INTERVIEW DE JEAN-PIERRE MILOVANOFF La voix des survivants
Mikaël Demets pour Evene.fr - Octobre 2005 - Le 03/10/2005
Sans faire de bruit, Jean-Pierre Milovanoff nous livre l'un des meilleurs romans de cette rentrée littéraire. Un chef-d'oeuvre de poésie et de fantaisie. Rencontre avec cet auteur prolifique.
Pour ceux qui ne vous connaîtraient pas, pouvez-vous rapidement vous présenter ?
J'écris depuis très longtemps. J'ai publié mon premier livre en 1970. Depuis, j'ai écrit une dizaine de romans, un récit biographique à propos de mon père, neuf pièces de théâtre et trois recueils de poésie. J'ai eu un certain nombre de prix, surtout des prix de lecteurs : le prix Goncourt des lycéens, le prix des libraires notamment. Depuis toujours j'ai la volonté de passer d'un genre à l'autre.
Quel est le point de départ du 'Pays des vivants' ?
Un roman ne part jamais d'une idée mais plutôt de quelques phrases. J'avais l'image d'un personnage qui se perdrait dans les grands plateaux déserts du Massif central, de la Lozère plus précisément. Ce serait un détenu qui s'évaderait et qui, au lieu de rentrer à Marseille et de se faire cueillir par la police, irait retrouver un ami qui lui doit la vie. Mais sur le chemin, le voilà pris dans une tempête de neige. Voilà le point de départ. Evidemment rien ne se passe comme prévu, et il débarque dans une petite communauté qui n'a rien à voir avec ce qu'il attendait. Là, le livre bascule dans tout autre chose.
Le monde extérieur ne semble pas avoir d'influence sur ce pays des vivants. Ses habitants semblent ne s'intéresser qu'à l'amour et à la mort. Nous rapprochent-ils d'un essentiel dont nous nous sommes éloignés ?
Je n'ai pas d'interprétation philosophique aussi large. Ce qui compte dans un livre comme celui-là c'est l'amitié, c'est l'amour, la mémoire de celui qui est parti... tout l'éventail des sentiments humains. 'Le Pays des vivants' c'est pas hors du temps, il est juste en dehors de ce que nous racontent les journaux. Il n'est pas dans le temps d'une actualité ou d'une urgence. Je crois qu'il y a beaucoup de personnes qui, du matin au soir, se préoccupent d'abord de la vie elle-même plutôt que de savoir ce qui s'est passé au Palais Bourbon...
Vos personnages sont souvent des perdants, des vaincus. Pourquoi un tel choix ?
Ce sont des survivants surtout. Ces personnages ont traversé quelque chose : Faustine est une chanteuse qui n'a pas réussi et qui a été terriblement exploité, pour Bichon c'est l'échec de ses rêves : il est cantonnier et fossoyeur alors qu'il aurait rêvé d'être le garde du corps d'une star de cinéma. Ce sont des rêves fous, un peu délirants, des rêves plus grands qu'eux. Alors certes ils sont perdants parce qu'ils ne sont pas devenus ce qu'ils voulaient être, pourtant ils ont une autre sorte de grandeur. Les grands héros de l'Histoire ne m'intéressent pas, il y a suffisamment de gens pour en parler. Je suis plus attiré par ceux qui n'ont pas leur place dans les livres d'histoire, dans les archives. La figure du bon à rien, celui qui sait que sa vie ne comptera pas, qui vit simplement et qui ne laissera qu'un trait entre deux dates sur une tombe.
Votre livre reste malgré tout très fantaisiste...
Tout à fait. Ces personnages ont leur grandeur et leur humour, c'est pour moi un livre très cocasse, fantaisiste, extravagant. On ne trouvera pas dans le Massif central d'aujourd'hui de tels personnages, mais ce n'est pas du tout un livre régionaliste, nous ne sommes pas dans une poésie de la ruralité. D'ailleurs, hormis Bichon, tous les personnages arrivent d'autres horizons. Ce n'est pas le livre de l'enracinement.
Pourquoi avoir choisi le Massif central, d'habitude vos histoires se déroulent plutôt en Provence...
D'abord il faut changer les paysages, je ne suis pas abonné aux cigales et à la Méditerranée ! J'ai vécu au Danemark, en Tunisie, je ne me considère pas comme un écrivain régionaliste. Mais je considère que nous avons, en France, un grand espace romanesque qui est le Massif central. On nous parle souvent des écrivains américains qui sont dans le Montana, le Nevada, ou ces grands espaces américains. Le roman a besoin d'espaces, or nous l'avons chez nous : beaucoup de paysages du Massif central n'ont pas été décrits, ils ont un grand avenir.
Quelques mots sur ceux qui vous ont donné envie d'écrire ?
C'était il y a longtemps... J'ai commencé à écrire à 15 ans, à travers la poésie française : Baudelaire, Verlaine, Nerval, tous les grands manieurs de langue. Chateaubriand et Victor Hugo également. Et puis très vite j'ai découvert les romanciers étrangers, par mon père russe les grands romans russes en traduction française, les romans anglais, Faulkner... Il y en a un que j'aime particulièrement, dont on parle trop peu, c'est Sterne. On me ramène toujours à Giono mais Sterne a plus compté : 'Tristam Shandy' ou 'Le Voyage sentimental' sont merveilleux.
Actuellement, quel est votre livre de chevet ?
J'ai plusieurs choses. En ce moment je lis avec grand plaisir le 'Dictionnaire égoïste de la littérature française' de Charles Dantzig. Un livre plein de délicatesse, très fin, avec un amour fou de la littérature. Vraiment une très belle surprise de cette rentrée littéraire.
Vous écrivez depuis un moment, pourtant on vous voit assez peu dans les médias. Est-ce un choix personnel ?
Je suis sans doute en partie responsable... Je ne suis pas quelqu'un qui va livrer des histoires de famille ou des secrets sexuels sur les plateaux de télévision, j'ai mis la littérature et la poésie au-dessus de ça. Les journalistes vont vers les écrivains qui peuvent alimenter des scandales. Et avant même que les livres ne paraissent, les espaces sont déjà retenus dans les grands journaux. Alors si l'on ne me voit pas souvent, c'est un peu à cause d'eux, et un peu à cause de moi...
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30/05/2012 06h14 Moi qui n'aime pas lire , j'ai du lire ce livre dans le cadre du cours de français en 4e année secondaire . J'avais le choix...
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