INTERVIEW D'OLIVIER G. BOISCOMMUN Mains rêveuses
Propos recueillis par Mathieu Laviolette-Slanka pour Evene.fr - Octobre 2007 - Le 08/11/2007
Son coup de crayon tout en longueur, ses bouches pincées et ses tignasses à la Tim Burton sont reconnaissables entre tous. Après 'Halloween' et 'Le Livre de Jack', Oliviers G. Boiscommun fait avec sa série 'Pietrolino' une timide tentative vers le monde réel en s'inspirant du mime Marceau. Discret hommage.
Le milieu de la bande dessinée ne s'en remet pas : Olivier G. Boiscommun s'est défait de sa célèbre mèche au profit d'une coupe plus réglementaire. Cette transformation capillaire témoignerait-elle d'un changement en profondeur ? Il s'en défend, mais le doute demeure. Son dernier album, très ancré dans une réalité historique qu'il avait délaissée jusqu'alors, sort du lot des tendres fantasmagories auxquelles il avait habitué ses lecteurs jusqu'à ce jour.
Avec votre gueule de mannequin, vous ne correspondez pas vraiment à l'image que l'on se fait de l'auteur de bande dessinée ; quel est votre secret ?
Je n'aurais pas pu faire autre chose. Dès tout petit, j'avais envie de raconter des histoires, et comme je n'étais pas trop mauvais en dessin, je me suis dirigé vers la BD. Au début, c'était très abstrait, car je n'avais pas conscience que c'était un métier. Alors j'ai été ballotté entre la publicité, l'illustration, le stylisme...
Pour finalement vous découvrir un style tout à fait particulier…
C'est difficile de définir son style. J'imagine qu'il dépend des possibilités de chacun. Je perfectionne encore mon coup de crayon ! Au début, j'ai fait ce que j'ai pu avec ce que j'avais et ce que je savais. Résultat : beaucoup d'erreurs et de tics qui limitaient mes possibilités. Je crois que le vrai style vient en se construisant sur des faiblesses et des manques qui définissent une certaine manière de faire. Je n'ai jamais voulu copier quelqu'un d'autre, comme ça peut se voir aujourd'hui. Je m'inspire évidemment d'Uderzo, de Bilal, de Loisel en passant par Manara et Bourgeon, tous les grands classiques. Mais c'est dommage de me limiter en donnant des noms d'auteurs et de bouquins, car ce n'est pas ma source principale. Je me nourris tout autant du cinéma, des séries TV, d'un visage croisé dans la rue ou d'une lumière qui transperce un nuage… Tout ce que je peux voir et qui me touche.
Toujours en décalage, vous dessinez rarement des personnages correspondant aux canons esthétiques attendus. Notamment ce Pietrolino, image du mime Marceau, un modèle pour le moins surprenant.
(c) Les Humanoïdes associés Le pantomime est un personnage extraordinaire ! Marcel Marceau parlait de "la capacité du mime à matérialiser l'irréel". Tout le monde n'a pas la capacité de faire apparaître un fond sous-marin rien qu'avec ses mains ! Ce n'est peut-être pas le héros musclé comme on peut en voir dans les films de Schwarzenegger, mais pour moi c'est un personnage doté d'une force de vie extraordinaire, qui parvient à surmonter pas mal d'événements tragiques. Ce n'est pas un surhomme, mais il mérite que l'on raconte son histoire. Ce qui m'intéresse, ce sont les failles, les fragilités, l'acceptation de ces fragilités. Se voiler la face ne permet jamais de se construire. J'en parle dans 'Halloween'. 'L'Histoire de Joe' est écrite elle aussi sur ce thème-là : l'acceptation de pulsions animales, la prise de conscience d'être régi par des élans que l'on ne comprend pas toujours quand on est enfant et que l'on apprend petit à petit à découvrir, à accepter et à contrôler.
Justement, 'Halloween' et vos autres albums étaient écrits sur une base fantastique. 'Pietrolino' reste très ancré dans le réel ; avez-vous abandonné ce courant onirique qui vous caractérisait ?
