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Le Messie du peuple chauve
de Augustin Guilbert-Billetdoux
INTERVIEW DE RELOM Relom en noir
Propos recueillis par Mikaël Demets pour Evene.fr - Octobre 2005 - Le 20/10/2005
Le papa d'Andy et Gina, habitué du magazine 'Fluide glacial', poursuit la série avec un quatrième tome : 'Fratrie Party'. Humour (très) noir et absurdités de tous poils sont encore au rendez-vous dans cette peinture cynique et complètement barrée de notre monde. Entretien avec un dessinateur qui sort du lot.
Pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous rapidement résumer votre parcours ?
Au lycée, en seconde, on a monté un groupe de rock avec des potes. J'ai plaqué le lycée l'année suivante pour devenir rock star, ce qui n'a évidemment pas marché ! Ont suivi quelques années de petits jobs comme animateur radio, télé-enquêteur, boulanger de supermarché, j'en passe et des meilleures... C'est seulement vers l'âge de 24 ans que j'ai décidé de me lancer dans la bande dessinée. Durant deux ans les éditeurs ont refusé les pages que je leur envoyais. Puis, un beau jour, Carali m'a contacté pour publier mon travail dans le magazine 'Psikopat'. Six mois après, 'Fluide glacial' me contactait.
Le quatrième tome, 'Fratrie Party', dénote une certaine évolution. L'accent est moins mis sur les caractères opposés des deux gamins, c'est désormais toute la famille ainsi que les personnages secondaires qui sont mis en avant. Un moyen de se renouveler ?
Tout à fait, mais ça s'est fait très naturellement. Dès le deuxième tome les parents d'Andy et Gina ont pris plus de place, la famille est devenue le personnage principal. Je m'aperçois au cours des séances de dédicaces que les lecteurs sont complètement impliqués quant au devenir de la maman d'Andy. On me demande souvent de dessiner le père ou bien Roudoudou le loup-garou végétarien. Ces personnages nourrissent le récit, et j'ai toujours eu un faible pour les seconds couteaux. Dans beaucoup de films, livres ou bédés, les profils psychologiques des personnages secondaires sont bien plus chiadés que ceux des héros.
La série a toujours été fantastique. Elle s'enfonce de plus en plus dans ce genre, et les histoires sont devenues complètement absurdes. Pourquoi avoir choisi cette direction ? Pour n'avoir aucune contrainte et raconter tout ce qui vous passe par la tête ?
Exactement ! L'univers fantastique offre un grand nombre de possibilités, ce qui a pour avantage de réduire considérablement les risques de panne d'inspiration. J'aime partir d'un point et laisser aller mon imagination sans trop savoir où cela va mener, quitte à croiser en route quelques sorcières déchues, loups-garous végétariens, vampires collectionneurs de disques et autres créatures du même acabit.
Comment écrivez-vous vos histoires ? Avez-vous une ligne directrice pour l'album entier ou prévoyez-vous juste les 4 ou 5 pages de chaque gag ?
Sur les deux derniers tomes il y a eu une ligne directrice - mais vague. Je m'arrange ensuite pour décomposer ça en une petite dizaine d'histoires à chute pouvant se lire indépendamment les unes des autres.
Vos chutes venons-en. Elles sont particulièrement soignées : est-ce que ce sont elles qui guident vos gags ?
Pas trop non, en fait ça dépend. Il paraît qu'on doit toujours connaître la fin de son histoire avant de commencer à la rédiger, malheureusement (ou heureusement) je ne travaille pas comme ça. Je pars souvent en improvisation. Il m'arrive fréquemment de dessiner un passage sans savoir ni ce qui précédera ni ce qui suivra. Je me retrouve donc souvent avec la sensation d'être "coincé", c'est très stimulant si comme moi vous êtes un peu maso ! Je finis toujours par trouver une chute après une bonne grosse gymnastique intellectuelle et quelques "pâtés" de tippex. C'est sûrement cette façon de travailler qui donne son côté un peu branque à la série.
Savez-vous combien de temps vous allez continuer 'Andy et Gina' ? Avez-vous déjà songé à créer une autre série, à mettre celle-ci entre parenthèses ou à carrément l'arrêter ?
Dès la fin du premier tome je me suis dit "C'est bon j'arrête, je passe à autre chose." On en est aujourd'hui au quatrième tome et je me dis encore "C'est bon j'arrête je passe à autre chose !" Cette série me colle aux fesses.
Dans ce dernier tome apparaissent, sous forme d'interludes, des strips, petits gags en trois vignettes : envie de changer de format ?
Il me manquait deux pages pour terminer l'album mais je n'arrivais pas à trouver l'inspiration pour un gag en deux pages même après la gymnastique intellectuelle et les pâtés de tippex de rigueur. Le format "strip" a fini par s'imposer de lui-même.
