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INTERVIEW DE FLORIAN ZELLER L'éloge de l'âge mûr

Propos recueillis par Dorothy Glaiman pour Evene.fr - Août 2006 - Le 16/08/2006

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INTERVIEW DE FLORIAN ZELLER

Pour son quatrième roman, Florian Zeller fait un bond en arrière ou plutôt s'intéresse à ce passage si difficile de l'enfance à l'âge adulte. En un mot l'adolescence... Vaste thème qui touche tout le monde. Rencontre avec un jeune écrivain talentueux qui n'a pas fini de prendre du poil de la bête.

Avec ‘Julien Parme’, vous publiez ici votre quatrième roman. Pourquoi avoir choisi la crise identitaire de l’adolescence comme toile de fond ?

Ce n’est pas quelque chose que j’ai choisi en me disant "Tiens, je vais parler de l’adolescence". Ca s’est trouvé comme ça surtout que je me demandais en l’écrivant jusqu’à quel âge on demeure cet adolescent... A travers ce thème et plus précisément du personnage de Julien Parme, j’avais surtout envie de parler de ce qui la compose à savoir le sentiment d’abandon, la solitude, l’ambition, la vanité, la gloire et la sensation d’avoir conquis une place à soi dans le monde, un des plus grands défis de la vie... Néanmoins, ce qui me plaisait dans cette aventure, c’est que le lecteur a la distance nécessaire, qu’il n’avait pas précisément lorsqu’il était adolescent. Ce décalage entre la narration à la première personne et le lecteur avisé devient comique et les situations, rencontrées par le personnage principal, ridicules.

A la lecture de votre livre, on ne peut s’empêcher de penser à ‘L’Attrape-coeurs’ de J. D. Salinger. Que pensez-vous de cette comparaison ?

On m’a déjà fait la remarque. C’est un livre que j’avais beaucoup aimé et c’est vrai que l’on retrouve certains points communs. Mais parfois les influences sont plus souterraines, plus ou moins évidentes et toujours malgré soi. Pour être sincère, je pensais plutôt à d’autres auteurs en écrivant ce livre, comme à John Fante par exemple mais après les choses viennent comme elles viennent. Ce qui est sûr c’est que comme je voulais qu’il y ait ce manque de distance, que ce soit une première personne pour justement en faire un personnage comique, il fallait passer par l’oralité. C’est ça qui m’a amené sur cette piste-là plutôt que la passion que je pourrais avoir pour Salinger ou quelqu’un d’autre.

Dans une précédente interview, vous disiez que vous ne parliez jamais de vous à travers les personnages de vos romans. Est-ce encore le cas pour celui-ci ?

Oui, mais cela ne veut pas dire que je les déserte. C’est un processus bizarre : parfois on a l’impression que l’on parle de quelqu’un d’autre alors que l’on parle de soi et parfois on a envie de parler de soi mais on ne peut s’empêcher de mentir. C’est toujours une alchimie un peu étrange pour soi-même. Je n’ai pas l’impression de parler de moi dans ce livre et pourtant c’est celui dans lequel je me retrouve le plus. Comme Julien Parme, j’ai été un grand habitué des fugues durant mon adolescence mais n’ayant pas de parents, pas de famille, les fugues ne voulaient rien dire pour moi, c’était comme s’échapper de nulle part.

Dans ce livre, Julien Parme se prend déjà à 14 ans, pour un grand écrivain célèbre et adulé. A quel âge vous est venue cette passion pour l’écriture ?

C’est pas vraiment à un âge précis. Il y a d’abord la lecture jusqu’au jour où cela ne suffit plus. Je sais que j’avais envie d’être écrivain mais sans savoir ce que cela voulait dire. C’était très abstrait. Je crois que Milan Kundera est le premier auteur qui m’ait vraiment donné envie de m’intéresser à la littérature contemporaine et tout ce qui va avec.

Votre roman vient de sortir, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Honnêtement, je n’y pense pas trop parce que c’est un moment assez désagréable que de sortir un livre. Par définition, on est un peu fragilisé, on a un peu peur et on n’est pas très à l’aise. On a envie que ça passe... En ce moment, je travaille sur une pièce, les acteurs sont en pleine répétition, ce qui permet d’occuper tout mon temps et mon esprit. Sans aucune prétention, je suis vraiment content que ce livre sorte, qu’il existe. Cela me suffit pour avoir l’impression d’avoir achevé mon travail. Après on ne peut pas savoir ce qui nous attend...

