INTERVIEW DE CERIDWEN DOVEY Coup d'éclat
Propos recueillis par Maud Denarié pour Evene.frPhotos (c) Thomas Flamerion - Septembre 2008 - Le 30/09/2008
Publié aux éditions Héloïse d'Ormesson, 'Les Liens du sang', premier roman de la Sud-Africaine Ceridwen Dovey, dévoile l'antre d'un président déchu et de son entourage servile, avide de caresser au plus près la grandeur de la toute-puissance. Une immersion totale au sommet du pouvoir.
Elle voulait réaliser un film, elle a écrit un roman. A 28 ans, Ceridwen Dovey a plus d'une corde à son arc. Littérature, cinéma documentaire, anthropologie, la jeune écrivain aime observer, analyser le genre humain, surtout lorsqu'il est aveuglé par les feux du pouvoir. Mais loin de se corrompre dans cette machine infernale, Ceridwen Dovey n'est pas dupe : "Je suis coupable parce que j'ai profité du système", avoue-t-elle. Coupable, mais pas responsable. Etre blanche en Afrique du Sud, c'est aussi participer à une certaine complicité. Malgré soi.
'Les Liens du sang' est votre premier roman. Qu'est-ce qui vous a amenée à l'écriture ?
J'ai d'abord étudié l'anthropologie en Australie puis aux Etats-Unis, et je suis rentrée en Afrique du Sud avec l'idée de réaliser des films ethnographiques. Mais je me suis très vite rendu compte que je manquais de ressources financières pour concrétiser ce projet. Par ailleurs, j'ai eu très peur de me rendre dans les townships (1) car les taux de criminalité sont très élevés. De cette déception est née une grande frustration que j'ai voulu combler en cherchant une autre voie créative. Je me suis inscrite dans un cours d'écriture à l'université et c'est là, un peu par hasard, que j'ai commencé à écrire. J'ai eu aussi la chance de grandir dans une famille qui s'intéressait à la littérature. Ma mère était critique littéraire. Elle a publié le premier livre de critiques sur les romans de J.M. Coetzee, l'écrivain sud-africain.
Vous souhaitiez réaliser un film sur un ancien dictateur. En ce qui concerne votre roman, vous êtes-vous inspirée de faits réels avant de brosser le portrait de vos personnages ?
Je voulais effectivement filmer un portrait du président Thabo Mbeki. Ce projet a refait surface lorsque j'ai commencé à écrire. Mais, même si le système politique sud-africain ou l'apartheid m'ont inspirée, je n'ai pas choisi de construire mon roman à partir de faits réels. C'est avant tout une fable.
S'agit-il d'une fable à vocation politique ? Y a-t-il en effet un engagement volontaire de votre part ?
Contrairement aux romans de J.M. Coetzee, comme 'En attendant les barbares', qui sont fondamentalement des critiques de l'apartheid, 'Les Liens du sang' n'est pas une allégorie politique. Chez J.M. Coetzee, même si l'Afrique du Sud n'est pas nommée, la référence est transparente. Or, ce n'est pas le cas dans mon roman. Il paraît évident que le fait d'avoir grandi dans un contexte particulier, ici, en Afrique du Sud, dans les années 1980, à une période très compliquée, a dû inconsciemment influencé mon écriture. Mais on ne connaît pas toujours les raisons de nos actes. En général, le sens vient après.
Il y a une structure symétrique dans l'alternance des récits, comme dans certains romans d'André Brink. A-t-il été une source d'inspiration ? Par extension, avez-vous été influencée par des auteurs en particulier ?
Je me suis surtout intéressée aux premiers romans de Brink, ceux qui se déroulent pendant l'apartheid. Mais, en ce qui concerne le sujet du président déchu, mes influences se sont tournées vers d'autres auteurs : Gabriel Garcia Marquez avec 'L'Automne du patriarche', Ngugi wa Thiong'o, écrivain du Kenya et auteur de 'Wizard of the Crow'. La démarche de Ryszard Kapuscinski m'a aussi beaucoup inspirée. Parti en Ethiopie dans les années 1970 pour interviewer l'entourage du dictateur Haïlé Sélassié, il a trouvé intéressant de donner la parole aux serviteurs d'un dictateur, plus qu'au dictateur lui-même. Comme lui, j'ai voulu raconter l'histoire d'hommes et de femmes de l'ombre qui ont travaillé au service d'un dictateur, sans pour autant être engagés politiquement.
Occupant une place privilégiée au plus près du pouvoir, le personnel du dictateur n'est-il pas complice du système ?
Soljenitsyne dit que la frontière entre le bien et le mal traverse le coeur de chaque homme. De même, Susan Nyman, écrivain américaine, parle beaucoup du pouvoir gris, ni noir, ni blanc, mais au milieu. La distribution des rôles au sein d'une société n'est pas aussi manichéenne qu'on le croit. Dans un système politique comme l'apartheid, la question ambiguë de la complicité reste omniprésente et les penseurs qui travaillent sur cette problématique savent qu'il y a une différence entre les responsables et les bénéficiaires. Même si mes parents ont lutté contre l'apartheid dans les années 1980 et que j'étais trop jeune pour prendre conscience de ce qui était en jeu, je me sens coupable d'avoir profité du système, cette sorte de socialisme pour les Blancs. Sans être responsables, ni victimes non plus, nous avons tous été complices du système.
'Les Liens du sang' a été traduit en plusieurs langues. Vous qui êtes francophone, avez-vous participé à la traduction de votre livre ?
Malheureusement je ne parle pas suffisamment français mais je suis très contente du résultat. Jean Guiloineau, le traducteur, a travaillé avec plusieurs écrivains sud-africains, notamment Brink, Gordimer, et plus récemment le biographe de Nelson Mandela. Ayant passé du temps en Afrique du Sud, il connaît parfaitement le style de l'écriture de ce pays. En ce qui concerne les lecteurs français, j'ai été frappée de constater qu'ils avaient trouvé certains passages du livre drôles. Les anglophones ne partagent pas du tout cet avis. Cela doit être lié à la culture française, à l'humour français...
(1) Quartiers pauvres des grandes villes d'Afrique du Sud.
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30/05/2012 06h14 Moi qui n'aime pas lire , j'ai du lire ce livre dans le cadre du cours de français en 4e année secondaire . J'avais le choix...
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