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INTERVIEW DE MANIL SURI Epopée indienne

Propos recueillis par Aurélie Louchart pour Evene.fr - Février 2009 - Le 25/02/2009

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INTERVIEW DE MANIL SURI

Sept ans après la parution de 'La Mort de Vishnu', Manil Suri revient avec 'Mother India'. Un roman épique où l'histoire de l'Inde sert de toile de fond à celle, plus modeste mais non moins intéressante, de Mira, une héroïne surprenante.

L'épopée indienne évoque le cinéma Bollywood : le kitsch, les danses et les histoires riches en rebondissements prévisibles ou farfelus. L'épopée indienne de Manil Suri est d'un tout autre genre. Elle entraîne le lecteur dans une histoire loin de la superficialité et du clinquant. Au fil des pages, on découvre l'Inde véritable et ses multiples facettes. Celle des intellectuels progressistes comme des classes populaires, celle d'hommes et de femmes impliqués, consciemment ou non, dans la marche de l'histoire de leur pays. 'Mother India' est un voyage au coeur de trois décennies de la vie d'une nation mais, surtout, de celle d'une femme. Une femme pleine d'imperfections dépeintes avec un réalisme déconcertant par Manil Suri.

Pensiez-vous à un lectorat indien ou international lorsque vous avez écrit ce livre ?

Pour le premier roman, j'envoyais des passages à ma mère. Elle les lisait, les commentait et ensuite je commençais le chapitre suivant. C'était elle mon public. Pour celui-là, j'avais plein de gens en tête. Des gens que j'avais rencontrés en Inde, aux Etats-Unis… C'était mon public. Ils me disaient ce dont ils avaient envie : retrouver les personnages du premier roman ou plus de traits d'humour... J'ai dû prendre de la distance par rapport à tout ça. Je me suis dit que j'écrivais pour moi. Inconsciemment, je pensais donc à un public indien.

Sachant que vous écriviez plutôt pour des Indiens, pourquoi expliquer tant de choses sur la culture indienne dans votre roman ?

C'est surprenant mais énormément d'Indiens ne connaissent pas ce que je raconte dans le livre. La culture du nord de l'Inde est très différente de celle du sud. Par exemple, il y a cette fête, Karva Chauth, dont je parle dans le livre, et que seuls les Punjabis font. Chaque endroit a sa façon de faire. L'hindouisme n'est pas "une" religion, elle est multiple, comme l'Inde. Même des histoires aussi connues que celles de Ganesh et Parvati ont des variantes très différentes selon les régions. Il n'y a pas un livre auquel on peut se référer pour savoir quelle version est la bonne. Et puis, dans le christianisme, les gens vont au catéchisme, ils apprennent les fondements de leur religion. Un hindou pratiquant a rarement appris la signification qu'il y a derrière les rituels. Donc tous ces détails que je donne dans le roman sont inconnus à la majeure partie du lectorat indien.

La culture indienne, surtout du côté du cinéma, est très marquée par le style épique. Vous tourner vers ce genre vous semblait naturel ?

Il y a des épopées dans la littérature indienne mais je n'ai pas vraiment été influencé par ça. Mon premier livre était très différent. Ca se passait dans un immeuble, en 24 heures, avec de multiples points de vue. J'essayais simplement d'écrire complètement autre chose. Je me suis dit : "Le premier était sur 24 heures ? Faisons ça, sur trois décennies !" Pareil pour le lieu. Le premier se déroulait dans un immeuble, alors, pour le second, j'ai fait traverser tout le pays à mes personnages.

Vous dépeignez une héroïne dominée par les hommes mais en partie responsable de sa situation. Souligner cette complexité était important pour vous ?

Ce n'est qu'un des aspects du livre mais j'ai en effet voulu montrer que, quoi qu'il arrive, les gens ont toujours leur libre arbitre. Dans les romans, quand il y une femme pauvre, en général, elle n'a pas de contrôle sur sa situation. Les hommes sont méchants, violents avec elle, mais elle reste noble et, à la fin, elle triomphe. Je ne voulais pas de ce genre d'histoire. Je voulais un personnage de chair et de sang, quelqu'un qui aurait pu faire les choses différemment. Mira fait beaucoup d'erreurs mais son évolution m'intéresse plus que son triomphe. L'intrigue se passe au milieu des années 1950. A cette époque, l'idée d'une femme indépendante était nouvelle. Il y avait des pressions contradictoires. Plus on connaît la situation des femmes à cette époque, plus les choix de Mira prennent sens.

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