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INTERVIEW DE JULIEN BLANC-GRAS Roulez jeunesse !

Propos recueillis par Faustine Amoré pour Evene.fr - Septembre 2005 - Le 08/09/2005

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INTERVIEW DE JULIEN BLANC-GRAS

Son livre flirte avec le voyage et l'ironie, sa plume se fait piquante, et sa modestie triomphante. Avec 'Gringoland', Julien Blanc-Gras signe un premier roman acéré. Rencontre avec un jeune auteur aussi baroudeur que prometteur.

Alors, Valentin - le narrateur de Gringoland, ndlr -, est-ce vous ou non ?

En partie. Mais Gringoland est avant tout un roman - et non pas un récit - de voyage. J'ai en effet parcouru les pays décrits dans mon livre, c'est nécessaire pour en parler. Mais on y trouve également pas mal d'éléments romancés, de passages purement fictifs, de personnages inventés. Disons que c'est autobiographique à 62,7%.

Vous apportez un point de vue parfois radical sur le Mexique, Cuba ou encore les Etats-Unis. Cette fois-ci, est-ce le vôtre ?

On peut dire ça. En marge des passages narratifs se trouvent de petites parties de réflexion. C'est le point de vue du narrateur, et comme il est un prolongement de moi-même, quelque part, c'est le mien.

Vous livrez une vive critique du capitalisme matérialiste. Comment cela se manifeste-t-il dans votre vie personnelle ?

Comme Valentin, mon narrateur, je ne suis en aucun cas militant. Il fréquente des personnages aux sympathies altermondialistes. Mais son propos est souvent ironique, toujours en retrait. Il s'agit simplement de constater que l'hypercapitalisme est destructeur, et même auto-destructeur, que certaines entreprises ont trop de pouvoir. Ce n'est pas un scoop. Ce n'est même pas nécessairement un discours de gauche. Il suffit d'être démocrate. Même Chirac reprend à son compte des thèmes altermondialistes, c'est dire...

Vous déclarez dans votre premier roman que "la télé ne rend pas seulement con, elle rend surtout malheureux". Est-ce pour vous symptomatique d'une époque ?

Dans la première partie de 'Gringoland', le narrateur vit reclus devant sa télé. C'est un condensé de notre époque : j'ai voulu faire une parabole de l'aliénation médiatique et de la solitude urbaine. Il se replie sur lui-même, se tourne de moins en moins vers l'extérieur. Le personnage de Valentin à ce moment là est caricatural, mais assez représentatif de notre époque. S'il y a un point de vue dans mon livre, c'est "sortez de chez vous".

Quand on a vu la vie ailleurs, est-il facile de rentrer, de recommencer comme avant ?

On a encore plus envie de repartir. Donc, dans le fond, le message n'est pas si pessimiste. Je ne veux pas être catalogué auteur dépressif. Le narrateur termine son périple sur une note positive, que je laisse le soin au lecteur de découvrir.

La quatrième de couverture de Gringoland nous informe que vous êtes né en 1976 à Gap. Et sinon ?

En 1997, j'ai été enlevé par des extra-terrestres. Et dans une vie antérieure, j'étais un des compagnons de Bouddha, ce qui m'a beaucoup aidé pour écrire ce roman. Sans rire : je suis journaliste indépendant pour la presse magazine, j'ai également travaillé pour la presse quotidienne régionale. J'ai fait mes études à Grenoble, et j'ai fait plein de métiers improbables (horticulteur, poissonnier, archiviste, télé-enquêteur : tout ça, c'est vrai). J'ai vécu en Angleterre et au Mexique.

Mais alors, pourquoi l'écriture ? Du moins, pourquoi le roman ?

J'écris parce que je chante mal. Je voulais être chanteur, mais c'est une catastrophe. Il faut faire ce que l'on sait faire, alors je me suis rabattu sur l'écriture. Plus sérieusement, j'ai toujours aimé la littérature. Pour être honnête, j'ai écrit 'Gringoland' sans croire qu'il serait publié. Je ne connaissais pas vraiment le monde de l'édition. J'ai envoyé mes manuscrits par la poste à sept ou huit maisons d'éditions, dont le Diable Vauvert qui attirait ma sympathie. Je ne pensais pas que cela marcherait.

Comment vivez-vous le succès de 'Gringoland' ?

Je ne m'en rends pas compte. Si vous dites qu'il a du succès, j'en suis très content. Je n'ai pas encore le recul nécessaire.

Votre premier roman publié, comment vous sentez-vous ?

Fier. J'ai réussi à terminer quelque chose, j'ai réussi à le faire publier, sans bénéficier d'aucun piston. En même temps, j'avoue qu'exposer une partie de mon intimité est stressant. Il est difficile de se mettre à nu de la sorte.

"J'ai laissé sa chance à aujourd'hui pour oublier demain". Epicurien, Julien Blanc-Gras ?

C'est marrant que vous aimiez cette phrase, j'ai failli l'enlever au dernier moment parce que je la trouvais un peu ronflante. Oui, c'est l'un des axes du livre. Profiter de la vie, aller voir ailleurs, aller de l'avant, malgré tout.

Quel est votre lecteur idéal ?

Ce doit être vous. Le lecteur idéal est celui qui est perméable, qui se laisse emporter par un livre. Ce qui me ferait le plus plaisir, c'est qu'en refermant mon livre, il achète un billet d'avion et parte loin, lui aussi.

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