samedi 21 novembre

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Le ciel, le soleil et la mer...

INTERVIEW D'OLIVIER ADAM


A l'heure où des tragédies en tous genres éprouvent notre quotidien, Olivier Adam livre avec 'A l'abri de rien' un brûlant compte rendu sur la question des immigrés clandestins. Un ouvrage édifiant et essentiel.


Romans, scénarios, ouvrages pour la jeunesse… Olivier Adam multiplie les activités qui, comme il le dit non sans humour, "le sortent de chez lui". Au coeur de la période de flottement qui sépare deux ouvrages, l'écrivain nous fait part de ses réflexions sur le monde et n'hésite pas à pointer du doigt une certaine littérature française qui l'agace. Dialogue avec un homme "comme les autres", entre doutes existentiels et conscience sociale.


'A l'abri de rien' est un titre plein de promesses, tant positives que négatives. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?

A l'origine, le livre devait s'appeler 'De l'autre côté', en référence à l'objectif des réfugiés, passer de l'autre côté de la Manche. C'est aussi l'opposition de l'idée du foyer, de la sphère intime, à celle du monde extérieur. Mais à la dernière relecture, je suis tombé sur le passage qui s'ouvre sur ces mots, "à l'abri de rien ", et ça m'est apparu comme une évidence a posteriori. Cela ajoute une dimension de violence et d'insécurité permanente dans laquelle sont plongés les réfugiés, et dans laquelle se retrouve plongée Marie, le personnage principal. Et plus généralement, cela renvoie au fait que le quotidien ne protège pas de se retrouver pris dans une forme de guerre liée à la violence du monde. Il n'y a pas de sens positif possible pour ce titre, en tout cas pas dans ce livre, même si le geste initial de Marie est perçu et assumé comme un geste positif. Et si à la fin il y a échec, ce n'est pas ce geste qui est remis en cause, c'est ce à quoi il est confronté et qui le dépasse, et qui est de l'ordre de la violence collective.

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Les immigrés clandestins, thème à la fois délicat et brûlant d'actualité. Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire sur ce sujet ?

Dans un premier temps, une forme d'indignation d'ordre privé, et qui tient de mon attention habituelle au monde. Surtout sachant que tout cela se passe en France, tout près. Ce qui a déclenché l'écriture du livre, ce sont plusieurs séjours à Calais, où j'animais des ateliers d'écriture. En fréquentant cette ville, j'ai été confronté à ce que tout le monde peut y voir, à savoir ces hordes de gens totalement démunis et pris au piège, puisqu'ils ne peuvent ni rentrer chez eux ni aller en Angleterre. On leur reproche d'être en France alors que pour eux ce n'est qu'un lieu de transit. On leur dénie tout, la dignité, l'égalité, le statut même d'être humain. On utilise des mots très cliniques comme "clandestins", "migrants" ou "incitation au retour volontaire" alors que derrière se cachent des gens qui fuient la guerre, la pauvreté, et se retrouvent harcelés, violentés en permanence. Il y a aussi le tableau que ça compose, presque au sens pictural ou cinégénique : Calais, l'ambiance de cette ville portuaire où le chômage est assez fort, où beaucoup de gens vivent sous le seuil de pauvreté… La dimension géographique, presque climatique, et puis dans ces rues des types qui tiennent leur vie dans des sacs en plastique, la présence des policiers partout, les files de ces types qui attendent pour une soupe chaude sur les quais... Tout ça forme une espèce de tableau originel un peu cauchemardesque, qui provoque l'indignation.


Votre livre aborde un autre thème sensible, celui de la dépression nerveuse, de la folie. Vous semblez intéressé par les personnages tiraillés…

Oui. Le personnage de Marie est assez habituel chez moi. Les gens en proie à une forme de résistance ou de quête et d'une fragilité extrême me touchent toujours. La première chose qui me vient est de parler des gens d'à côté. Je n'ai jamais eu d'attrait pour cette littérature très habituelle en France qui considère que quand on fait un roman sociétal, on va mettre en scène un mec qui bosse dans la pub, un journaliste ou un écrivain justement, un acteur de cinéma, un mannequin. Pour moi, tout ça c'est de la fiction. La réalité se joue dans les lotissements pavillonnaires, dans les cités HLM, chez des gens qui ne sont pas dans ces castes dominantes et médiatiques. En dehors de ce côté sociologique très volontaire, Marie est "comme tout le monde", résignée et fragilisée par le fait que la vie lui passe un peu à côté. Le quotidien, avec les emmerdes, le manque d'argent, le boulot, la vie réduite à des tâches concrètes, la sclérose. Et en même temps, elle a ce petit je-ne-sais-quoi qui la pousse à se dire "Putain, ça ne peut pas se réduire à ça, il doit bien y avoir autre chose". C'est pour ça que je l'ai choisie, parce qu'au milieu de ses voisins et de ses voisines, sa différence c'est d'être à la fois un peu moins armée pour le monde mais aussi un peu moins résignée.


Qu'en est-il de la mer, autre élément central de vos romans ?

