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Le Messie du peuple chauve
de Augustin Guilbert-Billetdoux
INTERVIEW MICHELE LESBRE Une écriture hors du temps
Emilie Valentin pour Evene.fr - Novembre 2005 - Le 02/11/2005
Michèle Lesbre est l'auteur de 'La Petite Trotteuse', l'un de ces rares romans qui, sans tambours ni trompettes, parviennent à se frayer un chemin parmi l'avalanche de la rentrée littéraire. Un coup de coeur, du bouche-à-oreille et beaucoup de talent, tout simplement.
La narratrice de 'La Petite trotteuse' emporte le lecteur avec elle dans une quête. Mais que recherche-t-elle ? Officiellement, une maison, puisqu'elle en visite trente. Et ce qu'elle trouve, finalement, c'est son histoire, sa famille, et surtout elle-même, à travers quelques souvenirs de son père, remontés à la surface des années après sa mort, lorsque par hasard, elle découvre sa montre. Michèle Lesbre a écrit ce roman à partir de bribes de son histoire personnelle, Evene l'a rencontrée.
Dans quelle mesure peut-on dire que 'La Petite trotteuse' est un livre autobiographique ?
La montre est la véritable origine du livre : j'ai trouvé la montre de mon père et j'ai su que j'allais écrire un roman. J'ai fait cette découverte douloureuse, et j'ai décidé de l'utiliser pour écrire. Mais pas une autobiographie. Parce que pour bien parler de soi il faut parler des autres. J'ai donc travaillé, à partir de cette montre de mon père, pour faire un roman lisible par tous. Parce que finalement, écrire, c'est transformer la douleur, l'émotion, les faits, les expériences, en quelque chose d'universel. Quand je dis transformer, je ne sous-entends pas dénaturer, mais construire. C'est pour cela que ce point de départ, la montre, sa découverte, je le fais vivre à la narratrice. Qui n'est pas moi mais qui est un peu moi.
Et comment se sent-on quand on termine un roman si personnel ?
C'est un livre d'apaisement, de paix. Je suis allée au bout. Trouver cette montre, écrire ce livre. Tout livre participe à construire son auteur, parce que écrire, c'est faire un travail sur soi. Tous les gens qui écrivent sont dans une quête de soi. Moi je passe par la fiction parce que c'est en cela que je crois, c'est elle qui parle le mieux de la vie, et même de l'Histoire. La fiction me permet de prendre une bonne distance avec moi-même, de construire quelque chose qui va devenir universel, de faire bouger. C'est dans la fiction que je suis plus proche de moi. Si je me raconte sous la forme d'une biographie, j'ai l'impression de paraphraser ma vie.
Pour un roman intitulé 'la Petite trotteuse', il est surprenant de trouver une trame si souple, un récit si peu chronologique. Comme parvenez-vous à prendre autant de libertés avec le rapport au temps sans que le lecteur ne se sente perdu ?
Il s'agit d'un roman sur le temps, les différents temps qui nous construisent, les chemins vers la lumière. J'ai d'ailleurs choisi de situer le roman sur les bords de Loire, pour leur lumière. La narratrice flotte dans différents temps. Car on est toujours en interaction entre différentes époques. Le présent est fluctuant, il y a toujours un peu du passé qui survient. Les temps résonnent les uns avec les autres, le présent est impalpable, toujours en mouvement. Et ma narratrice s'abandonne à cela. Dans ce tourbillon dans lequel elle flotte. À travers les maisons que son père a dessinées, elle entre en contact avec lui. Cet homme silencieux, mystérieux. Même s'il est mort tôt, une relation s'est entretenue entre eux dans le temps. Une relation à partir de celui qu'elle croit qu'il est. On se fait toujours une idée des autres. Mais qui sont vraiment les autres ? Il y a une part inaccessible dans chaque être. Une part de doute qu'il faut accepter pour se construire. On peut même dire que c'est elle-même qu'elle cherche à travers cette quête. La découverte de la montre la plonge dans la ruine, dans un chagrin qu'elle croit insurmontable. Mais elle se rend compte qu'elle a vécu.
