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Le Messie du peuple chauve
de Augustin Guilbert-Billetdoux
INTERVIEW DE TANIA DE MONTAIGNE Elle déplace des montagnes
Propos recueillis par Céline Laflute pour Evene.fr - Décembre 2005 - Le 01/12/2005
Chroniqueuse et écrivain, Tania de Montaigne déborde de projets. Elle nous présente, en exclusivité, son prochain roman qui sort chez Flammarion en mars et la surprise musicale qu’elle nous réserve courant 2006. Rencontre avec une jeune artiste en pleine effervescence.
La culture a-t-elle toujours occupé une telle place dans votre vie ?
J’aurais bien aimé qu’elle occupe une place si importance. Au début il fallait avant tout manger, payer un loyer. J’ai toujours écrit et fait de la musique mais sans projet précis sur ce que j’en ferais car je suis issue d’un endroit où il n’y a pas d’argent. Penser qu’on va vivre de la culture est déjà une démarche un peu bourgeoise. Il faut déjà avoir mangé pour se le dire. Donc il ne s’agissait pas de cela dans un premier temps. Ca s’est mis en place au fur et à mesure. J’essaie maintenant de m’organiser pour faire les choses qui m’intéressent comme des magazines culturels.
A quoi vous destiniez-vous après vos études en sciences politiques et sociales ?
Mon projet de départ était de m’occuper d’enfants - ce que je fais aujourd’hui - et de réfléchir à la scolarité en zone d’éducation prioritaire. Mais à l’époque, ce travail n’existait pas car il y avait moins de voitures qui brûlaient, donc moins de budgets. Je suis toujours marraine de ‘Coeurs à lire’ et je continue à faire de l’accompagnement scolaire au centre social dans lequel j’ai commencé il y a dix ans. Je trouve intéressant de partir de la personne pour la tirer vers le haut qui reste le but. La problématique des ZEP c’est de rester au ras des pâquerettes. En réfléchissant sur leur façon d’apprendre, ils ont une richesse que n’ont pas les bons élèves. J’ai repris des études de philosophie notamment pour me mettre dans leur situation non scolaire. Il faut accepter que certains rentrent par la porte et d’autres par la fenêtre. Au final, le pourcentage d’enfants violents est infinitésimal par rapport au nombre de résignés.
Votre carrière journalistique a-t-elle vraiment démarré par hasard ?
Après mes études, j’ai passé des concours. Comme il fallait que je mange, je faisais des petits jobs. Une copine à Europe 1 m’a dit que Canal J cherchait quelqu’un, à deux pas de mon boulot de serveuse. Travailler avec des jeunes m’intéressait, même bénévolement. C’est devenu mon premier travail. A deux mois près, j’aurais fait de la formation chez France-Télécom. Comme c’était une petite structure, il y avait beaucoup de liberté. Je n’ai pas tellement aimé mon passage à ‘Nulle Part Ailleurs’ car je n’y ai pas appris grand-chose. J’ai donné ma démission 3 fois ! Je n’ai pas de plan de carrière. J’essaie de faire de nouvelles choses. Ensuite je suis partie sur France 2 chez Jean-Luc Delarue (‘C’est l’heure’) parler de l’info vue par des enfants. J’ai découvert quelque chose que je ne connaissais pas et qui s’appelle l’audimat. J’ai fait une émission culturelle avec Bernard Rapp et ‘Field dans ta chambre’ sur les livres. Quand il y a eu cette régularité de l’écriture, j’ai sélectionné davantage. On ne fait pas les mêmes choses à 20 et à 30 ans. Dans les ‘Anges’, je parlais ce que j’avais choisi, je n’ai jamais été censurée. Je ne sais pas combien de temps aurait duré cette liberté. J’ai la page culture dans un magazine de presse écrite (‘Esprit Femme’).
Votre passage des projecteurs de la presse télévisée au retrait que suppose l’écriture s’est-il fait naturellement ?
Je ne suis pas vraiment passée d’un extrême à l’autre. J’écrivais déjà des formes courtes. Après tout ça, j’avais suffisamment d’argent pour acheter un appartement à ma mère. L’idée était de savoir si je pourrais tenir une histoire de A à Z. Je me suis donné trois ans pour écrire un livre par an. C’est le deuxième (‘Patch’) que je n'avais envoyé qu'à deux éditeurs, qui est devenu le premier. C’est souvent le deuxième livre, plus abouti, qui est édité. Il s’est plutôt bien vendu. Il est passé en poche. Pocket m’a vraiment donné ma chance. Le poche a une allure de produit de consommation mais il est beaucoup plus imaginé dans la durée qu’un grand format. J’ai sorti le deuxième (‘Le Quart d’heure islandais’) et mon éditeur Florent Massot a été licencié. La maison m’importe peu, c’est vraiment une question de personne. Je n’ai pas le rêve d’être dans la Blanche de Gallimard. J’admets entièrement qu’un oeil extérieur soit nécessaire une fois que j’ai écrit mon livre. Il faut bien le choisir. On m’a présenté Guillaume (Robert, éditeur chez Flammarion NDLR) avec qui j’ai des affinités d’influences. Il a été réactif : il a lu rapidement mon manuscrit et l’a annoté.
