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INTERVIEW DE MARIE-ANGE GUILLAUME Une femme, des hommes

Propos recueillis par Marylène Khouri pour Evene.fr - Août 2006 - Le 23/08/2006

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INTERVIEW DE MARIE-ANGE GUILLAUME

La rentrée littéraire, c'est aussi des rééditions. L'occasion de redécouvrir des auteurs reconnus par leurs pairs mais pas toujours par le grand public. Or, ce dernier aurait tort de se priver de la plume légère de Marie-Ange Guillaume.

Quarante cigarettes par jour, soixante-neuf hommes (mais elle n'a pas fait exprès), cinq ans à Cosmopolitan... D'accord, définir Marie-Ange Guillaume par des chiffres, c'est stupide. Mais tenter de la définir tout court n'est pas chose aisée : on aurait tort de la réduire à cette caricature de femme libérée. La réédition de 'Ils s'en allaient faire des enfants ailleurs' nous donne l'occasion d'aborder des sujets cruciaux pour elle comme pour moi : l'amour, les hommes, la littérature et les hommes.

Marie-Ange, pouvez-vous nous retracer votre parcours ?

Quand j'ai démarré, j'étais chez Dargaud : quatre ans à la rédaction de Pilote, puis j'ai gentiment été licenciée par Goscinny. C'était mon souhait. D'ailleurs, j'ai écrit deux livres sur lui. Je croyais que c'était ça le journalisme, j'étais complètement libre, j'avais mes deux pages par mois... Mais je ne m'en sortais pas comme pigiste. J'ai rencontré Gérard Lauzier, qui avait ce scénario de quinze pages : il me l'a donné, j'en ai fait un roman de 450 pages, 'Le Voleur de dentelles'. Mais avec un tel matériau, on aurait pu en faire 800 ou 900 ! Puis j'ai été pigiste chez Libération, Le Monde de la musique, 20 ans... Pendant quinze ans, j'ai fait un peu de tout, de la chanson, de la bande dessinée. J'ai aussi été cinq ans chez Cosmopolitan, entre 1999 et 2004. Je m'entendais très bien avec la rédactrice en chef de l'époque, Anne Chabrol. J'avais des sujets humeur. Mais bon, au bout de cinq ans, on fait le tour...

La question obligatoire : y a-t-il une part autobiographique dans ce recueil ?

(Rires) Enorme. En effet, la question qui tue ! Il y a toujours un mélange de témoignages de copines et d'inventions... Mais la plupart du temps, c'est de l'expérience personnelle.

Il y a cet homme de la page 70 auprès de qui vous semblez avoir trouvé le bonheur...

L'homme de la page 70, c'est juste un clin d'oeil car il est très important, on est resté amis quelque temps... Je rappelle que c'est une réédition, le livre date de 1988.

Votre personnage, c'est-à-dire vous finalement, vous le voyez comme une collectionneuse ou comme une fleur bleue idéaliste?

Non, pas une collectionneuse. Pour collectionner, il faut de l'enthousiasme, de l'optimisme. Fleur bleue, non plus. Affamée plutôt. Je n'existais pas sans que quelqu'un ne m'aime. Je tombais amoureuse toutes les deux minutes. Pour collectionner, il faut maîtriser les choses, moi je ne maîtrisais rien du tout ! C'est avec le recul que je me suis rendu compte de l'ampleur du désastre ! Mais il ne faut pas limiter ce livre uniquement à cet aspect... Il y a aussi des choses sur l'enfance. Dans le roman, l'histoire de la queue de Mickey décrit une fille déjà bien empotée et qui s'ennuie dès qu'elle est seule.

On sent une filiation de votre texte avec les récits type 'Bridget Jones'. Les déboires des femmes indépendantes sont sources de création...