J'ai toujours été aimanté par les lieux de périphérie. Je me suis rendu compte que mes personnages partaient toujours de ces zones périurbaines pour gagner une autre périphérie, plus ultime, celle des finistères, des bords de mer, des rivages et des falaises. Je crois que c'est comme un appel d'air. C'est comme les oiseaux ou les descriptions de ciel, ça fait partie de mon univers, de ma géographie d'écriture. Ca peut choquer, surtout quand j'écris un livre sur la question des grands clandestins à Sangatte, mais il m'arrive d'avoir l'impression que j'écris parfois des livres entiers pour quelques descriptions de ciels et de bords de mer. C'est comme si j'allais finir en poète du dimanche, à passer ma vie à prendre des notes sur les états du ciel et de la mer. C'est presque vieux comme le romantisme cette idée de mettre en parallèle les états des personnages avec ceux de la nature, mais c'est quelque chose vers quoi j'ai toujours été très porté. Mes personnages ont toujours du mal à savoir quel est le fil qui les lie à la société humaine, et ce n'est pas tant une fuite ou un retrait, pour eux comme pour moi, que de s'éprouver pleinement, physiquement au monde, pour se sentir exister.

Lire la critique du livre 'A l'abri de rien' de Olivier Adam

Votre écriture est très actuelle, très directe. Comment vous situez-vous dans le paysage littéraire ? Quelles sont vos références ?

A côté. Dans le paysage littéraire français, surtout en ce qui concerne ma génération, même s'il y a des gens dont j'admire le travail, je ne me vois de connexion avec à peu près personne. Mes références premières se situent dans la littérature américaine, où je trouve ce même souci de dire la société dans sa moyenne. Par exemple, chez Raymond Carver, c'est habituel d'aller choisir comme héros le chauffeur de bus, une fille au chômage, la caissière du Monoprix ou le garagiste du coin. L'idée qui veut que raconter des histoires engendre l'abandon de la langue au profit d'une narration purement fonctionnelle ne me convient pas non plus. Si j'ai une spécificité, c'est de raconter des histoires qui passent par le prisme premier de la voix, une voix qui inclue le travail sur l'oralité et qui prête attention à la question du rythme, de l'énergie et de la langue. J'évite aussi le beau, la jolie phrase. La clé, c'est le truc de Bukowski : essayer de chercher la phrase juste et nulle. Après, ce que je trouve dans cette littérature anglo-saxonne, c'est de la vie qui bat. J'ai tellement l'impression, en tant que lecteur, d'être désarmé par l'absence de vie dans des livres trop essentiellement cérébraux… J'ai une approche très physique de l'écriture. Il y a aussi en France des écrivains comme Jean-Paul Libois et Philippe Djian, qui ont joué ce rôle de passeurs de la littérature américaine et qui ont été les premiers à écrire en étant plus influencés par John Fante ou Richard Ford que par la littérature française. Sinon, l'un des auteurs qui m'intéressent le plus : Patrick Modiano. Chacun de ses livres est une oeuvre en soi, mais tous ses romans mis bout à bout se font écho et constituent son oeuvre finale. Ce travail au long cours me fascine, même si ça revient peut-être à une forme d'incapacité ou de névrose.


A la fin de 'A l'abri de rien', vous remerciez Jean-Pierre Améris, qui est à l'origine de l'adaptation de plusieurs de vos livres à l'écran. Doit-on y voir l'annonce d'un quelconque projet ?

A l'issue de l'écriture d'une première version de ce texte, il a été question d'en faire un film avec Jean-Pierre Améris, mais le projet a avorté. Paradoxalement, ça m'a poussé à aller au bout de l'écriture de ce livre. Je le remercie presque que ça ne se soit pas fait finalement. C'est un texte avec lequel je me suis beaucoup battu, parce qu'il me faisait peur, parce que je ne me sentais pas capable de le faire. Ca a vraiment été une torture, mais quelque chose me poussait à continuer. Sans doute l'idée qu'il fallait que ces choses-là soient dites. Entre temps, il se trouve que le vieux projet d'adaptation s'est redéclenché, mais pour la télévision. Il va y avoir une fiction qui s'appellera 'Maman est folle', et qui sera l'adaptation du premier jet de 'A l'Abri de rien', que j'ai écrit il y déjà trois ans maintenant. C'est un peu compliqué de se frotter à des sujets avec de tels enjeux, même si je les traite vraiment à hauteur d'homme, parce qu'après beaucoup de choses semblent un peu fades et dérisoires. Mais je ne vais pas non plus devenir le spécialiste des causes désespérées et des traumatismes politiques de ce pays !


Propos recueillis par Emilie Vitel pour Evene.fr - Août 2007


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Olivier Adam présentera son dernier roman à la Librairie La Hune, le jeudi 16 octobre à 19h. 'A l'abri de rien' fait partie de la première sélection pour les prix Goncourt, Renaudot et Médicis.

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Olivier Adam

Ecrivain français
Né à Draveil le 12 Juillet 1974

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