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Entrez dans son Magasin...INTERVIEW DE JEAN TEULE
Pourriez-vous dire quelques mots à nos lecteurs pour vous présenter ? Qu'est-ce que je peux dire...? J'ai une singularité : je n'ai jamais fait le métier que j'avais choisi : je me suis intéressé à la BD par l'intermédiaire d'un dessinateur de BD qui en ayant vu mes dessins m'a poussé, alors je me suis lancé. Ensuite, durant cette période, je faisais des reportages en BD, puis un jour Bernard Rapp a vu mon travail et m'a demandé si je ne voulais pas faire la même chose à la télévision, alors du coup j'ai rendu visite au petit écran... Et puis, lors de mon passage à Canal +, une éditrice a appelé en m'affirmant que j'étais un écrivain qui s'ignorait ; nous nous sommes rencontrés et je suis devenu écrivain comme cela. J'ai fait de la BD sans le vouloir, de la télé sans le désirer et je suis écrivain sans l'avoir choisi non plus ; et à chaque fois, ça m'a plu. Je me dis que j'ai eu beaucoup de chance de rencontrer des gens qui ont su m'aider ainsi.
Et depuis vous êtes resté fidèle à la maison d'édition Julliard... Je n'ai jamais bougé. Je suis le seul auteur chez eux qui ne veut pas signer la dernière clause du contrat qui est le droit de préférence pour le livre d'après et je suis le seul auteur qui n'ait jamais bougé de chez son éditeur. Ce qui est assez rare. Tant qu'ils voudront de moi, je ne bougerai pas...
Tout à fait, et l'éditeur aussi d'ailleurs. Les gens pensent généralement que pour me garder, il suffit de ne pas m'enchaîner. (rires) Le fait d'être complètement libre me permet de rester ; à l'inverse, si je me sentais bloqué, cela ne me donnerait envie que de partir.
Avant la publication de votre dernier livre, il y avait déjà eu 'Darling'... 'Darling', qui justement vient d'être adapté au cinéma ! Le tournage vient juste de s'achever et le film devrait sortir cette année, avec Marina Foïs qui joue Darling et Guillaume Canet qui interprète son mari. Je suis très content ; Guillaume Canet voulait jouer un vrai fumier, eh bien là, il est servi ! (rires) Le film va être à l'affiche, j'imagine, au tout début de l'automne.
Pas cette fois-ci. Au contraire… C'est Christine Carrière qui a fait le film ; gentiment, elle m'a proposé d'y participer mais je préférais qu'elle se l'approprie et qu'elle compose librement. Une réelle réinterprétation plus qu'une simple adaptation du roman. Et j'ai hâte de voir ce film. Cela promet d'être assez raide, l'ambiance étant à la base plutôt particulière... A ce propos - au sujet de cette ambiance particulière -, vous qualifiez tous vos livres de romans, est-ce une classification par facilité ? Je ne sais pas comment appeler ça autrement. C'est toujours romancé de toute façon. Donc, je trouve que l'appellation correspond bien, même sur des livres comme 'Je, François Villon'. La toile de fond est historiquement correcte mais cela reste malgré tout un roman : quand j'ai écrit les dialogues, je n'étais pas présent, ce n'est qu'un travail d'imagination.
Vous avez raison, et je n'y avais pas pensé... Les premières réactions autour de ce livre sont que les gens parlent volontiers de fable ou de conte. En fait, je trouve que c'est assez approprié mais je ne m'en suis pas rendu compte en l'écrivant. Et quand on me dit ça, je trouve cette idée assez bonne. Un peu à la Marcel Aymé... ... en un peu plus sordide ! C'est vrai, en un peu plus hardcore ! (rires) Patrice Leconte m'a écrit que les personnages seraient un peu comme ceux de Sempé, mais des personnages qui auraient fumé un pétard ! (rires) J'aime bien cette image, cela correspond à la famille Tuvache.
