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La (vraie) vie des autresINTERVIEW D'ANNA FUNDERPropos recueillis par Mikaël Demets pour Evene.fr - Février 2008
D'où vous vient cette attirance pour l'Allemagne, et particulièrement la RDA ? Je ne sais pas vraiment... Dès ma scolarité, j'ai été très attirée par la langue. Etudiante, je suis allée à Berlin, avant la chute du mur donc, et j'ai trouvé que c'était une ville passionnante. J'ai croisé des écrivains et des peintres de RDA qui avaient leur famille ou leur passé de l'autre côté du mur, à moins d'un kilomètre de là, mais tout cela leur était inaccessible, c'était étrange. Quand j'étais à l'école en Australie, on étudiait la littérature de l'Allemagne de l'Ouest et celle de l'Allemagne de l'Est, cette séparation était complètement artificielle. Par exemple, Goethe considéré comme un écrivain de la RDA ! Je suis attirée par les histoires un peu absurdes je pense… Pour enquêter, vous passez une petite annonce pour rencontrer des anciens de la Stasi, en plus de vos rencontres avec leurs victimes. Comment ont-ils vécu vos questions ?
Justement, comment l'Allemagne a-t-elle reçu 'Stasiland' ? L'essai y est paru en 2004, et j'ai fait une petite tournée dans dix villes de l'est et de l'ouest pour le présenter. A l'est, ç'a été très difficile. Je l'ai présenté dans l'ancien QG de la Stasi à Leipzig, là où le livre débute : j'étais contente du symbole fort que cela représentait. Au premier rang, face à moi, il y avait une dizaine d'anciens de la Stasi qui prenaient des notes. Ils sont partis lorsque le débat qui a suivi la présentation du livre a commencé : ils n'étaient pas là pour parler mais juste pour me faire peur. J'ai eu droit plusieurs fois à des réflexions de la part de journalistes déjà en poste sous la RDA, et donc naturellement proches du pouvoir de l'époque, inquiets que le monde entier connaisse leurs secrets : "Qu'est-ce qui vous donne le droit de faire ça ? Occupez-vous plutôt du problème aborigène !" Ils n'ont toujours pas l'habitude que les écrivains aient le droit de dire ce qu'ils veulent. Quand ils partaient, il y avait presque toujours une personne qui se levait, me remerciait de mon travail parce qu'il n'y avait pas de livre comme ça en Allemagne et qu'ironiquement, il avait fallu une Australienne pour que quelqu'un raconte le point de vue des dissidents. En Allemagne, beaucoup d'ouvrages parlent de la Stasi et de l'ex-RDA, mais jamais de ce point de vue. Quelle est la question que les Allemands vous posaient le plus souvent ?
Vous évoquiez un procès avec les anciens de la Stasi, que s'est-il passé ? Dans mon livre, je raconte le comportement de ces hommes après la chute du mur : ils ont continué de harceler les dissidents pendant les années 1990, allant jusqu'à saboter les freins de leurs voitures, ou leur livrant du porno à domicile pour les décrédibiliser. C'est sur ce passage qu'ils ont attaqué, et gagné : ces informations ont été retirées de la version allemande. J'en suis furieuse, parce que tout ce que je dis est évidemment vrai. Seulement, ces gens ont l'habitude du pouvoir, et ont très vite assimilé les méthodes démocratiques. Ils défendent ainsi une réputation à laquelle ils n'ont pas le droit, et c'est la loi allemande sur la vie privée qui leur permet ça, alors que c'est exactement la vie dont ils ont privé les citoyens ! L'ironie est cruelle. Lire la suite de La (vraie) vie des autres » Page 1/2
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