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16/03/2008 12h00 Pour l'écriture, il est entendu et tellement évident que l'envie l'emporte sur toute autre considération, qu'il n'est nul besoin de le répéter. Mais on écrit aussi pour des tas d'autres raisons, peut-être moins au rayon Littérature avec sa capitale entendue et convenue. J’envie la capacité dilettante et très confortable de Milena Agus. Une vie aux rayons loisirs. Porter à la connaissance des autres ses écrits est donc une corruption compétitive. Ecrire est donc une activité, non un métier puisque le fait d'en réclamer un dividende par le vecteur de l'édition est en soi incompréhensible ! Je rêve. Imagine-t-on un musicien de niveau professionnel ou un compositeur qui travaille son instrument, son harmonie, l’interprétation pendant des dizaines d'années pour ne jouer que pour lui ou devant une réunion de famille, une fois par an ? On ne peut donc exercer et travailler ses dispositions particulières et vouloir les partager en les portant à la connaissance des autres sans être suspect de je ne sais quelle vile intention ! Ayons donc l'air de ne pas avoir l'air tout en le souhaitant mais de façon, comment dirais-je, détachée, non pas snob, mais un rien détachée... Ceci posé, l'existence et la subsistance de l'écrivain est un sujet que l'on peut et doit aborder sans fausse pudeur, ni excuse, ni honte. Et puis, en quoi cela peut-il nuire à la démarche personnelle d'un artiste ou à son image ? Mais le débat est vaste et je vous ennuie ou je vous dérange déjà, je l'entends d'ici !
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INTERVIEW DE MILENA AGUS A demi-mot
Propos recueillis par Emilie Vitel pour Evene.fr,photos (c) Daniela Zedda - Mars 2008 - Le 11/03/2008
« INTERVIEW DE MILENA AGUS »
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Il y a un an à peine, Milena Agus faisait une entrée fracassante sur la scène littéraire française. Avec 'Battement d'ailes', elle confirme un talent tout aussi certain que personnel. Rencontre avec une artiste surprenante à bien des égards.
Si 'Battement d'ailes' n'est que son troisième roman, Milena Agus n'a rien d'une jeune première. Souriante et déterminée, elle semble accueillir son destin avec sérénité. Créatrice d'un univers singulier empreint de fantasme et de magie, l'écrivain n'hésite pas à brouiller les pistes pour mieux se préserver. Dans un nouveau portrait de femme aussi touchant que délicat, elle met une fois de plus en scène une héroïne en mal d'amour et considérée comme folle, dans le cadre somptueux et traditionnel de la Sardaigne. Choix ou coïncidence ? Difficile à dire… Car en dépit de son évidente réserve, Milena Agus semble étonnamment plus encline à nous éclairer sur son parcours personnel que sur le contenu de ses romans.
Malgré le succès de votre précédent roman, vous restez assez discrète. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur Milena Agus, ses goûts, son parcours... ?
J'écris surtout par plaisir, et plus encore par nécessité psychologique. Parce que l'écriture me permet d'exprimer toutes mes fantaisies, de partager toutes les imaginations qui me traversent. En ce qui concerne mon parcours d'auteur, j'écrivais donc essentiellement pour moi, mais sans aucune finalité de publication. Puis, dans un second temps assez récent, je me suis intéressée à une maison d'édition italienne, Nottetempo, que j'aimais beaucoup et qui semblait me correspondre. Et j'ai décidé de lui envoyer mon premier roman, 'Quand le requin dort' - un roman qui n'est d'ailleurs pas encore sorti en France. Je l'ai fait un peu comme on envoie une bouteille à la mer, avec légèreté. Pendant très longtemps, je n'ai pas eu de réponse, et d'ailleurs je n'en attendais pas. Et puis au bout de plusieurs mois, sept exactement, j'ai reçu un coup de téléphone qui m'annonçait que j'allais être publiée. Voilà quel a été le destin de mon premier livre. Mais je n'ai jamais vécu dans le désir essentiel ou même spasmodique d'être publiée. Je ne comprends pas ceux qui écrivent pour cela. Ecrire ressemble à d'autres activités, comme par exemple broder, escalader une montagne, faire du trekking ou de la voile. Je ne comprendrais pas que quelqu'un fasse de la voile juste pour la compétition. Il en fait avant tout pour son plaisir. Pour moi, c'est la même chose avec l'écriture.