'Bridget Jones', vous trouvez vraiment ? Ce n'est pas vraiment le but. Ce type d'histoire ne connaît pas d'époques. Mais les hommes m'inspirent, ça oui. Vous savez, je n'ai jamais été une beauté extraordinaire mais quand on les veut vraiment, on les a. Il faut s'y intéresser, les admirer, les écouter... Un peu sincèrement quand même ! (Rires) Mais les temps ont changé. Désormais, ils sont plus méfiants. On tombe toujours sur des hommes libres ou qui n'ont pas envie de se mettre en ménage. Les autres... on ne les voit jamais ! (Rires) Mais je pense qu'au fond, je ne voulais pas rester avec quelqu'un. Je ne voulais pas m'attacher, ni avoir des enfants. Si j'en avais vraiment voulus, je pense que j'en aurais faits.

Bon, d'accord, pas Bridget Jones... Plutôt 'Sex and the City', alors. Vous pensez que c'est l'indépendance féminine qui crée ces expériences, ce type de récit ?

Ah oui, 'Sex and the City', j'aime bien... En tout cas, je ne pense pas que ce soit une histoire de génération. Quand 'Ils s'en allaient faire des enfants ailleurs' est sorti, je l'ai fait lire à ma mère et à ses copines, qui sont complètement monogames et qui ont dans les 70 ans. Elles se retrouvaient quand même. Il y a des choses communes aux époques... et aux hommes !

J'ai une amie qui ressemble à votre personnage... Avez-vous des conseils à lui donner ?

Dites lui : pas de panique ! Il faut apprendre à vivre seule, à savoir être seule. Se caser à 23 ans, divorcer à 28, quelle tristesse ! Comment peut-on passer toute une vie avec une même personne ? Le prince charmant éternel a fait trop de mal, c'est un concept poussiéreux. Je ne suis pas une adepte du mariage. Un proverbe dit : "Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait." La vieillesse apporte la confiance. On gagne beaucoup en vieillissant. Je suis beaucoup mieux à 60 ans qu'à 20 ans, ça c'est sûr ! Et puis on perd un temps fou avec l'obsession physique.

Vous écrivez des romans jeunesse. Comment passe-t-on de 'Comment chasser un monstre' à 'Ils s'en allaient faire des enfants ailleurs' ?

Mon premier livre pour enfants est venu par un copain graphiste, qui était au Seuil et qui est allé au Panama. J'y faisais des dossiers de presse. C'est lui qui m'a orienté vers ça. Ca s'appelait 'Sacré Raoul' et ça m'a valu un prix en Nouvelle-Calédonie. Ca m'a embêté de partir, je déteste partir, j'ai l'impression que tout ce que j'aime va mourir... Non, décidément, je préfère rester à Paris.

J'ai lu que Daniel Pennac se plaignait que vous n'écriviez pas assez. Alors je vous pose la question : pourquoi pas plus ?

Excellente question... Mais je n'écris pas que des romans. J'écris aussi des dialogues de dessins animés, comme 'Agrippine', et puis d'autres choses. Maintenant, pour les romans, j'ai deux problèmes. Un, je n'ai rien à dire. Deux, je suis tellement angoissée à mes débuts que je les retarde au maximum. C'est très dur pour moi de commencer un roman. Il y en a qui ont du mal à finir, moi, c'est de les commencer.

Il y a 682 romans en cette rentrée littéraire. Qu'est-ce que ce chiffre vous inspire ?

C'est beaucoup trop ! Allez, je vais peut-être en lire un ou deux... Mais je n'aime plus les romans. Je préfère les nouvelles. Avec un roman, l'écrivain se prend pour Dieu, invente tout un univers... Ca m'ennuie très vite. Avec les nouvelles, on s'attaque à des choses plus fragiles, plus délicates. Vous connaissez 'Tout est illuminé' de Jonathan Safran Foer ? Ca, par contre, c'est un roman magnifique. Ce qui m'intéresse, c'est l'écriture. Ce sont les classiques de la Série noire qui m'ont donné envie d'écrire. Maintenant, ce que je préfère, ce sont les séries télévisées : 'The Practice', 'Six Feet Under', 'La Maison Blanche', 'Desperate Housewives'...

Vous écrivez en ce moment ?

Oui, j'écris mon nouveau bouquin. J'en suis encore à ses débuts. J'ai des bouts de tas de choses qui se battent en duel. J'attends l'étincelle en jouant à des jeux sur ordinateur. Mais des vrais jeux, hein ! Du Backgammon par exemple...

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