui vous ont marqué ? Celui qui m'a le plus appris, qui a été un maître, c'est Flaubert. C'est un écrivain qui prend soin de travailler chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe. Avec lui je suis allé à une excellente école. J'ai également jalousé, pour sa maîtrise du français, Marcel Proust. Il était juif, tout comme moi, et j'ai beaucoup appris de sa façon très particulière d'observer et de décrire les juifs. Plus tard j'ai découvert Alain Robbe-Grillet et ses tentatives pour faire sortir la centralité humaine du roman, pour déplacer l'objectivité. Cela m'a beaucoup intéressé, même si je ne l'ai pas suivi sur cette voie. Enfin, je citerais Nathalie Sarraute, que j'ai personnellement connue. Elle avait un regard extrêmement aigu sur elle-même et sur les autres écrivains. Son livre qui m'a le plus ouvert d'horizons est 'L'Ere du soupçon'. Propos recueillis par Thomas Flamerion et Thomas Yadan pour Evene.fr
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