Quels sont vos modèles ou ceux, que ce soit dans le dessin ou dans l'humour en général, qui vous ont donné envie de faire ce métier ?
Houlala ! Y'en a plein ! Gamin, c'était Franquin, Goscinny, Morris et toute la bande de Belges allumés qui faisaient de l'humour pour enfants tout en faisant rire les adultes... Ensuite, j'ai eu une véritable révélation en tombant sur un bouquin dans la bibliothèque de mon père : la 'Rubrique-à-brac' de Gotlib ! C'était la première fois que des dessins m'arrachaient de véritables éclats de rire, ce qui m'a logiquement amené à découvrir 'Fluide glacial'. Je n'ai pas de modèle mais il y a des dessinateurs d'humour dont je suis fan absolu : Gotlib, Reiser, Goossens, Binet, Larcenet, Mo Cdm, Bouzard, Winshluss en font partie parmi bien d'autres.
La dernière bédé que vous avez achetée (ou volée) ?
Je ne suis pas voleur, la seule fois où j'ai volé c'est quand j'ai piqué sa nana à mon meilleur copain. Je le regrette encore !... N'étant pas un lecteur assidu de bédés je n'en achète que très rarement. La dernière c'était 'The Autobiography of me too' de Bouzard. Un pur chef-d'oeuvre ! Débile. Magnifique.
Avez-vous conscience que vos bandes dessinées choquent certains ? Vous fixez-vous des limites ou couchez-vous sur le papier toutes vos idées sans (auto)censure ?
J'ai conscience qu'elles peuvent choquer certaines personnes mais cela ne me fait ni chaud ni froid : il se passe dans le monde de vraies choses graves et choquantes... Alors que la bédé c'est pour de faux. Que les puritains se le mettent dans le crâne. Je ne me fixe aucune limite, s'il m'arrive de m'autocensurer c'est parce que je considère que je dessers le contenu de l'histoire ou le gag mais pas parce que j'ai peur de froisser les esprits : en voulant appréhender l'avis des lecteurs on s'égare. Jusqu'à présent mon éditeur me suit dans cette voie. Je considère d'ailleurs 'Andy et Gina' comme une "oeuvre" assez sensible malgré ses apparences choquantes.
Depuis le troisième album, 'Andy & Gina' est passé à la couleur. Cela correspond à une envie personnelle ou est-ce parce que le magazine 'Fluide glacial', qui publie chaque mois vos planches, a abandonné le noir et blanc ?
Evidemment, quand 'Fluide glacial' est passé à la couleur je me suis laissé tenter. Mais les couleurs du troisième album ne m'ont pas plu du tout. Cela était dû à un manque de communication entre la coloriste que j'avais à l'époque et moi. J'ai commencé les couleurs du quatrième album seul, en couleurs directes au pinceau et à l'écoline car j'avais une idée précise de ce que je voulais. Manque de bol j'ai manqué de temps pour terminer ce travail. J'ai donc fait appel à une nouvelle coloriste, Ngam Ngo, qui a tout repris depuis le début en s'inspirant des tons que j'avais employés tout en apposant sa patte personnelle. Je suis vraiment content du résultat.
Gina a des couettes, Priscilla a des couettes, la petite fille dans 'Dirty Karl' a des couettes. Un problème avec les couettes ?
Quand j'ai débuté je ne savais pas dessiner les cheveux de femmes, ça me paraissait hyper compliqué. J'ai donc opté pour une coiffure simple, à savoir les couettes, pour tout ce qui était de sexe féminin. Moi-même, il m'arrive d'en porter quand je danse tout nu devant mon miroir en écoutant Nine Inch Nails.
La musique est présente dans absolument tous vos albums. Rien que dans votre dernier tome, on relève une allusion à Pink Floyd, un vinyle d'Alice Cooper, un tee-shirt punk anti-Phil Collins et un médecin fan de Motörhead. En quoi influence-t-elle votre travail ?
J'écoute principalement du rock dans le sens large du terme, et comme j'adore cette musique je me laisse facilement aller à disséminer des allusions et des clins d'oeil dans mes histoires. C'est une façon d'installer une petite connivence avec les fans de rock qui liront mes pages. Mes groupes préférés ? Il y en a à peu près un million parmi lesquels AC/DC, Motörhead, les Stooges, MC5, Bowie, les Stones, Pixies, Jane's Addiction (les premiers albums, pas la merde infâme qu'ils ont sortie l'an dernier), etc, etc. A peu près un million... Le meilleur groupe du monde c'est celui qui te fait vibrer à un moment donné en te rappelant que tu as toujours un coeur de môme.
Y a-t-il une question que vous auriez aimé que je vous pose ?
Oui : "Voyez-vous toujours votre meilleur copain ?"
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09/02/2012 10h18 Un petit bijoux! Amusant, intriguant, éclairé. Quel style! Entièrement sous le charme.
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