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Cruauté douce-amer au fil des pagesINTERVIEW D'AKLI TADJER
Je n'ai pas changé d'habitude. Des bouffées d'enfance qui me sont remontées à l'improviste... Un séjour dans une branche de la famille que je ne connaissais pas. Le contexte familial et géographique est réel. Le reste est littérature, bien qu' Alphonse, le narrateur fut souvent mon double, mon frère, mon ombre. On sent une très grande tendresse vis-à-vis de Théo, visible chez l'auteur comme chez Alphonse qui deviendra son meilleur ami. D'où vient la tendresse pour ses personnages ? Ce sont mes personnages qui portent l'histoire. Grâce à eux le roman s'écrit pas à pas. Alors une complicité, une tendresse s'installe au fil de l'écriture. Elle est réelle, même pour les personnages les moins sympathiques. Chacun d'entre eux joue un rôle. Ils accompagnent autant l'auteur que le récit. Quant au personnage de Théo, le petit juif amoureux éconduit, je me dis que j'aurais pu avoir le même destin. Car moi aussi, je suis fragile des émotions et des sentiments. Mon côté oriental sûrement.
Les trois, mon Général… Parce que les trois sont nécessaires et interdépendants. La tendresse est d'autant plus perceptible qu'elle répond à la cruauté… L'humour permet de rendre plus cruelle ou au contraire plus tendre… la cruauté. Et ainsi de suite.
Vous avez un grand sens de la citation, de la phrase qui fait mouche. Est-ce une arme pour lutter contre le racisme, pour mieux faire passer un message ? Le racisme est présent partout. Ordinaire au café du coin. Sophistiqué dans les salons parisiens. Tous les moyens sont bons pour faire passer " le message ". Entre nous soit dit, il semble qu'aucune arme ne soit réellement efficace. Chacun fait donc avec ce qu'il est. J'utilise mon sens de la formule. Mais pour ce qui est de lutter contre le racisme, Zidane fait mieux avec un ballon. Le racisme est d'ailleurs un thème récurrent. Pourtant vous dites ne jamais voir été confronté au racisme. Singulier pour un gamin né en pleine guerre d'Algérie ? Je ne dis pas cela. Je dis que très vite j'ai compris que je devais vivre avec ça, que je ne pourrais pas changer les mentalités d'un coup de baguette magique... Alors, je me suis habitué à mon destin de ch'tio arabe... Il y en a qui naissent avec un pied bot, d'autres avec deux mains gauches, d'autres beaux et cons à la fois… Moi, je suis né de parents algériens. Je fais ma route avec ça… Avouez que j'ai échappé au pire.
Je crois. Je crois surtout que les enfants peuvent dire plus. Parce qu'ils sont simples, naturels, spontanés dans leurs questions, leurs réponses, leurs attitudes, leur vision du monde... Les mots résonnent de façon différente dans la bouche d'un enfant. Ils nous interpellent, interloquent, nous forcent à remettre en question pour peu qu'on ait autre chose qu'un pois chiche à la place du cerveau. Ce livre pourrait-il être lu pour un lecteur adolescent ? Quel en est selon vous le lecteur idéal ? Pour moi le lecteur idéal n'a pas d'âge. J'aime qu'un adolescent partage les mêmes émotions que ses grands-parents. Mais c'est vrai que pour 'Alphonse', ce serait bien, que comme pour 'Le Porteur de Cartable', il fasse son entrée dans les établissements scolaires. C'est toujours
Si vous obteniez le Goncourt, quelle serait la première chose que vous feriez ? Tournée générale pour toute l'équipe d'Evene ! Propos recueillis par Mélanie Carpentier et François Ménard pour Evene.fr - Septembre 2005
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