Gilles Perrault ('Le Pull-over rouge') m'a écrit une lettre où selon lui, ce doit être le premier livre qui finit par un point d'exclamation. En y réfléchissant, je m'en suis fait la remarque ; je n'ai pas connaissance d'un autre roman qui s'achève ainsi. Roman atypique par sa forme donc, il l'est également par son histoire, comment vous est venue l'idée d'une telle intrigue ? En faisant des recherches sur Rimbaud et Verlaine, je lisais beaucoup de choses sur la poésie de la fin du XIXe siècle et j'ai vu qu'on les rangeait parmi les poètes décadents. Parmi eux, il y avait une bande de jeunes étudiants qui avaient monté un groupe de poètes et se nommaient les Désenchantés. Ils avaient écrit une oeuvre qui avait pour titre 'Le Magasin des suicides'. A chaque fois que je passais dessus, je me disais que ce titre était vraiment accrocheur : le magasin des suicides.... A partir de cette expression, on a l'impression que tout le reste vient. Et c'est ce que j'ai fait, j'ai essayé d'écrire quelque chose. Ce serait une petite boutique, il y aurait une famille qui serait très sombre, mais il faut un intrus, un élément perturbateur. D'où le dernier enfant. Eux qui ne testent aucun produit de leur magasin - et pour cause ! - ont tout de même essayé un préservatif percé (pour ceux voulant mourir par contamination), ainsi déboule Alan. Il embête tout le monde. Je suis parti un peu de mon fils adolescent : on a tellement de mal souvent à les comprendre, je transpose ça dans mon livre, en négatif bien sûr. Et si les Tuvache avait un môme à l'envers du mien ? Et qu'ils en soient désespérés ? C'est peut-être pour ça que les gens se reconnaissent dans le livre : beaucoup d'entre eux se mettent à la place des parents Tuvache.
Bien sûr. J'ai essayé de trouver le plus de documents et de livres possibles sur le suicide et je piochais dedans pour trouver des idées. La préparation n'était pas très gaie ! Cela m'a d'autant plus donné envie de me libérer dans l'écriture. C'est au cours de mes recherches que j'ai trouvé le nom du dernier enfant : Alan, comme Alan Turing et son suicide à la pomme empoisonnée. Ca s'est vraiment passé, c'est incroyable. Et la pomme d'Apple serait venue de cette histoire… Alan Turing est un personnage totalement inconnu alors que sans lui l'informatique n'existerait pas. Il a connu un destin tragique et exceptionnel ; parfois je me dis qu'il y aurait un roman a faire sur lui. L'ouvrage a-t-il été difficile à écrire ? Eh bien non. C'est venu tout seul. A l'inverse de mes autres livres, une fois parti, c'était comme une rigolade, je suis allé jusqu'au bout assez vite. Il m'a fallu 3 à 4 mois pour l'écrire (2 ans pour 'Je, François Villon').
Au contraire. C'est un humour plus anglo-saxon que français, mais bizarrement, ça a l'air de plaire aux gens et de les faire rire. Ce n'est pas du tout une apologie du suicide, bien à l'inverse. Comme dans le livre, ceux qui ouvrent la porte du magasin ont déjà réglé leurs problèmes. J'espérais que ce livre soit drôle : les gens qui le lisent et qui en parlent le trouvent revigorant. Ca leur fait du bien alors que, paradoxe, il n'y a pas une page où l'on ne parle pas de mort dans ce roman. Ca ne donne pas envie de se suicider mais juste de pousser la porte du magasin. Plaisir des yeux seulement ! Voudriez-vous l'adapter au théâtre ? L'histoire s'y prêterait plutôt bien ? Oui, c'est ce qui me tenterait le plus. Ca doit être "le pied absolu" : écrire une pièce, se retrouver dans une salle, avec des acteurs disant vos mots… Mais cela me fait très peur, je ne sais pas pourquoi. Pour l'instant, j'attends les réactions mais j'aimerais beaucoup.
Je l'ai fait avec un jeune dessinateur, Frédéric Poincelet, graphiste de talent travaillant au Louvre. Je ne voulais pas du tout que la couverture soit sombre, mais qu'elle apparaisse plus comme un bonbon acidulé, pour contrebalancer le titre un peu provocateur. Frédéric doit déjà penser à la couverture du prochain. Justement, savez-vous quel sera votre futur livre ? J'écris un livre qui va s'appeler 'Le Montespan', car si l'on parle beaucoup de la maîtresse de Louis XIV, on en oublie qu'elle était mariée et que son mari n'a jamais supporté d'être ainsi bafoué par le roi. Il n'a eu de cesse d'asticoter Louis XIV toute sa vie, ne se résignant jamais. Certaines histoires sont incroyables comme par exemple le jour où il apprit sa mésaventure, il fit accrocher des cornes de cerf sur son carrosse, lui-même recouvert de noir. Il a été le seul dans son cas, à vouloir se rebeller, Molière et son 'Amphytrion' en parlent d'ailleurs. Le Montespan est un personnage atypique qui me plaît beaucoup.
Propos recueillis par Guillaume Monier pour Evene.fr - Janvier 2007
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Avis de mirapra 
Au début, le sujet semble sinistre mais les allusions à d'autres suicidés, le décor, Mishima, Bérégovoy et tous ces noms rendent le texte tout de suite sympathique. Un petit livre qui met de bonne humeur, j'en parle et les gens sont étonnés, rien qu'à lire le titre ! Merci Jean Teulé, vous m'avez donné le goût de connaître vos autres livres.
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