mardi 09 février

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Trois p’tites cases et puis s’en va

INTERVIEW DE NIX


Elégant, sobre, les cheveux poivre et sel, l’air sérieux derrière ses lunettes propres, Nix s’avance, un brin séducteur. Ce serait lui, le père des deux irresponsables Kinky et Cosy ? Eh bien oui. Une bière et quelques phrases plus tard, on découvre un auteur attachant, déconneur certes, mais très professionnel quand il s’agit de faire rire les autres en trois cases. Sans parler de ses talents de renommée internationale dans le dessin animé...


Le premier de vos albums a été traduit en français. Résultat : un très beau début d’année 2006 symbolisé par une nomination à Angoulême et votre présence à ce Salon du Livre. L’ascension est rapide !

L’ascension, comme Jésus… (Rires). C’est vrai que ça marche pas mal. Angoulême notamment, même si ce n’est pas totalement lié à 'Kinky et Cosy’, était une expérience extraordinaire : on nous a permis de faire tout ce qu’on voulait faire, toutes les idioties qu’on voulait ! Au début c’était un peu vide, et puis, à la fin, grâce au bouche-à-oreille, c’était la folie, tout le monde venait. Et je remarque que c’est la même chose avec mon album.


Comment en êtes-vous venu à la bande dessinée ?

En Hollande j’en suis déjà au troisième tome qui regroupe les aventures de ‘Kinky et Cosy’, qui paraissent là-bas dans un journal. Depuis tout petit j’ai toujours dessiné, c’était un réflexe. Peut-être que c’était un handicap… Je ne sais rien faire d’autre. J’ai bien essayé de devenir ingénieur civil, j’ai même eu mon diplôme. Mais je suis retourné à la BD, j’étais fait pour ça.


On ressent une influence américaine dans vos travaux, c’est le cas ?

On me dit très souvent ça. Je pense que la culture flamande est déjà pas mal influencée par la culture anglo-saxonne. C’est presque inconscient. On me rapproche souvent de ‘South Park’, mais si l’on regarde, les gens qui font cette série ont le même âge que moi. Par contre, nous avons sûrement été influencés par les mêmes choses à l’âge de 14 ans, ça oui. Nous avons tous les deux regardé les Monty Python

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C’est aussi dû au format : la BD franco-belge préfère habituellement les gags d’une page, vous vous faites des strips de trois cases, c’est très américain.

Trois cases, c’est parfait pour l’humour. Les vieux auteurs qui utilisaient la page, souvent, on avait deviné la gag à la moitié de la case. Il avançaient lentement vers la chute, c’est finalement du remplissage, ça ne sert à rien de trop expliquer ta blague. En simplifiant ça au maximum, sur trois cases, il est impossible de deviner la chute et l’humour n’en est que plus efficace. Trois cases, c’est comme une gifle.


Ca vous a peut-être aussi été imposé puisque vous publiez dans un journal ?

C’est sûr que c’est plus facile de passer dans le journal : ça prend moins de place. Pendant deux ans, j’y passais quotidiennement. Impossible de ne pas avoir d’idée. Si tu n’as pas d’idée, n’avoue pas, camoufle ! C’est un travail incroyable, il faut toujours être à fond. Désormais c’est hebdomadaire, c’est mieux. Sauf pour le scénario : si on te lit chaque jour tu peux continuer dans la même veine tous les jours, par contre sur une semaine les gens ne se rappellent plus de l’histoire de la semaine passée. Si je me mets à résumer l’intrigue dans la première case, il ne m’en reste plus que deux !


Vous avez un humour assez insolent, parfois grossier ? Vous vous adressez à un public adulte ?

