INTERVIEW DE ZOYA PIRZAD Fenêtre sur l’Iran
Propos recueillis par Ariane Naziri pour Evene.fr - Août 2007 - Le 29/08/2007
Après le succès de ‘Comme tous les après-midi’, recueil de nouvelles paru en janvier 2007, Zoyâ Pirzâd revient avec un roman, ‘On s’y fera’ qui, par sa poésie et son réalisme, confirme le talent de l’écrivain iranienne.
Dans ‘On s’y fera’, Zoyâ Pirzâd reste fidèle aux thèmes qui lui sont chers, la vie quotidienne en Iran, les histoires de coeur et les conflits sociaux. A travers l’histoire d’Arezou, l’héroïne du roman, elle dresse avec tendresse et simplicité le portrait d’un Iran moderne où, malgré les évidentes tensions politiques, la vie est la même que partout dans le monde.
La culture française est très présente dans votre roman. Qu’est-ce que la France représente pour vous, et pour les jeunes Iraniens en général ?
Pour moi, la France réunit tous les éléments qui enrichissent la culture d’un pays. Mais je ne peux pas me prononcer sur l’opinion “générale” des jeunes Iraniens sur la France. Tout ce que je peux dire par contre c’est que, selon mes propres observations, comme partout dans le monde, avec internet et le satellite, la langue anglaise et la culture américaine sont très présentes dans la vie des jeunes Iraniens.
Arezou est séparée entre son passé, son présent, et elle doit prendre une décision importante concernant son avenir. Dans quelle mesure nos actions passées influencent-elles nos futurs projets ?
Je ne suis pas bien placée pour répondre à cette question. Ce que je peux dire à propos d’Arezou, la protagoniste de mon roman, c’est que c’est une survivante. Elle a été suffisamment courageuse et ‘moderne’ dans son passé pour oublier un instant les traditions et demander le divorce. Devenue quadragénaire, elle fait tout pour que sa mère et sa fille aient la meilleure vie possible. Elle n’a pas l’habitude de s’occuper d’elle-même et se dévoue à sa famille, qui considère tous ses efforts comme acquis. Dans le livre, elle en arrive à un point où elle ne peut plus tout assumer, ce système de vie ne fonctionne plus et personne n’en est satisfait. C’est en rencontrant Sohrab qu’elle se rend compte qu’elle avait négligé ses propres besoins et ses sentiments. Elle est prête à faire à nouveau des changements. Il y a une crise qui soulève de nouvelles perspectives. Elle se demande alors si elle doit continuer à vivre sa vie telle qu’elle la vit et conserver ses habitudes où choisir une vie différente sans se préoccuper de l’opinion des autres sur elle, sachant qu’elle finira par s’y habituer, d’où le titre du livre : ‘On s’y fera’. Personnellement, je dirais que le passé influence notre présent et notre présent, notre futur.
Le monde que vous décrivez est très réaliste. Où puisez-vous votre inspiration ?
Les relations et les conflits entre les personnages viennent de ce que j’observe dans la vie de tous les jours, et je laisse mon imagination construire les situations.
A qui s’adresse votre livre ?
J’espère que mes lecteurs sont des personnes qui s’intéressent aux relations humaines et aux conflits familiaux et sentimentaux, des personnes qui apprécient les histoires “vraies” et ont le sens de l’humour.
Selon vous, est-ce que vos livres sont perçus différemment en Iran et en Europe ?
Si l’on parle des thèmes de base, comme les différents types de relations humaines, je ne pense pas qu’il y ait une perception de mes livres différente selon le pays. Mais sur les aspects spécifiquement sociaux et culturels, comme les caractéristiques de la vie quotidienne en Iran, je pense que les lecteurs iraniens se reconnaîtront dans des faits actuels et réels, tandis que les lecteurs européens découvriront un endroit où les dynamiques socioculturelles ne leur sont pas forcément familières.
Dans votre livre, les personnages doivent concilier tradition et modernité. En Iran, comment les gens jonglent-ils avec leur attachement aux valeurs anciennes et leur soif de modernité ?
C’est une question très complexe. En Iran, il y a plusieurs couches de traditions et de modernité dans la vie des gens. La distinction entre un mode de vie traditionnel et un mode de vie moderne n’est pas si évidente. Dans ‘On s’y fera’, la famille et les amis de la protagoniste sont plutôt modernes. D’autres sont plus conservateurs. Mais chacun possède un peu des deux types de vie dans son quotidien. La nouvelle génération aussi est confrontée à ces différences, à la fois le style de vie moderne et traditionnel, on les appelle les ‘enfants de la révolution’. La façon dont ils pensent et dont ils parlent est typiquement iranienne, mais il y a aussi des aspects internationaux dans leur façon de vivre. Une partie d’entre eux appartiennent à la génération internet, comme partout dans le monde. Je pense qu’il y a des situations similaires dans tous les pays qui doivent gérer tradition et modernité.
Vous faites souvent référence aux vieux bâtiments qui sont détruits, et à l’indifférence de la jeune génération par rapport au patrimoine iranien. Que reste-t-il de la culture persane en Iran ?
Je ne peux pas être le porte-parole de toute la nouvelle génération iranienne. Mais il y a des jeunes Iraniens pour qui le patrimoine compte beaucoup. Cependant, quand on est jeune, on ne s’intéresse pas beaucoup au passé. On doit atteindre un certain âge pour vraiment apprécier le passé. Je pense vraiment que l’attitude des gens, jeunes ou vieux, concernant le patrimoine est la même en Iran et partout dans le monde. Quant à la culture persane, je suis heureuse de dire qu’elle ne peut pas être effacée aussi facilement, même après des décennies. Les nazis ont-ils détruit la culture française ? Le gouvernement français a-t-il anéanti la culture algérienne ? La culture est imprégnée dans chaque parcelle de nos vies, parfois cachée mais toujours vivante, et bien présente.
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30/05/2012 06h14 Moi qui n'aime pas lire , j'ai du lire ce livre dans le cadre du cours de français en 4e année secondaire . J'avais le choix...
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