INTERVIEW DE BERNARDO CARVALHO Sombre héraut de la Mère
Propos recueillis par François Perrin - Le 09/09/2010
A 50 ans, Bernardo Carvalho, écrivain et journaliste brésilien, magistralement francophone, a travaillé, pour son neuvième roman, 'Ta mère', sur la thématique des femmes dans la guerre. Prenant appui sur l'effervescence du Caucase du Nord, il croise les destins de trois fils bringuebalés au fil des séismes militaires.
Pourquoi avoir choisi de vous intéresser de si près au thème des mères ?
Ce livre fait partie d'un projet conçu par un jeune producteur de cinéma brésilien : envoyer une dizaine d'écrivains écrire une histoire d'amour, chacun dans une ville du monde, pour un séjour d'un mois. Il m'a proposé Saint-Pétersbourg. Je n'ai rien choisi. J'ai commencé à lire beaucoup sur la Russie d'aujourd'hui. Et je suis tombé, en lisant les livres d'Anna Politkovskaïa, sur le Comité des Mères des Soldats. Je n'en avais jamais entendu parler. J'étais fasciné par l'idée de ce comité, créé pour sauver les fils des atrocités de l'armée russe et de la guerre. Je me suis rendu à Moscou pour interviewer la présidente du comité. Le thème des mères vient de là.
Parmi les thèmes principaux de votre roman, celui du secret est permanent. Considérez-vous le secret comme le moteur principal de la fiction ?
Mises à part quelques nouvelles, avant ce roman, je ne me souviens pas avoir écrit d'œuvre de fiction à la troisième personne. Le narrateur omniscient m'a toujours gêné, comme étant une convention trop artificielle. Ici, pour la première fois, je me suis laissé aller vers un narrateur indéfini à la troisième personne. Cela m'a offert une énorme liberté. Avant, dans tous mes romans, les narrateurs étaient impliqués dans la folie de l'histoire : eux, comme les lecteurs, ignoraient certaines choses. Le secret est une partie fondamentale du romanesque. Si tout le monde avait toujours tout su, il n'y aurait aucune raison d'écrire des livres
Dans la société que vous dépeignez, les dérives du communisme sont toujours très présentes. Considérez-vous qu'on ne peut pas, aujourd'hui, envisager de comprendre la Russie, la guerre en Tchétchénie, sans s'intéresser aux comportements nés sous la période soviétique ?
Le communisme a évidemment laissé des traces, et pas seulement en Russie. Je ne suis resté qu'un seul mois à Saint-Pétersbourg. Mais l'impression que j'ai eu, lors de mon séjour (sans parler un traître mot de russe), est que les gens se sont tellement habitués à la souffrance, d'une façon si violente et si insistante, et pas seulement sous le communisme, qu'ils ont fini par développer un pragmatisme et un individualisme de survie.
On vit là-bas comme si demain on pouvait mourir, depuis les oligarques jusqu'au petit criminel ou au citoyen ordinaire. Les perspectives sont très immédiates, très rétrécies. On ne peut compter sur rien. C'est un monde désenchanté. Le communisme a montré aux gens de quoi l'Homme est capable. Et il semble qu'on a bien compris la leçon. Ce n'est pas moins dur pour les gens pauvres au Brésil. Mais j'ai l'impression qu'on a gardé une certaine innocence malgré tout, comme si on n'avait pas encore compris pour de vrai. En Russie, non. On a tout compris. Et il n'y a plus d'innocence possible, dans tous les sens du mot. J'ai eu l'impression que c'était une société devenue extrêmement dure, pragmatique et individualiste à force de désespoir. Evidemment, ça ne peut que rendre la vie encore plus difficile et pénible.
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30/05/2012 06h14 Moi qui n'aime pas lire , j'ai du lire ce livre dans le cadre du cours de français en 4e année secondaire . J'avais le choix...
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