Une première critique parue dans Gala vous qualifie de "porte-voix chic de la teen novel. Autrement dit, de la littérature pour ado. Voire préado". Qu'en pensez-vous ?

Je pense que l’on peut tout dire, simplement moi, je ne l’aurais pas dit comme ça. Justement, je ne pense pas du tout que ce soit un livre pour adolescents surtout que la dimension comique ne peut apparaître que si l’on n'est plus dans cet âge ingrat.

Pensez-vous qu’on vous attend au tournant après le succès qu’a remporté votre précédent livre ‘La Fascination du pire’, pour lequel vous avez obtenu le prix Interallié en 2004 ?

Forcément un peu. On fait toujours payer à quelqu’un son succès, aussi éphémère soit-il. Je le sais, je le sens. Mais cela serait grave pour moi si ces critiques parasitaient mon désir de faire quelque chose. Non pas que je me sente blindé, loin de là, mais après on apprend à déceler quand les gens règlent leurs comptes à travers vos livres plutôt qu’avec vous.

A côté de cette sortie littéraire, vous êtes de plus en plus présent au théâtre. Qu’est-ce qui vous plaît dans cet exercice ?

C’est vraiment la vie du théâtre qui m’habite. Contrairement à l’écriture, le théâtre ne s’arrête pas au moment où l’on écrit la pièce sauf si l’on déserte totalement le projet. C’est vrai qu’il y avait un équilibre que je n’arrivais pas à trouver dans l’écriture dans le sens où le théâtre me fait sortir du désarroi, de la solitude propre à l’écriture. Par le théâtre, on apprend beaucoup des autres ce qui m’apporte une joie enfantine et une grande richesse. Ce lieu devient alors une maison, une grande famille composée de corps et de voix.

Comment est né le projet de cette nouvelle pièce ‘Si tu mourais’ au théâtre des Champs-Elysées à partir du 15 septembre ?

En fait c’est assez obscur pour moi. J’ai mis longtemps à l’écrire parce que je n’avais pas trouvé ce que je voulais dire ni faire. En tout cas le sujet qui m’importait était celui de la transparence dans le sens où l’on exige des gens qu’ils disent tout, notamment dans une relation à deux. Cette pièce aurait pu s’appeler "l’éloge du mensonge" par exemple.

Pouvez-vous nous faire le pitch de cette troisième pièce ?

C’est l’histoire d’une femme (Catherine Frot) qui à la mort de son mari se demande si elle ne s’est pas totalement trompée sur lui à savoir si le visage qui était le sien n’était pas qu’un masque, qu’une façade. Elle commence à la fois par revisiter leur histoire et à rechercher la vérité sur cet homme. Des indices d’une double vie semblent faire surface. Elle se lance alors dans une enquête et on se perd avec elle dans ce labyrinthe sans savoir ce qui est de l’ordre du fantasme, de la création ou de la nostalgie. On abandonne vite l’idée de savoir si elle a été trompée par elle-même pour arriver à une autre formulation : est-ce cela qu’on appelle se perdre ? C’est tout simplement l’histoire d’une noyade.

Pour résumer : déjà un quatrième livre, un grand prix littéraire acquis, une nouvelle pièce de théâtre à la rentrée. La reconnaissance du public et des professionnels à seulement 27 ans ne vous effraye-t-elle pas ?

Ce sont des questions très compliquées parce qu’elles touchent à plein de choses, des doutes comme des moments sombres. J’ai l’impression qu’un individu progresse forcément et que mes désirs ne seront pas les mêmes dans dix ans. J’espère que j’aurai cette progression intérieure pour ne pas désirer plus tard ce que je cherche aujourd’hui. Je ressentirai une grande médiocrité à me poser les mêmes questions dans dix ans et avoir des réponses plus fades. Mais peut-être aurai-je conquis une sorte d’indifférence par rapport aux autres et peut-être aussi n’aurai-je plus envie d’écrire. Qui sait... Tout ce que j’espère c’est de ne pas me figer dans une attente.

Pour finir, pensez-vous vraiment, comme vous l’écrivez à la fin de votre livre, que "la vie est un piège dans lequel on finit tous un jour ou l’autre par tomber" ?

Au premier degré, c’est un piège dans le sens ou personne ne nous a demandé de venir au monde. Par exemple adolescent, j’étais très différent de celui que je suis devenu et j’étais très distant par rapport à la vie. Je me souviens de cette bascule ou j’ai décidé d’y aller, de tomber dans le "piège" de la vie à considérer que c’en est un. Et je sais ce que j’ai perdu à ce moment-là...

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