mercredi 10 février

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Pleine de promesses

INTERVIEW DE MAX MONNEHAY


A chaque rentrée littéraire, il y a les petits nouveaux que l'on remarque, ceux qui attirent leurs premiers lecteurs et qui, mine de rien, arrivent à se faire entendre. Max Monnehay est de ceux-là, nous offrant un 'Corpus Christine' décapant et jouissif, particulièrement réussi. De là à lui promettre un avenir doré...


Un premier roman au sujet original : un homme rampant martyrisé et séquestré par sa femme obèse. Une écriture très travaillée, capable de vous tenir en haleine des dizaines de pages durant. Un style déjà bien affirmé, incisif et mordant, teinté d'humour et d'ironie. Et en plus, elle est jolie. Ca commence à faire beaucoup... Du coup, on craint la petite Parisienne prétentieuse et hautaine. Il n'en est rien : derrière ce prénom pas très féminin se cache une jeune fille souriante, agréable et très sympathique, heureuse d'être enfin lue et exigeante avec elle-même. Et sans doute aussi un brin déséquilibrée, vu ce qu'elle écrit...


On ne sait qu'une chose de vous : que vous avez 25 ans. Pourrait-on en savoir un peu plus, sur votre rapport à l'écriture notamment ?

J'ai toujours voulu écrire. J'ai commencé vers l'âge de douze ans, comme pas mal de monde, à écrire des petites pièces de théâtre ou ce genre de choses. J'ai pas mal de débuts de roman à mon actif, qui n'ont jamais dépassé la quarante ou cinquantième page. 'Corpus Christine' est véritablement le premier texte que je développe et termine.

Voir la critique de 'Corpus Christine'

Comment vous est venu le point de départ de ce roman ?

Quand j'ai commencé à écrire ce roman, cela faisait quelques mois, voire quelques années, que je n'avais rien écrit. L'écriture commençait à me manquer atrocement. Je me suis mise devant mon ordinateur, et, sans savoir pourquoi, j'ai eu cette image d'horizontalité. J'ai tout de suite pensé à raconter le calvaire d'un homme allongé. Je ne savais pas même pas encore ce que j'allais faire de cette position qui a priori n'est pas très facile à vivre. Ce point de départ me paraissait sortir de l'ordinaire et susceptible d'entraîner des situations intéressantes, des personnages originaux.


Vous mettez en scène deux personnages : un homme rampant maltraité et séquestré par sa femme obèse, les deux personnages étant liés par l'amour, la haine, voire le sadomasochisme. C'est votre image du couple ? Plutôt inquiétante...

Non, je vous rassure, cela ne reflète pas mon image du couple, sinon j'aurais des problèmes pour mes relations sentimentales (Rires). J'ai plutôt mis en scène l'absence totale de communication qui est, à mon avis, ce qui peut arriver de pire à un couple, et je l'ai poussée à l'extrême. Plus que ma vision du couple, c'est ma vision - exacerbée évidemment - des relations humaines. Dans toute relation il y a un dominant et un dominé, rapport qui peut s'inverser aussi vite qu'il s'est installé. Nous nous retrouvons tous, un jour ou l'autre, presque à quatre pattes devant quelqu'un - au sens propre ou au figuré. Ca fait partie des relations humaines depuis que l'homme est homme.

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Le roman joue d'ailleurs beaucoup sur la frontière floue entre amour et haine. Il se place entre les deux...

C'était une sorte de défi. On parle souvent de cette frontière très mince entre amour et haine, et j'ai eu envie de l'annihiler totalement. Ici finalement, amour et haine se fondent en un seul et unique sentiment. C'était plus intéressant, ça faisait ressortir des choses de l'Homme avec un grand H.


De par son sujet, le rapport des personnages, la crudité de certaines situations, votre ouvrage s'avère provocateur. C'était voulu ?

Honnêtement, je suis toujours surprise lorsque l'on évoque cela. Pour moi il n'y a pas de provocation, ce n'est que ma manière de penser, sans volonté réelle de choquer. Ce sont des choses que j'avais envie de dire, tout simplement. Après, qu'elles soient provocantes ou pas, à la limite cela ne me regarde plus, cela concerne le lecteur. Je pense que la provocation, quand elle est travaillée et qu'elle est voulue, n'a pas grand intérêt.


Tout au long du roman, le narrateur s'adresse frontalement au lecteur, l'interpelle, le secoue, le prend à témoin. Vous ne vouliez pas d'un lecteur passif ?

