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Le Messie du peuple chauve
de Augustin Guilbert-Billetdoux
INTERVIEW DE PHILIPPE DJIAN “Mon leitmotiv : savoir s’amuser dans l’écriture”
Propos recueillis par Dorothy Glaiman pour Evene.fr - Décembre 2006 - Le 26/12/2006
C’est avec ‘Doggy Bag’, une série déclinée en six saisons que Philippe Djian revient sur toutes les têtes de gondoles. Impossible de passer à côté de cette saga littéraire directement inspirée des séries télévisées américaines telles que ‘Desperates Housewives’ ou ‘Six Feet Under’. Laissez-vous emporter par les aventures de la famille Sollens : compassion et humour noir sont au rendez-vous.
C’est dans un café du Luxembourg que nous retrouvons Philippe Djian. Un écrivain français qu’il n’est plus la peine de présenter de par le succès de ses romans dès leur parution. On se souviendra bien sûr de ‘37,2° le matin’ écrit en 1985 et adapté au cinéma l’année suivante, d’‘Assassins’ en 1994, de ‘Frictions’ en 2003 ou encore d’‘Impuretés’ en 2005. Mais c’est avec ‘Doggy Bag’, une série littéraire dernière génération qu’il revient depuis octobre 2005. Trois tomes plus tard, et avant la sortie des trois prochains, l’auteur fait un premier bilan de ce succès escompté...
Comment est né le projet de cette saga littéraire ?
Le projet est né du fait que depuis trois ou quatre ans, il y a de très bonnes séries qui passent à la télévision et qui d’un seul coup se démarquent incroyablement de ce qu’il y avait avant. Dans cette structure particulière de la série, il y a des gens qui se mettent à bien les écrire, d’autres à bien les filmer et moi en tant qu’écrivain, je me suis demandé ce que je pouvais faire. J’ai déjà eu des rapports avec le cinéma et je sais que ce genre de mise en oeuvre cinématographique pour une série demande beaucoup d’argent et de courage, ce qui manque en France. Si j’étais américain, j’aurais directement écrit un scénario mais comme je suis français, j’ai écrit une série littéraire qui soit bien écrite afin de voir s’il y a encore un intérêt à rivaliser avec l’image. Comme j’y crois, j’essaye de le démontrer. Ce qui est surtout important pour moi, ce n’est pas l’histoire mais plus d’essayer de palier le fait que les gens lisent de moins en moins. Car c’est la faute des écrivains, ce qui veut dire que la littérature n’est peut-être plus adaptée au monde dans lequel nous vivons de par la façon dont elle est traitée.
Qu’est-ce qui vous plaît tant dans ces sagas américaines desquelles vous vous êtes inspiré pour l’écriture ?
C’est du Balzac d’aujourd’hui. La souplesse et à la fois le décalage dans les rapports humains. Quand j’étais plus jeune, j’étais un fou de ‘Twin Peaks’ de David Lynch, d’autant qu’il y avait tout dans cette série. C’est plus un univers qu’autre chose, c’est une manière d’aborder la fiction de manière différente.
Comment pense-t-on l’écriture quand on la décline en six tomes ?
Quand j’ai commencé cette série, je n’avais aucune idée de ce vers quoi elle allait évoluer. Le seul truc, c’est que j’avais bien aimé ‘Six Feet Under’, l’histoire de ces deux frères travaillant dans les pompes funèbres. J’ai repris ce postulat en remplaçant les pompes funèbres par un garage. J’avance au fur et à mesure de l’évolution des personnages comme sur une corde raide : je ne veux pas trop d’action parce que sinon je tombe dans ‘Lost’ ou ‘24 heures’, ni un côté trop littéraire parce que je risque d’ennuyer les gens.
Pourquoi ce titre, ‘Doggy Bag’ ?
Pour des tas de raisons. La première c’est que c’était très difficile de donner un titre à une série en six épisodes sans savoir ou j’allais d’avance. Je cherchais quelque chose qui soit à la fois très vague et générique. Un doggy bag c’est avant tout ce sac ou cette boîte que l’on vous donne aux Etats-Unis pour mettre les restes du repas. Au sens figuré du terme, j’aimais bien cette idée que les gens n’assimilent pas les choses tout de suite. Que c’est quand on les ramène chez soi qu’on les rumine, qu’on y pense. C’est à la fois le message que je veux faire passer aux lecteurs mais c’est aussi l’attitude des personnages. Parfois ils ne comprennent pas bien ce qui leur arrive et c’est seulement après coup qu’ils réalisent les conséquences de leurs actes surtout pour les personnages d’Edith ou Victor.
