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“Dépasser le genre”INTERVIEW DE DOMINIQUE SYLVAIN
Dans 'L'Absence de l'ogre', vous évoquez le cyclone Katrina, était-ce le point de départ du roman ? Non, le cyclone s'est greffé au roman. Je voulais donner un passé à Ingrid, pour la mettre en avant parce que son potentiel n'était pas complètement ouvert. Le meilleur moyen était de revenir sur son adolescence américaine, et j'ai imaginé qu'elle avait passé une partie de son adolescence à la Nouvelle-Orléans. Au départ, j'avais l'intention d'évoquer le monde des jardins à Paris, l'idée m'est venue en observant les jardiniers au printemps, qui est une saison qui me touche particulièrement, c'est une vraie période de renouveau. Et j'ai pensé que la Nouvelle-Orléans serait un lieu assez naturel pour le côté luxuriant de sa végétation. Cela m'a permis de faire un lien entre le thème du désastre et le thème de la verdure.
Dans votre dernier roman vous faites allusion au 'Da Vinci Code', que pensez-vous de ce type de roman policier ? Bon pour la promotion du genre ?
Etes-vous sensible aux critiques ? Evidemment j'écoute les critiques mais je fais les choses comme je le sens. Ce qui m'intéresse, au-delà de l'intrigue, c'est surtout le style, la jubilation de l'écriture. J'écris des polars parce que c'est un style qui me convient bien, mais ce qui me plaît c'est de dépasser le genre. Avec la série Ingrid et Lola; je me suis ouverte à la comédie parce que je trouvais qu’il y avait des domaines à investir. De la même façon, dans 'Baka', j'ai souhaité flirter avec le fantastique. C'est ça qui est intéressant : les romans qui dépassent les genres, comme ceux de Bret Easton Ellis ou de Murakami.
Une autre dame du polar est publiée chez Viviane Hamy : Fred Vargas. Que pensez-vous de son oeuvre ?
C'est peut-être quelque chose de très féminin, justement, le fait d'être entourée plutôt que d'agir dans la solitude... Oui, c'est vrai. L'empathie, la communication, c'est dans nos gênes. Il est possible que le fait qu'on soit toutes les deux des femmes ait quand même une importance. Dans 'La Fille du samouraï' vous critiquez en filigrane le monde de l'image, est-ce simplement un point de départ pour ancrer le roman dans la réalité ou une réelle volonté de dénoncer ?
Vos romans sont foisonnants, mais le lecteur ne se perd pas, comment faites-vous ? Je prépare beaucoup mes histoires avant de me lancer dans l'écriture. J'ai tendance à avoir une imagination débordante et ça me demande un travail colossal pour me concentrer sur l'histoire. J'arrive malgré tout à faire des histoires foisonnantes. Au fond, c'est une question de tempérament. Je me suis aperçue ces derniers temps que j'ai tendance à rendre mes héros plus réalistes. En leur donnant de réelles motivations, leurs réactions sont plus logiques et les choses se mettent en place plus facilement. Après c'est une question de méticulosité. Ceci dit, même si il y a un gros travail de préparation, il y a aussi toutes les surprises qui peuvent intervenir au cours de l'écriture. Comment vous est venue l'idée du duo original Ingrid-Lola ?
Est-ce que Dominique Sylvain se reconnaît un peu dans son double personnage central ? Je pense qu'il y a plus de moi dans ces deux femmes que dans le personnage de Louise Morvan. Comme je me lançais dans la fiction, je pensais qu'il serait plus prudent d'inventer un personnage qui soit quasiment à l'opposé de moi. Je n'avais pas envie de tomber dans le nombrilisme de la première oeuvre, et je ne l'ai pas regretté. Mais au bout d'un moment, j'ai eu le sentiment d'être arrivée au bout de quelque chose. J'ai voulu des personnages plus chauds, plus charnels. Comme je voulais plus d'humanité, je me suis dit que c'était peut-être le moment de me mettre un peu plus en elles. Ca aurait été délicat avec un seul personnage mais avec un duo de personnages si différents, on parvient à se mettre au milieu sans être trop repéré. Car je crois que l'écriture, ce n'est pas la psychanalyse, on est juste des transmetteurs. Ca me permettait de donner un peu plus de moi-même dans un but d'efficacité, tout en gardant une distance. Avez-vous pensé à vous essayer à un genre différent du polar ?
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre prochain roman ? Je n'ai pas encore eu le temps d'y travailler ni d'y penser très sérieusement. Mais quelques images me sont venues. Le fait de retravailler 'Baka' m'a permis de retrouver le personnage de Louise Morvan. Je pense que ça serait intéressant de réécrire un Louise, de manière à laisser reposer Ingrid et Lola, elles ont eu quatre aventures consécutives et je me méfie des mécaniques trop bien huilées. J'ai déjà vu un personnage émerger, un jeune homme dans une DS, il s'appelle Valentin, il ressemble un peu à Romain Duris, ébouriffé, brun, un peu paumé. Je me suis aperçue que cette image, c'était finalement une France contemporaine par rapport aux Trente Glorieuses, quand tout allait bien, qu'il y avait du travail pour tout le monde, que les problèmes d'immigration étaient moins cruciaux... C'est peut-être de ça dont j'ai envie de parler mais c'est un sujet difficile. Propos recueillis par Claire Simon et Thomas Flamerion pour Evene.fr - Mai 2007
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Journaliste puis responsable de la communication interne et du mécénat chez Usinor, Dominique Sylvain vit pendant une douzaine d'années à Paris. Avec sa famille, elle décide de s'envoler pour Tokyo, métropole qui lui inspire son premier roman, 'Baka', publié en 1995. Puis c'est à Singapour qu'elle écrit 'Soeurs de sang' et 'Travestis', en 1997 et 1998. Dominique Sylvain retourne alors [...]
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