En tant que lectrice, j'adore être bousculée, que mes idées soient remuées, mises à mal. Donc en tant qu'écrivain, j'ai logiquement essayé de recréer cette relation. Avec 'Corpus Christine', j'ai voulu aller assez loin là-dedans en mettant le lecteur directement face à un discours direct, pour l'obliger à réagir. Il participe ainsi au roman.


Pour un premier roman, vous n'avez en tout cas pas choisi un sujet facile. Vous avez besoin de thèmes radicaux pour écrire ?

Je suis une grande fanatique des situations bizarres. Je suis persuadée que l'on ne peut trouver la vérité des personnages que dans des situations poussées à l'extrême. C'est dans ces moments que les caractères se révèlent. Une place plus grande est laissée aux psychologies, qui peuvent mieux surgir.


Vous allez continuer dans cette voix pour votre prochain livre ?

Je travaille depuis un bon moment sur mon deuxième roman, ça avance bien. De toute façon, il est hors de question de sortir un autre roman si je ne le juge pas meilleur que celui-ci. Pour ce qui est de l'histoire, ce ne sera pas du tout huis clos, mais je resterai sur des thèmes noirs : la mythomanie, la dépendance amoureuse, le meurtre, le sacrifice...


Toujours dans la gaieté...

Oui... Je crois que j'adore se faire rencontrer des extrêmes. Certes mon livre est noir, traite de thèmes noirs. Mais j'ai essayé d'insuffler là-dedans de l'humour, de la poésie, différentes composantes. Mon but ultime, en tant qu'écrivain, est de faire une oeuvre complète, qui soit le reflet du monde en ce qu'il est capable d'être à la fois bon et mauvais, drôle et terrible, etc. Mon objectif, c'est de réunir les pôles.


Vous parlez de l'humour, qui est effectivement une part importante de 'Corpus Christine'. Il est aussi lié à la jubilation que l'on sent dans votre écriture, jubilation qui déteint sur le lecteur. Vous avez pris tant de plaisir que ça à écrire ce roman ?

Ecrire, pour moi, c'est aussi jouissif que c'est déprimant et terrible. Il y a des moments d'intense bonheur, et d'autre de solitude et de page blanche assez terrifiants. L'écriture c'est la vie, il y a tout dedans, le meilleur comme le pire. C'est ce qui me plaît.


Vous voilà écrivain : un roman en librairie, des interviews, une première rentrée littéraire. Quelle est votre vision du monde littéraire, vous la petite nouvelle ?

C'est difficile à dire justement parce que pour l'instant c'est tout frais, je découvre. Ce qui me rassure, honnêtement, je ne dis pas pour faire de la publicité, mais c'est mon éditeur. Quand on a les gens d'Albin Michel derrière soi, qui ont peut-être plus confiance en moi que j'ai moi-même confiance en moi, qui font un travail incroyable, c'est rassurant. Je me sens très bien entourée. Hormis quelques écrivains, ce sont les seules personnes du monde littéraire que je connais. J'avais pourtant entendu dire qu'il se passait des choses pas très nettes dans le monde littéraire, mais pour l'instant ça se dément.


Pour finir, y a-t-il une question qu'on ne vous a pas encore posée et que vous auriez aimé entendre ?

Laissez-moi une minute pour y réfléchir... Si ! On ne m'a pas encore questionnée sur mes influences littéraires...


Alors ?

L'écrivain contemporain que j'adule vraiment, c'est Chuck Palahniuk. Lui c'est un dieu. Donc à mon avis, j'ai été fortement inspiré par cet homme. Sinon j'aime Henry Miller, Jean Cocteau, Fiodor Dostoïevski. C'est d'ailleurs étrange de remarquer que tous les écrivains que j'admire sont des hommes. C'est peut-être pour ça que mon personnage principal est un homme et qu'il le sera également dans mon prochain livre...


Propos recueillis par Mikaël Demets pour Evene.fr - Août 2006


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Max Monnehay

Max Monnehay

Ecrivain française
Née le 11 Mai 1981

Après des études de lettres, Max Monnehay entre au cours Florent. Elle le quitte rapidement pour se consacrer à la littérature. En 2006, à l'âge de 25 ans, elle publie son premier roman 'Corpus Christine' pour lequel on la compare déjà à Amélie Nothomb.

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