INTERVIEW D'ALESSANDRO PERISSINOTTO Du réalisme italien
Propos recueillis par Mikaël Demets pour Evene.fr - Mars 2008 - Le 31/03/2008
Troisième ouvrage traduit dans l'Hexagone, 'A mon juge', roman épistolaire qui lie un meurtrier à la juge en charge de son dossier, confirme l'importance d'Alessandro Perissinotto sur la décidément très riche scène littéraire noire italienne. Mais attention, chez lui, le polar, c'est avant tout le moyen d'expression d'une résistance.
De passage au festival Quais du polar, l'Italien Alessandro Perissinotto nous accorde quelques instants pour nous expliquer, entre deux séances de dédicaces, sa vision du polar. Dans un français soigné, l'auteur, grand connaisseur de la culture française, nous expose ses inquiétudes à propos d'une société où la justice, la presse et la démocratie ont courbé l'échine face à l'affairisme et l'individualisme. Des thèmes qui, derrière les meurtres et les enquêtes, mènent la plume de l'auteur de 'Train 8017'.
'A mon juge' se démarque déjà par sa forme originale, puisqu'il s'agit d'un roman épistolaire. Vous aviez envie de changer ?
C'était un petit défi. Il y a bien sûr une tradition de romans épistolaires, et je me suis posé la question de savoir où en était ce genre aujourd'hui où l'on n'écrit presque plus de lettres. J'ai essayé de l'adapter en la transposant aux mails, même si évidemment le style que j'utilise n'est pas celui que l'on utilise dans le courrier électronique. C'aurait été illisible, surtout en français, puisqu'en italien, vu que la langue s'écrit comme elle se prononce, les gens n'ont pas développé une écriture particulière.
Le choix de cette forme a-t-il rendu l'écriture plus difficile ?
Non, parce que j'avais conçu le roman en pensant à cette construction : j'avais dès l'origine imaginé deux monologues qui se croisaient. Par contre oui, il y avait une difficulté dans la structuration de l'histoire : il fallait raconter les choses petit à petit, garder une tension pour le lecteur. Mais cela n'a pas été trop ardu.
En France, avant 'A mon juge' étaient paru 'La Chanson de Colombano' et 'Train 8017', deux romans se situant dans le passé - respectivement au XVIe siècle et dans l'immédiat après-guerre. Vous aimez écrire sur différentes époques ?
Je pars toujours d'un fait divers, qu'il provienne de l'histoire ou de l'actualité. J'utilise l'histoire comme un miroir pour regarder le présent sans être obligé de raconter la réalité des choses. Par contre 'A mon juge', c'est une histoire complètement actuelle, puisqu'elle se déroule à travers Internet. J'ai écrit trois autres romans au présent, qui ne sont pas encore parus en France, et j'ai envie de revenir au passé. Mais que mes romans se déroulent dans le passé ou dans le présent, ils parlent toujours du présent.
Donc cette Italie morcelée, blessée, schizophrène de 1946 que vous décrivez dans 'Train 8017' est le reflet de l'Italie actuelle ?
Tout à fait : certaines choses ne se sont pas encore éteintes, certaines tensions sont toujours présentes aujourd'hui. Même si les choses ont changé, se pencher sur le passé permet de se rendre compte du pourquoi de la réalité italienne contemporaine. Pour comprendre l'Italie actuelle, il est primordial de se replonger dans ces événements de la guerre : c'est en 1946 qu'on trouve les explications à notre société.
Au contraire 'A mon juge' s'inscrit dans une actualité brûlante, surtout après l'affaire de la Société générale. Ces scandales de malversations et de détournements de fonds vous touchent ?
J'espérais qu'avec l'affaire de la Société générale, mon livre se vende à des millions d'exemplaires, j'aurais dû mettre un bandeau "Recommandé par la Société générale" ! (rires) A vrai dire, il y a deux niveaux de crimes financiers. Le niveau le plus haut, représenté par ces détournements de centaines de millions d'euros, mais il y a aussi, au niveau inférieur, des gens qui vont blanchir leur argent à l'étranger, qui mettent en place des fraudes fiscales. C'est ça qui m'inquiète le plus : cette petite bourgeoisie qui croit pouvoir s'enrichir en oubliant le contrat et les obligations morales d'un citoyen. Je viens quand même d'un pays où l'ancien chef du gouvernement - qui devrait malheureusement être le futur chef du gouvernement (Silvio Berlusconi, ndlr) - a déclaré que si quelqu'un pense que les impôts sont trop élevés, il a le droit moral de ne pas les payer. Donc on a le droit moral de ne pas participer à la société, de ne pas respecter la loi… Après de telles déclarations, les gens pensent qu'ils ont droit de ne penser qu'à eux. Ils ne se rendent pas compte que cette dérive est dangereuse, car non seulement, en envoyant leur argent dans des paradis fiscaux, ils privent la communauté de ses ressources, mais en plus, leur argent alimente le trafic de drogue, le trafic d'armes ou le terrorisme. Cet individualisme est doublement immoral.
vos commentaires
Pour aller plus loin
Articles & dossiers associés
-
INTERVIEW DE GIANCARLO DE CATALDO
VisionnaireAprès l'inoubliable 'Romanzo criminale', symbole d'un polar italien réaliste, politique et impliqué, Giancarlo de Cataldo publie 'La Saison des massacres', et revient sur les tragiques...