Près d'un an après la sortie unanimement saluée de 'Mal de pierres', vous publiez un nouveau roman très attendu. N'êtes-vous pas trop anxieuse ?
Non. S'il plaît, je serais contente, mais je ne suis pas anxieuse. S'il est moins bien reçu, je me dirais que c'est dans l'ordre des choses, mais ça ne sera ni angoissant, ni dramatique. Je ne comprends pas ces artistes, écrivains ou autres, qui ont connu le succès et ne peuvent se résigner à ne plus le rencontrer à nouveau.
'Battement d'ailes' est une galerie de personnages atypiques. Avez-vous une tendresse particulière pour les originaux ?
Je m'intéresse beaucoup à la différence, aux gens différents, et j'aime écrire à leur propos. Mais par-dessus tout, j'aime que dans les livres, ces individus s'en sortent, qu'ils trouvent leur voie. Même si dans la vie, en réalité, ils sont le plus souvent perdants.
Le choix d'un narrateur n'est jamais anodin. Pourquoi avoir une nouvelle fois confié cette responsabilité à une enfant ?
Prendre pour narrateur une adolescente, ou une personne très jeune, permet de dire à peu près ce que l'on veut. On lui prête volontiers une certaine innocence, et ainsi elle peut tout se permettre. Tout ce qui est dit dans ce roman est excusé par la jeunesse de ma narratrice.
Le personnage de Madame a une vie intime débridée, voire même transgressive...
Madame donne son corps avec générosité et amour, à qui le veut bien, et donc forcément avec ingénuité. Mais je ne vois pas cela comme une pratique dégradante. Elle est essentiellement bonne. Elle me fait penser à une chanson du compositeur et interprète italien Fabrizio De Andre, 'Bocca di Rosa', que j'aime beaucoup. Elle raconte l'histoire d'une femme qui fait beaucoup l'amour, qui se donne comme ça, simplement. Je me suis inspirée de ce personnage sublimé pour construire celui de Madame. Elles ont en commun la générosité de soi.
Votre roman aborde des thèmes plus ou moins sensibles comme la marginalité, les relations entre hommes et femmes, la folie… Doit-on lui prêter une dimension psychanalytique ?
Je ne l'ai pas écrit dans ce sens, mais il y a sans doute une dimension psychanalytique. J'ai dédicacé ce livre à deux personnes, dont je me suis inspirée pour inventer mes personnages, et notamment celui du grand-père. Ce sont en fait deux psychanalystes. D'autre part, le monde de la psychiatrie est un univers qui m'intéresse beaucoup. Sans le faire exprès, je suis donc certainement revenue à cette source.
Votre récit porte les stigmates de la tradition, celle de la société sarde, matriarcale, où pèse le poids de la religion… Est-ce une donnée importante dans votre manière d'aborder l'écriture ?
Dans 'Mal de pierres', on retrouve à coup sûr le poids de cette société. Mais pour 'Battement d'ailes', c'est différent. Il s'agit d'un roman sarde, bien sûr, parce que c'est ma culture, et qu'elle y est prépondérante. C'est donc une donnée importante. Mais j'ai également voulu que ce soit une histoire qui puisse se dérouler dans n'importe quel endroit du monde, pourvu que ce soit un endroit particulier, à l'écart des métropoles et de la vie moderne. Il pourrait donc aussi bien se passer dans un petit village des Etats-Unis par exemple, ou de la côte irlandaise, française, africaine… Bref, un peu partout, à condition que ce soit un coin perdu et loin de tout.
L'histoire se termine ici assez brutalement. Est-il important, finalement, de définir la nature de ce battement d'ailes, ou est-ce à chacun de l'interpréter à sa façon ?
Dans ces battements d'ailes, on peut mettre tout ce que l'on veut. Ils peuvent relever de la fantaisie, ou être pris comme une vision du phénomène religieux. On peut simplement y voir une hallucination, ou encore une marque d'espoir. Mais c'est à chacun de les interpréter à sa façon. Pour moi, ils sont la combinaison de toutes ces possibilités.
Vous excellez dans l'art du portrait de femme. Y a-t-il derrière vos héroïnes un peu de vous, ou même beaucoup ?
Elles me ressemblent nécessairement, oui. Elles sont toujours très jolies, comme je voudrais l'être. Et ce sont des sentiments très proches des miens que je décris. Il n'y a rien de réellement autobiographique dans ces portraits-là, mais mes héroïnes sont la projection de ma vision du monde, de mes désirs, de mes envies.
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