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INTERVIEW DE MICHAEL SEBBAN L’espoir entre les vagues

Propos recueillis par Thomas Yadan pour Evene.fr - Juin 2006 - Le 12/07/2006

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INTERVIEW DE MICHAEL SEBBAN

Après Israël et la France, Michaël Sebban entraîne son héros sur les plages et dans les restaurants tendances de Californie. Surf casher et magouilles platoniciennes viennent agrémenter les extravagances de Eli S. L’occasion, entre deux déferlantes, d’interviewer l’ancien assistant de Benny Levy.

Les lecteurs d’Evene aimeraient vous connaître. Pouvez-vous nous raconter Michaël Sebban ?

Biographiquement, un fils de boucher né à Bordeaux. Produit du Sud-Ouest et de parents nés en Algérie. Etudes de philosophie et beaucoup de temps sur les vagues de l’Atlantique. J’ai enseigné la philosophie pendant quinze ans dans le Sud-Ouest, Paris, Israël et quelques bistrots.

Qu’en est-il de la filiation entre Eli S., le personnage central de votre roman, et Michaël Sebban ?

C’est clair qu’il me ressemble mais c’est surtout le seul moyen littéraire que j’ai trouvé pour raconter les histoires que j’ai envie de narrer. Comment pourrais-je passer des vagues aux synagogues, des magouilles à la philo sans ce personnage. Pour la petite histoire j’ai essayé pendant deux ans de faire un roman avec les mêmes ingrédients et sans ce personnage. Je n’ai pas réussi.

Comment pourrait se définir Eli S. ?

On peut dire qu’il est juif, surfeur, philosophe, qu’il sait "qui il est" mais qu’il ne sait pas "où est sa place". Bref, un homme qui a les pieds sur terre et quelques questions. Un homme, quoi !

Le titre ‘Kotel California’ est à la fois drôle et polysémique. Qu’est-ce qui a motivé un tel titre ?

On a cherché avec mes éditeurs pendant longtemps un titre qui représente le livre. J’avais pensé à 'Beach Boy' ou 'Topanga beach' (le lieu principal du roman, une plage de Malibu) et puis 'Kotel California' est arrivé. Un clin d’oeil à Jérusalem et à tout ce que la Californie peut représenter pour les gens de ma génération.

Vos romans foisonnent de personnages aussi divers que singuliers. Sont-ils le fruit de votre imagination ou sont-ils inspirés par des rencontres réelles ?

J'ai très peu d'imagination. La providence a fait que je rencontre ce genre de personnages presque tous les jours, il suffit d’ouvrir les yeux et d’accepter de parler à des inconnus. Ils ne sont pas si exceptionnels que ça, ils ressemblent aux autres mais sans la peur.

Après Israël, la France, le héros découvre l’Amérique. Son regard est-il caricatural ou objectif ?

Si j’étais objectif je serais sociologue et ce serait une catastrophe. Los Angeles regorge de stars, de paparazzis, de synagogues, de milliardaires, de charlatans et de surfeurs en tous genres. Voilà, j’ai rencontré ces gens-là qui ne sont ni pires, ni meilleurs que les autres et j’ai raconté mon histoire avec eux.

Dans ‘Lehaïm’, vous évoquez la déchéance de la volonté générale au sein de la République française. Dans ‘Kotel California’, vous semblez exalter, par moments, le modèle communautariste américain. Qu’en est-il ?

Beaucoup de questions que se posent les Français n’existent même pas aux Etats-Unis. C’est important de le savoir, ça donne du recul. Les Américains n’ont pas peur d’appeler un Noir un Noir, un juif un juif et se moquent bien de savoir si le foulard islamique remet en cause la République. ‘Lehaïm’ m’a porté, bien avant beaucoup, à voir les difficultés pour ne pas dire la désintégration de la société française. La France d’aujourd’hui est communautaire au mauvais sens du terme. C’est un fait. La société américaine a trouvé un moyen assez efficace de créer une volonté générale. Ce n’est pas génial, mais ça fonctionne. J’attends encore des ministres noirs dans notre pays pour que l’on puisse critiquer l’Amérique.

Le surf est un point essentiel de vos livres et de votre vie. Que représente-t-il pour vous ? Y a-t-il une dimension métaphysique ou cathartique dans cette discipline ?

C’est plus que métaphysique, c’est vital. Mettez deux cents Parisiens dépressifs au bord de l’eau, à vivre à proximité des forces de la nature. Ca fera deux cents psys au chômage. Je ne sais pas si je peux l’expliquer, mais pour moi la vie loin des vagues est impossible.

Vos livres ont toujours un repère philosophique. Le fil conducteur de ‘Kotel California’ se trouve être l’allégorie de la caverne de Platon. Est-ce en rapport à l’Amérique ?

Oui. C’est mon roman le plus profond, malgré les apparences. Celui où j’explore la question de la place, de l’envie. Pourquoi veut-on devenir riche, regarder les stars d’Hollywood promener leur chien, se dire qu’on pourrait avoir d’autres vies ? Bref, l’exil des corps et des âmes. Le fond de la pensée platonicienne. Et quel lieu plus riche que Los Angeles pour mener cette réflexion. Le centre de l’Etat le plus convoité du pays, le plus convoité du monde.

Vous semblez tirer de cette allégorie une espèce d’espérance individuelle. Pourtant Socrate voulait avant tout signifier l’importance de l’intelligible et de l’éducation. Le retour dans la caverne est aussi l’occasion d’émanciper les autres prisonniers. Pourquoi cette interprétation inattendue ?

C'était celle que Benny lévy donnait dans son cours sur la République pour sortir de la dimension tragique du philosophe, condamné à errer parmi le vulgaire en attendant que la mort le délivre. L'errance, la contingence, la matière sont le lieu source de la délivrance pour qui en a la connaissance. C'est du fond de la caverne que naît l'espoir, comme la philosophie commence dans le Banquet par l'amour confus des corps. Il y a beaucoup de choses hautes dans les choses basses et c’est pour les relever qu’il faut faire descendre la lumière dans l’obscurité, revenir dans la caverne quand on a vu la lumière du soleil.

Eli S. quitte l’Amérique pour Tahiti, est-ce l’objet d’un prochain livre ?

Je lui fais assez confiance pour qu'il me surprenne.

Peut-on rencontrer Michael Sebban au café de Maurice ou ce lieu est-il fictif ?

Il était réel jusqu'à ce que Maurice vende son établissement il y a quelques mois. J’y ai passé avec mes amis des moments inoubliables avec des gens inoubliables. Ce furent les derniers moments d’une époque, un nouvel exil avec la promesse d’autres délivrances.

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