Plus sur INTERVIEW DE GIANCARLO DE CATALDO
-
INTERVIEW DE MARCELLO FOIS
Mémoire oraleAu coeur d'une rentrée décidément très italienne, marquée par les excellents romans de Giancarlo De Cataldo, Massimo Carlotto ou Niccolo Ammaniti, Marcello Fois propose un 'Mémoire du vide...
Plus sur INTERVIEW DE MARCELLO FOIS
-
RENCONTRE AVEC NANNI MORETTI
Le CommandeurIcône du cinéma d'auteur européen, Nanni Moretti est à l'affiche de 'Caos calmo', une réflexion autour du deuil signée Antonello Grimaldi inspirée du roman éponyme de Sandro Veronesi....
Plus sur RENCONTRE AVEC NANNI MORETTI
-
INTERVIEW DE MASSIMO CARLOTTO
L'immense obscurité de la vieSon roman 'Arrivederci amore', paru en France en 2003, vient d'être brillament adapté au cinéma par le réalisateur italien Michele Saovi. 'Arrivederci amore, ciao' sort ces jours-ci dans...
Plus sur INTERVIEW DE MASSIMO CARLOTTO
-
PORTRAIT D'ANDREA CAMILLERI
Rentrée sicilienneAndrea Camilleri est à l'honneur en cette rentrée littéraire 2007. A la réédition de 'L'Opéra de Vigàta', considéré comme son chef-d'oeuvre, s'ajoute la parution chez Métailié de 'La...
Plus sur PORTRAIT D'ANDREA CAMILLERI
-
FESTIVAL QUAIS DU POLAR
L'internationale policièreDu 28 au 30 mars, la capitale des Gaules devient la capitale de l'enquête et du crime mystérieux : pour sa quatrième édition, le festival Quais du polar joue à la fois sur une distribution...
Plus sur FESTIVAL QUAIS DU POLAR
Les livres associés
Polars
Une petite histoire sordide
de Alessandro Perissinotto
Au coeur de la nuit, dans les environs de Milan, deux mains remuent fébrilement la terre durcie...
Plus sur Une petite histoire sordide Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite
Polars
Train 8017
de Alessandro Perissinotto
Turin 1946. Un bouquet de fleurs et une étrange inscription, 'Italia 1944 ma vengeance pour toi',...
Plus sur Train 8017 Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite
Polars
A mon juge
de Alessandro Perissinotto
Un meurtrier en cavale envoie des messages électroniques à la juge d'instruction en charge de son...
Plus sur A mon juge Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuite
Polars
La Chanson de Colombano
de Alessandro Perissinotto
Ippolito Berthe est un jeune juge arrivé dans le village de Chiomonte, dans une haute vallée des...
Plus sur La Chanson de Colombano Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuiteLes stars & célébrités associées
-
Alessandro Perissinotto
Ecrivain et sémiologue italienNé le 1964Né de parents ouvriers chez Fiat, Alessandro Perissinotto devait suivre le même chemin. Alors qu’il a 20 ans, il apprend le français pour devenir universitaire. Il est aujourd’hui...
- Plus sur Alessandro Perissinotto
-
Giovanni Falcone
Juge d'instruction italienNé à Palerme Né le 20 Mai 1929En 1964, Giovanni Falcone devient magistrat. Réputé pour être un juge anti-mafia, il est l’instigateur, avec son ami Paolo Borselino, du bruyant procès dit de Palerme de 1987. 475 accusés,...
- Plus sur Giovanni Falcone
-
Silvio Berlusconi
Chef d'entreprise et homme politique italienNé à Milan Né le 29 Septembre 1936Ambitieux, Silvio Berlusconi s'impose rapidement comme l'homme le plus puissant de l'Italie. Promoteur dès les années 1960, ses affaires deviennent très vite fructueuses grâce à ses...
- Plus sur Silvio Berlusconi
« Silvio Berlusconi »
3 personnes ont déjà commenté cet article
Voir les commentairesVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez3
fil culture
-
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez01/06 Michael Mann à la Mostra -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez01/06 Le Louvre sauve deux trésors de l'... -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez01/06 Rencontres à la Maison des... -
Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez01/06 Aurélie Filippetti recrute Kim...
nouveautés
club arts
les Avis des membres
-
30/05/2012 06h14 Moi qui n'aime pas lire , j'ai du lire ce livre dans le cadre du cours de français en 4e année secondaire . J'avais le choix...
Voir tous les avis
VOUS AIMEZ
citation du jour
« Les mamans, ça pardonne toujours ; c’est venu au monde pour ça. »
de Alexandre Dumas
En savoir plus sur cette citationVous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique
Réagissez-
Membres (7)
privilèges
autres livres
agenda
PROCHAINEMENT




















01.Tout le monde n'a pas le destin de Kate...
de Fred Ballard02.L'affinité des traces
de Gérald Tenenbaum03.Serenitas
de Philippe Nicholson04.Le bonheur selon Bouddha
de Davina Delor05.Le vieux qui lisait des romans d'amour
de Luis Sepulveda