D’où vient le personnage d’Emile, cet étrange théoricien, dans ‘Geneviève et la théorie du 5’ ?
Je crois que c’est ce Gollum qui me l’avait inspiré. Ce personnage génial, fou et très touchant, dit que la folie est à la fois un abîme et très proche de nous. J’aime beaucoup cette idée que certaines personnes essaient de faire en sorte que ça rentre dans les cases. C’est un projet complètement fou mais profondément humain. Ce personnage est privé du sentiment. Il peut donc plus facilement penser qu’on peut tout maîtriser. Je me fixe toujours une contrainte de structure. Je voulais avoir un cadre assez mathématique avec des personnages comme des rats de laboratoires et Emile, très logique, au-dessus. Je croise les récits pour montrer que l’existence va dans tous les sens. La théorie du 5 existe mais avec un autre chiffre. C’est le 5 qui m’intéressait car c’est un chiffre religieux. Il y avait un côté légende urbaine même si c’est un vrai travail qui consiste à évaluer les champs d’interaction entre les gens. Explorer la vraie théorie ne m'intéressait pas. J’ai utilisé toutes les circulations qu'elle engendrait pour inventer mon histoire. Il y a des chiffres un peu partout dans le livre.
Le titre de votre prochain roman est désormais connu (‘Tokyo, c’est loin’). S’agit-il d’une nouvelle aventure de Geneviève ou d’un de vos avatars ?
Ce sont toujours plus ou moins des avatars mais ce n’est pas Geneviève. Le point de départ était la rupture, ce qu’engendre le fait d’être quitté. Souvent, dans les films, les gens prennent un billet et partent. Je me suis inspirée de mon voyage à Tokyo il y a deux ans. J’avais pris des notes car cette ville m’avait fascinée. Y vivre sa rupture me semblait intéressant car on ne peut pas y faire de rencontres. L’espace intime a deux fois la taille de celui qu’on envisage en France. Cette ville vous renvoie toujours à vous-même. C'est la problématique de la rupture. Ce que Sofia Coppola décrit dans ‘Lost in translation’ est vraiment ce que j’ai perçu de Tokyo. A chaque fois qu’on croit connaître, on ne connaît pas. Tout le monde était cinglé, j’ai adoré. Normalement j’écris tout avant d’avoir l’avis de mon éditeur. Pour celui-ci, j’ai envoyé un chapitre tous les mardis et j’avais un retour tout de suite. Je m’en suis remise à Guillaume. Avec cet aspect feuilletonné, le suspense était la cohérence du résultat final.
‘Nous ne sommes pas des anges’ a annoncé votre départ en lien avec l’écriture. Avez-vous besoin de cesser toutes vos activités journalistiques pour vous consacrer à une nouvelle oeuvre romanesque ?
Si j’ai les moyens de me consacrer à l’écriture d’un livre, je ne m’en prive pas. J’ai besoin de me couper des oeuvres des autres au moment où je décide d’écrire. En revanche, j’ai besoin de voir des films, de la peinture. Le travail visuel est très porteur. Quand je n’écris pas, lire est un de mes grands plaisirs. Lire un bon livre, c’est faire une rencontre, il n’y a pas grand-chose d’équivalent. J’enseigne à Sciences-Po dans le cadre d’un atelier d’écriture qui m’oblige à réfléchir à ma pratique. Les auteurs de littérature américaine contemporaine (Selby, Easton Ellis, Dan Fonte, Palahniuk, Eugenides) ont une liberté rare chez les auteurs français trop respectueux. Un artiste, c’est quelqu’un qui se penche par la fenêtre là où on ne le ferait pas, qui doit nous montrer des choses qu’on n’ose pas aller regarder. Sa fonction est de pousser au dépassement, mettre en danger tout en renvoyant à l’art qui traverse la matière. Je regrette qu’il n’y ait pas de centre d’émulation, de Flore comme dans les années 1920 à Montparnasse. Chacun reste dans son coin !
Quels sont vos autres projets pour 2006 ?
J’ai fait une liste des choses que j’aimerais faire dans la vie et j’essaie de m’y tenir car la vie est courte. Le livre sort début mars. Comme c’est le quatrième, les journalistes devraient commencer à comprendre que je fais une vraie proposition littéraire. Je suis en train de préparer mon album. Un grand mélodiste et arrangeur me produit : Benjamin Biolay. J’écris les textes, je chante. Une chanson, chacun peut se l’approprier en la fredonnant. Je me suis remise au piano pour composer. Benjamin m’a conseillé de raconter une histoire. Une trame ouvre le jeu d’écriture. Mon cadre était 24 heures de la vie d’une femme. Il s’est resserré car les chansons les plus intéressantes sont toujours des chansons d’amour. Je commence sur les starting blocks en faisant quelques scènes comme les Francofolies cet été.
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