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Le Messie du peuple chauve
de Augustin Guilbert-Billetdoux
INTERVIEW DE SOPHIE JABES Les moteurs de Sophie
Propos recueillis par Jonathan Journiac pour Evene.fr - Octobre 2005 - Le 10/10/2005
C'est avec 'Clitomotrice', roman au titre évocateur, que Sophie Jabès participe à cette rentrée littéraire. Pour Evene, elle revient sur les thèmes de ses trois romans et explique sa démarche littéraire. A l'image de son héroïne, c'est sans fausse pudeur et avec honnêteté qu'elle se confie.
Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs d'Evene qui ne vous connaissent pas ?
La quarantaine, rousse ou blonde selon l'humeur et les jours, deux ados, productrice de télé et Internet, avec une envie de tout voir et tout connaître : née en Italie, études en France, vie aux Etats-Unis et à Singapour et maintenant à Paris.
L'écriture, un vrai plaisir. Trois romans publiés, 'Alice la saucisse', (aux éditions Verticales en 2003 et J'ai Lu en 2005) ; 'Caroline assassine', (aux éditions Jean Claude Lattès en 2004) et 'Clitomotrice' (en août 2005). Trois contes romanesques avec des femmes comme héroïnes. Peuvent se lire dans le désordre mais il y a un cheminement logique. Certains ont été amusés, d'autres touchés voire choqués par ces romans... Ils ne laissent pas indifférent.
Le sujet de 'Clitomotrice', l'histoire d'une femme qui a un clitoris de deux mètres de long, et certains passages, tels que ceux décrits entre l'héroïne et son père, ou la "prostitution" à laquelle Clémentine se livre, sont relativement choquants. N'avez-vous pas peur de vous heurter à la morale ? Pourquoi avoir choisi un sujet aussi osé ?
Certains ou certaines ont pu être choqués par la relation père fille. En fait, il n'y a pas vraiment inceste, il y a fantasme, tentation d'inceste. Toute petite fille, tout petit garçon a son oedipe avec son père, sa mère. Je n'invente rien. Je raconte juste ce qui quelques fois nous trotte dans la tête. Ce sont des fantasmes qui n'ont rien à voir avec le passage à l'acte. Au reste, le père de Clémentine refuse le contact trop étroit avec sa fille, il est tenté certes, troublé mais autorise sa fille à vivre sa vie de femme en lui conseillant de profiter pleinement de son histoire d'amour. Il joue, en lui conseillant de s'éloigner de la mère, pleinement le rôle de père. Clémentine voudrait le faire payer. Il refuse. D'autres paieront...
En fait, ce que recherche désespérément Clémentine c'est le regard de son père et beaucoup d'amour. Le refus de son père de pousser trop loin l'intimité physique, voire de payer, signifie pour elle rejet et abandon. Elle se venge en quelque sorte en voulant faire payer les autres hommes, comme si elle ne méritait pas d'être aimée pour elle même. Elle ne sait pas vraiment qui elle est et se cherche dans le regard des autres. C'est en découvrant son corps, en s'acceptant, en s'affranchissant du regard castrateur de sa mère et de l'attachement à son père qu'elle pourra vivre son histoire d'amour avec Hadrien. Elle se découvre alors femme, avec une sexualité non seulement extérieure mais aussi intérieure. En apprenant à s'aimer, elle s'autorise à être aimée par les autres. Sans payer ni faire payer.
Un clitoris de deux mètres de long... et pourquoi pas ? C'est un conte à la limite du fantastique, qui devient réel, le temps d'un livre. Je n'ai pas eu l'impression d'oser, le titre s'est imposé à moi et j'ai foncé dans l'urgence absolue d'écrire. Clémentine a un grand clitoris, elle pourrait avoir un grand nez ou de grands pieds. Elle se découvre femme et se laisse porter par son désir de vivre.