Et c'est en visitant des maisons qu'elle prend conscience de cela ?
Oui, car les lieux sont très porteurs. Ils peuvent être les personnages à part entière. Un magazine littéraire a dit que la lumière et le temps étaient traités comme des personnages dans ce roman. Cela m'a fait plaisir. Il en est de même pour l'espace, je crois en la force des lieux. Dans 'La Petite trotteuse' ils ont une grande importance. La narratrice visite des maisons. Pas des maisons neuves car c'est dans des lieux qui portent les traces d'autres personnes qu'elle se libère de son propre décor et qu'elle arrive à surmonter l'émotion de la montre. C'est ce qui m'arrive quand je vais dans un lieu qui n'est pas le mien pour écrire. Tout à coup je trouve une disponibilité, une concentration que je trouve de façon moindre chez moi. La semaine dernière j'ai passé quatre jours dans un lieu neutre et j'ai réussi à mettre en place l'embryon de mon prochain roman. Car c'est en sortant, en allant aux devants de l'aventure que l'on arrive à se trouver. Mon prochain roman se consacrera d'ailleurs certainement à l'espace et au voyage, aux déplacements qui permettent de trouver notre vraie place dans le monde. Partir, c'est partir à sa propre quête.
Et la vôtre, de quête, est passée par l'écriture ?
La vie se construit par étapes, pour moi il y a eu la Seconde Guerre mondiale, celle qui m'a vu naître, puis l'Algérie, mai 1968, et aussi le rapport à mon père. J'ai longtemps rodé, dans mes romans, autour de la guerre, et mes derniers livres y ont pris racine. 'La Petite trotteuse' clos en quelque sorte un cycle sur cette guerre. Dans 'Un certain Felloni' (éditions Sabine Wespieser), j'ai écrit l'histoire d'un homme ordinaire qui part à vélo et se fait prendre dans une embuscade fasciste, et 'Victor Dojlida, une vie dans l'ombre' (éditions Agnès Viénot), celle d'un fils d'immigrés. Mes romans sont des récits dans lesquels l'Histoire et les événements traversent la vie d'un personnage.
Le contexte historique est donc très important dans vos romans. Mais dans 'La Petite Trotteuse', ce sont également les références théâtrales qui structurent le récit. C'est un domaine que vous aimez ?
La littérature est ce qui me lie au monde. C'est par là que je parviens à trouver ma place, à me situer. Mais le théâtre, c'est là que tout se dit, que tout se joue. Il a un sens politique, dans le bon sens du terme. Dans les textes classiques on retrouve les grandes questions, le sens de la vie. Dans le cinéma et la littérature, on trouve cela aussi, mais au théâtre il y a quelque chose de plus. Cela vient de la beauté du texte et surtout de la présence humaine, des gens qui sont sur scène et qui se mettent en danger. Quand je sors du théâtre, j'ai le sentiment d'être allée chercher de la nourriture. C'est pour cela que je vais au théâtre, pour trouver du sens.
Vous aimeriez écrire pour le théâtre ?
Je connais une comédienne qui a aimé mon roman et pour qui j'aimerais écrire un monologue, mais quand j'y pense l'envie me vient, et le trac aussi. Déjà au théâtre de la Colline, quand mon texte a été lu par Anne Alvaro, il était porté par une voix, par un comédien. Cela ajoute une émotion. Je ne sais pas si je suis prête à écrire pour être jouée. La présence humaine, la voix, cela me tétanise. J'écris pour un lecteur anonyme. Chacun lit avec ce qu'il est, avec son expérience, son passé. Alors parfois, les gens lisent des choses que je n'ai pas voulu écrire. Mais, je l'accepte très bien. Je le fais moi-même en tant que lectrice. C'est bien, parce que cela veut dire qu'un échange s'opère.
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15/02/2012 08h20 J affirme quand tant que lecteur averti il serait impardonnable de passer à côté de ce roman !
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