INTERVIEW DE WESLEY STACE L'écrivain folk
Propos recueillis par Hubert Artus, merci à Dana Burlac pour la traduction en Français des propos de Wesley Stace. - Le 17/02/2011
Wesley Stace a vu le jour en octobre 1965 dans le Sussex. Plus tard, étudiant à Cambridge et guitariste, il décide de prendre pour nom de scène le titre du huitième album de Bob Dylan : John Wesley Harding. Citoyen anglais émigré aux Etats-Unis depuis 1991, Harding a sorti treize albums de folk, et Stace a publié trois roman historiques, d'inspiration gothique. Rencontre.
Le dernier roman de Wesley Stace publié en France débute par la fin, celle de Charles Jessold en l'occurrence. Par suicide. L'homme aurait empoisonné son épouse et l'amant de celle-ci avant de se donner la mort, laissant son jeune fils orphelin. Un événement tragique survenu le 23 juin 1923 à Londres, juste après la générale de son opéra : 'Le Petit Musgrave'. Dans le livret, comme par coïncidence, il est question d'un homme qui tue son épouse et son amant… Pas de mystère pour la police, Jessold est coupable. Trente ans plus tard, devenue sujet de haine nationale, l'œuvre du coupable est revisitée par une nouvelle génération de compositeurs. Qui mettent en lumière les relations exécrables entre Jessold et un sombre critique musical, Leslie Shepherd. Et Stace de revisiter les débuts de la musique baroque dans l'Angleterre post-victoirienne. Après 'L'Infortunée', l'histoire d'un garçon habillé et élevé comme une fille, après 'Les Garçons', récit dans les coulisses du théâtre, le romancier-songwriter offre ici son roman le plus brillant. Véritable « whodunit » au suspense fort réussi, 'Charles Jessold, meurtrier présumé' est aussi un roman sur la création lyrique et sur les relations artistes-journalistes.
Quels rapports le rocker que vous êtes entretient-il avec l'art lyrique ?
Ma mère était chanteuse lyrique, elle interprétait des Lied allemands, et même un opéra, 'Didon et Enée' de Purcell. Elle est aujourd'hui professeur de chant. Ainsi ai-je grandi avec des voix qui s'élevaient, venues de l'étage en dessous. Toute ma jeunesse j'ai entendu ça, et je m'en suis imprégné. Pour le reste, n'y connaissant pas grand-chose en musique classique, j'ai fait beaucoup de recherches afin que mon personnage de Shepherd, le critique, ne soit pas juste une machine à débiter des informations, mais qu'il soit réaliste et connaisseur. Cependant, j'ai tenu à en faire un critique arrivé là par hasard, un type à qui son chef a dit un jour : « Tiens, tu vas t'occuper de la musique ». Dans mon livre, on est au début de la critique musicale, et Shepherd est un « gentleman critique ».
Par ailleurs, pour ceux qui connaissent vraiment le rock, il est aisé de se retrouver dans la musique baroque de Purcell ou de Haendel : le rythme et les partitions sont assez similaires. Par exemple, la base sol-do-ré est souvent la même. Ces deux musiques ont la même base rythmique, les mêmes sonorités,. C'est aussi pour cela que mes textes et mon folk, un peu sombres, sont en écho avec l'univers de ce roman. Et de mes romans, en général.
Comme dans votre précédent roman, 'Les Garçons', il y a un jeu de correspondances entre les personnages et leurs créations…
Effectivement, la relation entre Shepherd et Jessold est la même que les personnages de Gesualdo et de Lord Barnam dans 'Le petit Musgrave' de Jessold lui-même ! Je ne peux en dire plus ici… Chacun voit ce qu'il veut voir. Au départ, 'Le Petit Musgrave', c'est une chanson folk anglaise traditionnelle. Et dans la chanson, qui inspira Carlo Gesualdo pour en faire un opéra, il y avait déjà des similitudes avec sa propre vie… Tout ça n'est que correspondances, et c'est précisément ce que je trouve intellectuellement stimulant. D'autant que ce livre parle aussi des dangers de la « critique biographique » : spécialement en rock, les critiques cherchent toujours à établir des liens entre le texte ou la chanson d'un artiste et sa vie personnelle (drogue, divorce, etc).
Vous situez l'intrigue à un moment précis de l'Histoire…
Oui, je voulais aussi traiter cette phase de l'Histoire de l'Angleterre où le pays s'apprête à s'opposer au nazisme, puis à entrer en guerre contre l'Allemagne. Une période de tensions nationalistes en Europe. C'est également une période bien déterminée de l'Histoire de la musique, où l'opéra devient plus baroque.
Vous écrivez et chantez des textes folk. Un genre musical narratif, où l'on raconte des histoires. Votre envie de romans venait-elle de là ?
C'est vrai, le rock et le folk racontent des histoires. C'est d'ailleurs bien pour cela que lorsque les rockers écrivent leurs mémoires, elles relèvent parfois de la fiction (Patti Smith, Keith Richards récemment) ! Le folk avait plusieurs fonctions : répandre les nouvelles, divertir, et raconter des histoires, des ballades. C'est pourquoi j'ai mis un baladin dans 'L'Infortunée', il y avait un esprit vaudeville dans 'Les Garçons', et qu'il y a 'Little Musgrave' ici. Raconter des histoires à partir de la musique, voilà ce que je veux faire…
Pouvez-vous nous parler de votre discographie, mal connue en France ?
Je suis un songwriter classique, plutôt dans une chaîne qui va de Dylan à Brassens en passant par Gainsbourg ou Françoise Hardy. Beaucoup de mes références sont françaises, ça devrait plaire ! En France, je suis peu distribué. En 1999, j'avais joué à la Cigale avec John Hiatt. Pour le moment, je joue et suis connu aux Etats-Unis, en Angleterre et au Japon. J'ai joué avec Bruce Springsteen et Joan Baez, on trouve un de mes morceaux sur la B.O. du film 'High Fidelity' de Stephen Frears, j'ai publié treize albums plus quelques autoproduits'. Je viens de finir un disque qui sortira aux USA en septembre prochain.
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