INTERVIEW DE KEIKO ICHIGUCHI Entre Europe et Asie
Merci à Fabrice Renault pour son aide précieuse à la traduction Propos recueillis par Mikaël Demets pour Evene.fr - Janvier 2007 - Le 29/01/2007
Keiko Ichiguchi sort actuellement chez Kana ‘America’, un manga pessimiste et touchant sur la jeunesse nippone. Déjà remarquée avec son ouvrage ‘1945’, Keiko, rencontrée à Angoulême, nous parle de son art, exercé loin de son pays.
Le parallèle entre la vie de l’auteur et son dernier ouvrage est frappant. Alors que ses personnages rêvent de quitter leur pays natal pour se libérer du carcan social et culturel qui les oppresse, c’est une Japonaise exilée en Italie depuis plusieurs années que nous rencontrons à Angoulême, où elle est présente pour la seconde année consécutive.
Dans ‘America’, vous narrez les aventures d’adolescents obnubilés par leur rêve américain. Vous, vous avez quitté votre pays pour l’Italie. C’était votre rêve américain à vous ?
Ce n’est pas du tout mon rêve américain, tout simplement parce que je n’ai pas choisi ce destin. J’ai commencé des études d’italien à l’université, par hasard. Puis, j’ai arrêté le manga. Qu’est-ce que je savais faire d’autre ? Parler italien, c’est tout. Donc je suis parti en Italie pour travailler la langue et trouver un travail.
Pourquoi avoir arrêté le manga ?
Je ne me suis pas du tout entendue avec mon responsable de la maison d’édition dans laquelle je travaillais. Je me suis trouvée dans une position dans laquelle je ne savais plus quel genre de manga je voulais écrire. C’est quelque chose qui arrive souvent aux auteurs japonais, une période d’incertitude que l’on traverse tous ou presque. Ce qui se passe dans ce cas-là, c’est qu’on va voir un autre éditeur. Or à Osaka, hormis mon premier éditeur, il n’y avait que celui avec lequel je ne me suis pas entendue. Je me suis retrouvée sans solution. Une fois que j’avais arrêté le manga, il ne me restait plus que l’italien, alors… Je l’admets, c’est une vie assez bizarre. (rires)
Vous mettez en scène des jeunes gens perdus dans leur propre pays : on sent que c’est le manga le plus proche de votre histoire personnelle…
Clairement, oui. Le personnage principal, c’est un peu de moi. Et les personnages secondaires ont beaucoup des amis que j’avais à l’époque. Quant au bar, lieu central de l’histoire, c’est le Hard Rock Café d’Osaka.
C’est aussi cette société pesante, oppressante, immobile dans ses traditions qui vous a donné envie de partir ?
J’adore le Japon, bien évidemment. Mais dès l’école, on nous y apprend qu’il est important de faire comme tous les autres. Durant notre scolarité, même s’il y a quelque chose que l’on ne veut pas faire, on est obligé de le faire si la majorité l’a décidé. Je suis peut-être un peu à part dans la société japonaise, mais je voulais faire ce que je voulais. J’avais horreur de devoir suivre les autres, d’être forcée de faire ce que les autres voulaient que je fasse.
Dans ‘America’, la famille a une image très négative : soit elle abandonne ses enfants, soit elle les torture. Est-ce qu’elle participe aussi à cette structure sociale oppressante que dégage cette société ?
Mes parents n’ont jamais lu mes ouvrages. Pour eux, je suis quelqu’un qu’ils ne comprennent pas. Ils ne savent pas ce que je fais, ils ne veulent pas le savoir. Eux, ce qu’ils voulaient, c’était que j’aille à l’université, que je fasse un ou deux ans comme O.L. (office lady, sorte de secrétaire, ndlr), puis me marier et faire des enfants.
Au niveau de la bande dessinée, qu’est-ce que vous avez trouvé en Italie que vous ne trouviez pas au Japon ?
Plutôt que de ne parler que de l’Italie, on peut élargir à l’Europe. J’ai été surprise par la lenteur avec laquelle les auteurs européens travaillent. Chez Dargaud, une BD, c’est considéré comme un travail d’un an. Les éditeurs eux-mêmes sont habitués à ces rythmes. Au Japon, il ne faut pas oublier que le manga n’est pas de l’art, c’est un produit. Ca aura beau être dessiné par un Michel-Ange, cela ne comptera pas : la priorité est le rythme de la production. Cette approche européenne m’a beaucoup étonnée.
Comment se passe votre écriture en italien et en japonais ?
Les mangas pour le marché italien, je les écris en italien. Pour le marché japonais, j’écris en japonais. Mais dans ma tête, les deux langues se superposent.
Vos ouvrages italiens sont-ils publiés en Italie ?
Au Japon, si un manga a déjà été publié dans un autre pays, c’est très rare qu’il soit traduit. Il y a des exceptions, comme Enki Bilal ou Moebius. Eux sont tellement connus qu’ils sont importés et traduits. Mais ça reste rarissime. Les éditeurs japonais ne publient que ce qu’ils ont édité.
Quelles sont les différences entre les deux productions ?
Ce qui sort actuellement en Italie, ce sont mes mangas pour jeunes filles de mon époque japonaise. Au Japon, ce sont des mangas comiques.
Aujourd’hui les mangas envahissent le monde. En tant que Japonaise, comment analysez-vous ce succès ?
J’ai moi-même du mal à comprendre cette nouvelle suprématie. Je pense que la richesse des genres joue dans ce succès. Il y a des histoires d’amour, de la science-fiction, de l’action, des histoires pour enfants, pour adultes, pour filles, pour garçons. Tout le monde a un manga qui lui est destiné. Je ne peux pas parler pour le marché français, mais en Italie, je trouve que les sentiments des personnages sont beaucoup plus mis en avant que dans la BD italienne. Je pense que cela touche plus le lecteur.
C’est votre deuxième participation au Festival d’Angoulême. Vous y plaisez-vous ?
Je préférais l’an dernier : c’était plus concentré, on pouvait visiter plein de choses merveilleuses. Alors que cette année on est beaucoup plus isolés, toutes les activités sont disséminées dans la ville. Mais ce que je trouve formidable, c’est la manière dont les maisons d’édition accueillent les jeunes artistes. Au Japon, il faut appeler, prendre rendez-vous si l’on veut montrer ses planches. Ici, il suffit de faire la queue, il y a des créneaux de prévus. Pour moi, ici, c’est presque un monde idéal.
Pour finir, quels sont les auteurs européens que vous aimez le plus ?
Je n’en connais pas encore assez pour juger. Au niveau de l’image, j’aime énormément ‘Tintin’. En général, j’aime quand le dessin est joli, mignon. Ce qui me frappe ici, c’est la qualité du dessin français. Il y a beaucoup de style chez les Japonais, mais le design français est superbe. J’aime particulièrement quelqu’un comme André Juillard, par exemple.
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Keiko Ichiguchi
Scénariste et illustratrice de BD japonaiseNé à Osaka Né le 19 Décembre 1966Scénariste et illustratrice de manga renommée, Keiko Ichiguchi a pris bien des chemins détournés pour arriver à faire de sa passion un métier. Petite, Keiko ambitionne le métier de...
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30/05/2012 06h14 Moi qui n'aime pas lire , j'ai du lire ce livre dans le cadre du cours de français en 4e année secondaire . J'avais le choix...
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de Alexandre Dumas
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