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Plus fort que la mortINTERVIEW DE CYRIL PEDROSA
A l'origine de 'Trois ombres', il y avait… Moi, évidemment ! (rires) Je suis un jeune auteur, j'ai encore besoin d'une inspiration proche de ce que je vis ! Ce "voyage" - physique, bien sûr, mais surtout à travers les mondes de l'esprit - décrit dans ‘Trois ombres’, c'est l'histoire du côté migrant de ma famille. Quoi de plus symbolique qu'un voyage en bateau ? Pour échapper aux ombres qui rôdent, le père et le fils reviennent là où ils sont nés, dans le pays d'où vient le père du père. Ce retour à leur source est un retour à mes sources : les petits vieux qu'ils rencontrent sur le bateau, qui parlent une sorte de portugais qui n'en est pas vraiment... sont clairement en rapport avec mon histoire familiale, puisque je suis d'origine portugaise. Votre récit fait se confronter des thèmes a priori opposés comme l’enfance et la mort.
L’enfance, un traumatisme ? C'est un sujet qui me tient à coeur. Sur un site (1) monté avec deux amis, Horatio Cassinelli et Fabrice Holbé, j'ai griffonné une toute petite histoire dans laquelle je mettais en scène mon propre fils : il partait en vacances loin de nous, et il m'avait réveillé en pleine nuit parce qu'il avait peur que je disparaisse. Quatre ans seulement ! Ton gamin est confiant, rien ne l'inquiète, puis il commence à réaliser que toi, son père, tu risques de mourir - lui croit que tu risques, mais toi tu sais que c'est sûr - et ce n'est pas rassurant ! En tant que père, il faut savoir se confronter à ce genre de situation. Finalement, je parle d'enfant, mais ce sont bien mes angoisses qui surgissent ! (rires) A la différence des contes, souvent manichéens, les personnages de 'Trois ombres' possèdent des parts… d'ombre.
Dans cette scène où l'esclave et le père sont seuls dans la cabine du bateau qui les éloigne de chez eux, l'attente et la tension sont palpables, sans qu'un seul mot ne soit échangé...
D'une page à l'autre, le style graphique change radicalement. On passe de la ligne claire joyeuse aux à-plats sombres et menaçants... Tout a été réalisé au pinceau sec et au stylo à bille. Certaines séquences d'apparence simple m'ont pris plus de temps que des scènes plus chargées. Je retire, j'épure. Il faut réussir à raconter l'émotion et la tension sans pudeur mais sans tomber non plus dans un réalisme formel qui serait insupportable. Je voulais que ce soit froid, mais sans affect : quand l'enfant est avec les trois ombres, il rentre dans un univers où il n'a plus peur. Je voulais que ce soit très analytique, tout en retenue, en légèreté, et surtout pas vibrant de partout. Pas de plis, pas d'ombre, justement. Et les ombres ? Elles se révèlent gaffeuses, humaines finalement.
Alors que vous n'aimez pas Tintin...
L'un de vos personnages dit : "J'ai 6 ans, ma vie est un soleil, pour toujours." Quel était ce moment d'absolu ? Absolu et très banal ! J'ai le souvenir très précis de ce moment où j'avais un appétit de vivre, une détermination, un courage sans limite. Cette rage d'entreprendre, c'est beau ! Quand mes enfants sont passés par ce stade, j'ai trouvé ça très touchant. D'ailleurs, le fait de dépasser le cadre des 48 pages dans 'Trois ombres', c'est ça ! Changer de format, ce n'est pas juste pour le plaisir de faire un gros livre, c'est parce que tu as besoin de cet espace pour raconter ton récit à toi, celui qui correspond à l'homme que tu es et à la vie qui est la tienne, sans carcan, sans limite. (1) http://www.cadavex.free.fr Propos recueillis par Mathieu Laviolette-Slanka pour Evene.fr - Décembre 2007
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Voir le dossier spécial "Angoulême 2008"
Après des études de dessin à l'école des Gobelins, Cyril Pedrosa débute sa carrière comme intervalliste puis comme assistant animateur aux studios d'animation français de Disney. Il se lance dans la bande dessinée avec la collaboration du scénariste David Chauvel en illustrant la série 'Ring Circus' puis 'Les Aventures spatiotemporelles de Shaolin Moussaka' et 'Brigade fantôme'. Il scénarise [...]
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