On a beaucoup entendu parler de votre livre avant même sa sortie. Certains critiques ont été virulents à votre égard. Comment réagissez-vous face à ceux qui vous dénigrent ?
Je n'ai pas vraiment lu de critiques virulentes. J'aimerais bien pouvoir les lire réellement, pouvoir y répondre. Je suis frappée du fait que l'on s'empresse de parler des femmes victimes, excisées notamment en Afrique ou harcelées ; mais quand il s'agit d'une femme qui a très grand clitoris, un grand désir, et qui assume, alors là tout devient soudain plus compliqué... On préfère se taire, en tous cas pour certains... N'est ce pas là une forme d'excision ?!
Certains journalistes ont été choqués par le titre ! C'est un mot inventé, comment en être choqué ? Dans les salons du livre, quand je suis en contact avec le public, les réactions sont plutôt curieuses, intriguées, amusées.
Ce qui m'intéresse ce sont la diversité des réactions, leur foisonnement même. Ruth Valentini (Le Nouvel Observateur) a parlé de cordon ombilical, quelle belle idée ! Emilie Grangeray d'humour, Josyane Savigneau de style alerte et de comédie, d'autres de poésie et de fantaisie, d'autres encore d'obscénité... Ce que je crois profondément c'est que chacun de ces trois contes touche à notre intimité et que par conséquent, les lecteurs réagissent différemment en fonction de leur propre histoire et projections. Et c'est tant mieux. Evidemment.
Vous alliez l'humour à la poésie. Quelles sont vos influences littéraires ?
Merci pour l'humour et la poésie... Mes références littéraires : Gérard de Nerval, Dostoïevski, Arthur Rimbaud, Lautréamont, Singer, Balzac, Flaubert, Racine ('Bérénice'), Gogol, Buzzati, Moravia... J'ai été très influencée par le cinéma italien.
Malgré l'humour qui se dégage de vos écrits, Clémentine fait preuve d'un profond mal-être et se révèle humaine, avec ses défauts et ses qualités. Vous êtes-vous inspirée d'une personne réelle pour créer ce personnage ?
Non je ne m'inspire pas de personnages réels. Mes personnages existent le temps du roman. Clémentine est humaine, comme l'étaient Alice et Caroline. On croit à leur histoire, à leur réalité aussi invraisemblable soit-elle, justement parce qu'elles sont profondément humaines.
'Clitomotrice' a été présenté comme le troisième volet d'une trilogie commencée avec 'Alice la saucisse' et 'Caroline assasine'. Quel est le message commun aux trois livres que vous voulez faire passer ?
Je n'écris pas pour envoyer des messages mais pour raconter des histoires. En fait, quand j'écris je me vis médiatrice, j'entends, je vois, je sens, et j'écris ce que je vois, j'entends, je ressens. J'ai un rapport très physique avec l'écriture, très sensuel. Cela dit, Alice agit passivement et s'offre en victime expiatoire en retournant la violence contre son propre corps, Caroline se révolte et prend son destin en main en osant penser la violence ultime, le meurtre de la mère, Clémentine s'affranchit de ses peurs et de ses inhibitions et apprend à vivre après s'être débarrassée de la violence.
Chemin vers la lumière, réconciliation avec le corps, la vie, les hommes... Accepter son identité et sa différence... Le tout me semble très très loin de l'obscénité !
Parmi les auteurs et les ouvrages de la rentrée littéraire, lesquels appréciez-vous ?
J'ai adoré 'Le Petit Bonzi' de Sorj Chalandon et beaucoup aimé 'Mordre' de Thierry Laurent. Quant à Sylvie Germain, c'est un immense écrivain bien que 'Magnus' m'ait un peu désarçonnée.
Quel est votre lecteur idéal ?
Celui qui est libre dans sa tête et dans son coeur.
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les Avis des membres
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09/02/2012 10h18 Un petit bijoux! Amusant, intriguant, éclairé. Quel style! Entièrement sous le charme.
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