Comme dans votre précédant roman ‘Impuretés’, les membres de la famille Sollens sont loin d’être des modèles de vertu et de bienséance. Qu’est-ce qui vous plaît dans cette démarche ?
Vous en connaissez, vous, des modèles de bienséance ? Dans ‘Impuretés’, le protagoniste est un écrivain qui a connu la drogue, je peux vous en montrer beaucoup dans ce cas-là, il n’y a rien d’original. La femme qui, comme elle n’arrive plus à trouver de rôle, couche avec les producteurs. Je peux aussi vous en présenter beaucoup, qui sont en plus de bonnes actrices. Voter Le Pen est pire pour moi que de coucher avec le premier venu ! Ils sont peut-être hauts en couleur mais il n’y a rien de choquant à cela. Regardez autour de vous...
D’autres écrivains racontent le parcours de personnes qui ont le sida par exemple. Moi je n’y arriverais pas. L’univers de ces personnes est trop cloisonné pour moi. J’ai besoin qu’il y ait d’autres problèmes que ceux du quotidien. C’est quand tout va bien en apparence que l’on se rend compte qu’il y a des tas de problèmes. C’est ce qui m’amuse et ce qui m’intéresse car je trouve que les gens sont libres à partir de ce moment-là.
L’ambition personnelle, l’amour, la haine, tels sont les thèmes qui ressortent de cette saga. Y en a-t-il d’autres ?
On ne peut pas parler d’ambition personnelle lorsque vous prenez deux frères qui travaillent dans un garage. Il y a mieux comme ambition dans la vie... Mais ce qui est amusant ici c’est de prendre des sujets graves : les rapports du père avec ses enfants, la mère qui se fait violer. Toujours mélanger le tragique et le grotesque, c’est ça qui est amusant en littérature.
Edith est un peu le personnage central de l’histoire. Comment qualifiez-vous cette femme ?
Edith met les gens en face d’eux-mêmes mais sans s’en apercevoir parce qu’elle est un peu siphonnée voir complètement folle quand même. Et d’un seul coup elle remet tout en question, elle vient ébranler l’équilibre déjà fragile de cette famille. Comme on dit, les blessures ne se referment jamais : il suffit parfois de pas grand-chose pour que tout ressorte.
Une adaptation à la télévision ou au cinéma est-elle envisageable ?
Non, parce qu’ils vont tout gâcher. Je n’ai pas vu de bonnes séries en France. On m’a déjà proposé de racheter les droits du livre pour en faire une mini-série télé. Mais c’est pas ce que je veux. On ne peux pas travailler avec la télé en France. Je prends du plaisir à écrire cette histoire mais ce n’est pas un scénario de film. Ce qui attire les gens devant une série c’est l’attente du rendez-vous, épisode après épisode. Et au cinéma, ce n’est pas possible non plus car cette attente fait aussi partie du rapport que l’on entretient avec l’histoire.
Un scoop, un rebondissement particulier pour le 4e tome ?
Victor s’est pendu mais vous allez apprendre qu’il n’est pas mort... On se rend compte que ce n’est pas la première fois qu’il tente de se tuer. Mais la mort ne veut pas de lui. Autre chose : on va apprendre que Maria, la voisine des Sollens, a des superpouvoirs sauf qu’elle ne sait pas trop s’en servir. On va même retrouver un matin un de leur deux chiens grillé dans un arbre. Quant aux deux frères, ils continuent de ruiner leur père... Ca m’amuse beaucoup de décrire l’ambiance qui règne dans cette communauté, de faire en sorte que cela soit un peu dingue mais pas trop en même temps. Parfois on y croit, parfois on n’y croit plus.
La sortie du 4e tome est prévue pour mars en même temps qu’une énorme promotion chez 10/18. Ils ont décidé de s’occuper de la littérature française contemporaine en sortant en poche la série ‘Doggy Bag’.
Vous vous investissez beaucoup pour la promotion de cette saga, est-ce le grand projet de votre oeuvre littéraire ?
Non, ce n’est qu’une petite parenthèse rigolote. C’est plus drôle pour moi d’écrire ça qu’un roman. J’essaye avant tout de varier les genres. Je n’ai pas de grand projet d’écriture : j’écris, je suis vivant et je gagne ma vie avec, ça s’arrête là.
Des projets pour la suite ?
Je continue d’écrire des chansons pour Stephan Eicher qui va très prochainement sortir un nouvel album. J’écris actuellement la cinquième saison de ‘Doggy Bag’ et j’ai déjà signé un contrat de publication avec Gallimard pour un nouveau roman que je n’ai pas encore commencé.
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15/02/2012 08h20 J affirme quand tant que lecteur averti il serait impardonnable de passer à côté de ce roman !
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