C'est un hasard. L'histoire de Pietrolino, c'est Alexandro Jodorowski qui l'avait initialement écrite il y a dix ans de cela pour le mime Marceau. Il s'est volontairement inspiré d'un univers réaliste, parce qu'historique - la Seconde Guerre mondiale - mais ce qui l'intéressait plus, c'était de l'inscrire dans un univers dur, en opposition avec la magie du mime, ce côté romantique et poétique que peut véhiculer un tel personnage. Et cette opposition en révèle encore plus les extrémités. Ce thème m'a beaucoup intéressé, car utiliser ce genre de contraste pour mettre en valeur les choses est une démarche que j'ai souvent eue. C'est vrai que cet album peut sembler moins onirique que mes précédents, mais la deuxième partie de la série, qui sortira en novembre 2008, va peut-être révéler certaines choses dans ce sens. A chacun d'en faire sa propre interprétation.
Le hasard des rencontres, que ce soit celles des auteurs ou celles de personnages, est le moteur principal de cette série !
(c) Les Humanoïdes associés L'idée du hasard ne me tracasse pas trop, mais c'est un thème que j'aime bien : le destin, les coïncidences, est-ce que les choses sont écrites ? Certaines anecdotes dans cette aventure sont étonnantes : le fait que l'histoire ait été écrite dix ans auparavant pour le mime Marceau, le fait que je me sois inspiré de ce même Marceau pour donner vie au personnage du frère dans 'Halloween' et de le retrouver là à l'origine de ce projet… Voilà quelques détails un peu magiques qui semblent planer sur la conception de cet album.
On pourrait même aller plus loin : les oppositions de sentiments comme l'amour, la passion, l'amitié sincère et durable avec le contexte dur de la guerre et de la tragédie à laquelle les personnages sont confrontés sont autant d'éléments récurrents dans mon travail et que j'ai utilisés. L'histoire était écrite pour moi bien plus que pour Marcel Marceau.
Peut-on alors parler de tournant dans votre oeuvre ?
C'est plutôt une continuité. Un album cohérent avec tout ce que j'ai déjà fait et tout ce que je ferai. Je n'ai pas le sentiment de provoquer volontairement le destin choisissant de m'éloigner de ce que j'ai pu faire, alors qu'en même temps je vais dans les directions de mes envies ou du hasard… Je ne sais pas si c'est réfléchi.
Jodorowski a toujours été très engagé dans ses albums. Vous, non. Comment avez-vous pu concilier vos deux univers ?
(c) Olivier G. Boiscommun Jusqu'à présent je n'ai pas souhaité utiliser le ressort de la bande dessinée militante, mais je n'en pense pas moins. Faire rêver les gens, les transporter, voilà ce qui me motive. Mais ma conscience politique et mon engagement humain ne me poussent pas forcément à vouer mon travail à ça. Et puis je pense que ça transpire dans ce que j'écris. En me lisant, on arrive assez bien à définir ce qui m'anime et ce que je suis, ce qui m'intéresse et ce qui me captive moins.
Ne seriez-vous pas un grand rêveur, un peu comme un certain Tim Burton ?
J'adhère totalement à tout ce qu'a fait Tim Burton, ou presque ! On nous compare souvent, mais encore une fois ce n'est pas une source d'inspiration. Comme lui, j'ai une vision plus globale de la société car je m'attaque à l'homme dans ce qu'il a de plus intime. Beaucoup de solutions pourraient être trouvées en s'intéressant à l'origine, à la source du problème, à ce que les hommes sont en profondeur plutôt qu'à ce qu'ils veulent paraître. Je ne suis pas sûr de croire encore à la politique : aucun homme ou femme ne m'a donné envie d'y croire. Le pouvoir corrompt et j'ai toujours vu des politiques corrompus. Je veux rester indépendant.
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Olivier G. Boiscommun
Scénariste et illustrateur de BD françaisNé à Neuilly-sur-Seine Né le 19 Mars 1971Créateur d’un univers onirique qui n’appartient qu’à lui, Olivier G. Boiscommun a marqué la bande dessinée par ses personnages inspirés des légendes. Enfant, il s’évade à travers ses...
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30/05/2012 06h14 Moi qui n'aime pas lire , j'ai du lire ce livre dans le cadre du cours de français en 4e année secondaire . J'avais le choix...
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