Je ne trouve pas que ce soit adulte. Juste parce que ça parle parfois d’un vibromasseur… Une fois sur cent blagues, oui. Je n’utilise la vulgarité que quand j’ai une bonne blague qui le demande, ce n’est pas un but. S’il faut être doux et mignon pour faire un gag, je sais le faire aussi. Les quelques marques de vulgarité sont là pour ne pas que le lecteur ne s’endorme ! J’aime alterner le histoires douces et les histoires plus adultes, comme ça elles se mettent mutuellement en valeur. Histoires pour adultes, c’est ce que Le Lombard [l’éditeur de l’album] a envie d’afficher, mais ce n’est pas vrai. Par exemple, il y a peu de temps, un gamin de 11 ans est venu avec sa mère pour acheter mon bouquin, il l’a adoré ; et plus tard c’est une mère d’une trentaine d’années qui est venue avec ses enfants, mais cette fois l’album était pour elle. C’est ce genre de choses qui me fait plaisir. Au final, je ne pense pas au public, je fais d’abord ce qui me fait rire moi. Comme je suis à moitié un enfant… Et puis il ne faut pas sous-estimer les enfants : à onze ans, un gamin d’aujourd’hui en a déjà vu beaucoup !


Comment sont nés les personnages de Kinky et Cosy ? Vous avez deux filles jumelles ?

J’ai une fille, elle est schizophrène… Non, c’est faux. Peut-être est-ce parce que je suis gémeaux ? J’étais aussi le seul fils entre deux soeurs… Ca, c’est une bonne explication. J’ai choisi des filles volontairement, parce que les filles sont d’un compliqué… Même si tu fais l’effort de les décoder, que tu adoptes une méthode scientifique, qu’à la fin de la journée tu les comprends… Eh bien le lendemain elles ont changé ! (Rires). Elles sont instables, c’est ce qui est intéressant. Cela donne des personnages plus riches. J’aime leur dualité, leur mensonge, ce n’est ni tout blanc ni tout noir, c’est parfait pour inventer des histoires.


Trois albums sont donc déjà parus en hollandais : vous continuez donc avec vos deux jumelles ?

Oui, elles ne sont pas encore épuisées. Par contre, j’ai envie d’en faire des histoires complètes, des histoires d’un album entier avec elles. Je trouve qu’un album avec des gags ce n’est pas la même expérience qu’un album complet. L’album de gags, on est presque obligé de le lire par morceaux… J’aimerais qu’on me lise en une fois. Le format sur trois cases, c’est parfait pour les gags, mais ça a aussi un désavantage : impossible de bien développer un personnage. Ce doit être intéressant de creuser une personnalité pendant des pages, en rajoutant petit à petit de nouveaux éléments. Or ça je ne peux pas le faire.


Vous avez également eu une expérience dans le dessin animé, c’est quelque chose qui vous attire ?

Enfant déjà ça m’attirait énormément, je me servais même de la Super-8 de mon père pour en faire. Mais c’est un travail tellement exigeant qu’à la fin tu retournes à la bande dessinée… Déjà après trois cases je suis si fatigué que je dois me reposer une demi-journée ! (Rires). Une fois, j’ai passé deux mois de vacances entiers à faire un dessin animé et j’en ai fait… 20 secondes ! Vingt secondes de dessins animés en deux mois ! Quand j’ai retrouvé mes collègues en septembre, tout le monde se racontait ses travaux, et moi j’arrive avec mon dessin animé de vingt secondes ! Il m’ont pris pour un dingue…


Vous êtes donc aussi professeur de BD.

C’est encore quelque chose qui est arrivé par hasard. Un jour ils m’ont téléphoné pour me proposer d’enseigner la bande dessinée dans une école d’art, alors que je n’ai jamais fait la moindre école d’art. Ca me plaît énormément. Je donne des cours de pratique avec Johann de Moor. Les élèves ont aussi des cours théoriques sur l’histoire de la BD et l’analyse de la BD, donné par un professeur docteur en BD. C’est rare, même en Belgique. Et ils ont aussi des cours de scénario, donnés par quelqu’un venu du cinéma.


Que peut-on vous souhaiter pour la suite de l’année ?

Là je travaille dans le magazine Spirou. Il ont rénové le magazine, c’est très intéressant. Ils ont décidé de s’attaquer au marché des kiosques, puisque jusqu’ici 80% de leurs ventes étaient destinées à des abonnés. Ils ont donc changé le nombre de pages, réintroduit des séries et, surtout, chaque fois, il y a une dizaine de pages réservées à des jeunes auteurs, une sorte de laboratoire. C’est ça, la vraie fonction d’un magazine de BD : laisser essayer les jeunes, et un jour ou l’autre il en sortira quelque chose.


Propos recueillis par Mikaël Demets pour Evene.fr - Mars 2006


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