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Le Messie du peuple chauve
de Augustin Guilbert-Billetdoux
INTERVIEW DE ALMA BRAMI Deuil de l'enfance
Propos recueillis par Nadia Ali-Khodja pour Evene.frPhotos (c) Jennifer de Tinguy - Septembre 2008 - Le 09/09/2008
Publié au Mercure de France, 'Sans elle' est le premier roman d'Alma Brami. Il raconte le difficile travail de deuil d'une fillette de 10 ans suite à la mort accidentelle de sa soeur. Une magnifique réflexion sur la perte et l'importance des liens filiaux.
La surprise fut immédiate. Comment la demoiselle facétieuse que nous avions en face de nous pouvait-elle être à la hauteur de ce livre au sujet grave et à la prose maîtrisée ? Un beau salon aux murs recouverts de livres sert de décor à cet entretien avec Alma Brami, comédienne en herbe, qui livre sans retenue ses premières impressions d'écrivain. Découverte d'une jeune femme pétillante et spontanée, d'une maturité surprenante.
'Sans elle' est votre premier roman. Comment êtes-vous venue à l'écriture ?
J'écris depuis que je sais écrire. J'avais auparavant adopté le style de la nouvelle, car j'ai tendance à me lasser très vite des personnages que j'invente. Au tout début de la rédaction de 'Sans elle', la forme que le texte allait prendre m'était inconnue. En écrivant sans cesse, mon personnage et moi nous sommes mutuellement guidées et aimées.
Vous avez réalisé un tour de force en vous mettant dans la peau d'une fillette de 10 ans, sans que jamais le ton ne dérape. Cet exercice a-t-il été difficile pour vous ?
Ma plus grande peur, celle qui m'a obsédée tout au long de l'écriture, était plutôt de tomber dans le pathos. C'est trop facile de faire pleurer avec la mort. N'importe quel être humain peut en parler. Je me suis mise dans la peau d'une gamine tout comme j'aurais pu me mettre dans celle d'un homme de plus de 40 ans. Léa m'a parlé, peut-être demain ferai-je parler une grand-mère qui n'a plus de dents. Cela ne m'a pas semblé difficile car la chose s'est imposée à moi.
Le dénouement de votre roman confine plus à la poésie. Pourquoi ?
J'ai réfléchi durant un an à mon personnage. J'ai ensuite travaillé sans cesse pendant deux mois. J'écris normalement de façon décousue, entre deux stations de métro, entre deux cours voire sur un bout de nappe. Cette fois non, j'avais quotidiennement rendez-vous avec Léa. C'était très important pour moi d'avoir ces moments. Mais, tout d'un coup, je n'ai plus été capable d'écrire. Ce blocage a pris pour moi des proportions énormes, même si en réalité il n'a duré que quatre jours ! Lorsque je me suis ensuite remise à écrire, ce fut pour mettre sur papier la dernière séquence, ce qui peut expliquer le changement de forme des dernières pages.
La narratrice a perdu sa soeur mais aussi son père. Le travail de deuil ne concerne cependant que la perte de la petite soeur. Comment l'expliquez-vous ?
Le père disparaît, certes. Mais Léa et sa soeur ont encore leur mère qui fait des efforts inouïs pour garder intacte la gaieté qui régnait auparavant à l'intérieur du foyer. La vie est présente dans leur appartement, tout comme les souvenirs qu'elles partagent. Lorsque Solène disparaît, Léa porte sur ses épaules la culpabilité d'être encore vivante, d'autant plus qu'elle voit sa mère sombrer dans une déprime de plus en plus atroce.

On dit de vous que vous êtes "soit une adulte qui sait emprunter les pas d'une enfant, soit une enfant qui possède la lucidité d'une adulte". Que répondez-vous ?
Je pense que je suis à la fois une adulte et une enfant. Je suis depuis toujours très attachée aux enfants, je les garde, je m'entends bien avec eux car je me sens comme leur égale. Je crois les comprendre, ce qui explique pourquoi je n'ai pas travaillé sur mon écriture. La voix d'une enfant fut pour moi très facile à adopter.
Vous avez fait des études de théâtre. En quoi cette expérience vous a-t-elle aidée dans l'écriture ?
Lorsque j'ai commencé à écrire, j'ai eu un doute, celui d'être la seule à entendre la voix de Léa. Un jour, durant un cours, j'ai demandé à mon professeur si je pouvais monter sur scène. Après avoir joué Léa pendant une vingtaine de minutes, il y eut dans la salle un long moment de silence, durant lequel j'ai compris que je pouvais dorénavant aller jusqu'au bout de mon projet.
Vous pouvez nous parler de cette découverte qui est celle du milieu littéraire ?
J'ai été invitée au Figaro pour une séance photo (1) et j'ai trouvé l'expérience des plus amusantes ! Me retrouver là fut pour moi un moment surréaliste. Je découvre le milieu littéraire petit à petit. Je connais maintenant les gens du Mercure de France et je ne m'attendais pas du tout à ce qu'ils soient aussi gentils. Je pensais que ce milieu allait être très froid. J'ai vraiment l'impression qu'ils ont aimé ce que j'ai écrit…
Comment envisagez-vous l'avenir ?
Pour l'instant j'écris mon second roman. Mais sans réfléchir, je peux vous dire que dans une quinzaine d'années je souhaite devenir une maman superbe, une maman joviale qui donne de l'énergie à ses enfants, qui les aime et qui le leur montre. Et si je vois la vie en rose, j'aurai écrit des livres, réalisé des projets à la hauteur de ce que j'ai envie de faire. Je serai nourrie de l'intérieur, j'aurai de beaux rôles et finalement je serai quelqu'un de bien. Je suis intransigeante et j'ai vraiment des rêves sur l'humanité. J'aimerais devenir quelqu'un qui serve à quelque chose dans ce monde. Ne pas passer sur terre et disparaître, laissant le trou se refermer. Ce n'est pas forcément évident. Il va falloir que je travaille.
(1) Le Figaro, jeudi 4 septembre 2008, No 19.936, Cahier No 4.
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15/02/2012 08h20 J affirme quand tant que lecteur averti il serait impardonnable de passer à côté de ce roman !
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