samedi 21 novembre

Le rêve de Marie-Rose Faire découvrir cet article à un ami

Le rêve de Marie-Rose

10 ANS DU PRIX WEPLER FONDATION LA POSTE


Sa voix trahit l'exaltation, son "bébé" a dix ans et Marie-Rose Guarniéri a bien l'intention de fêter l'événement avec les formes. La pétillante libraire des Abbesses n'a pas la langue dans sa poche quand il s'agit de défendre l'esprit du Wepler, le prix qu'elle a cocréé avec Michel Bessière et la Fondation La Poste et dont la lauréate 2007 est Olivia Rosenthal pour son roman 'On n'est pas là pour disparaître'.


Des prix littéraires, la France en compte suffisamment pour récompenser chaque écrivain publié à l'occasion de la rentrée de septembre. Mais voilà, seule une dizaine d'entre-eux peut s'enorgueillir d'influer sur la médiatisation ou les chiffres des ventes. Les autres, avouons-le, font office de lot de consolation, quel que soit le sens qui les guide, la particularité ou la qualité de leurs choix. Pourtant, alors que les indéboulonnables Goncourt, Renaudot ou Femina continuent à faire les gros titres, quelques jeunes premiers se hissent en haut de l'affiche à force de conviction et de pugnacité. C'est le cas du prix Wepler - Fondation La Poste, né il y a dix ans de l'engagement littéraire d'une libraire Montmartroise.


Une identité littéraire

Marie-Rose Guarniéri rêvait des Lettres ouvertes sur des horizons non balisés, sur l'originalité et l'audace. Elle rêvait d'un prix qui regarderait de l'autre côté des têtes de gondoles. Son rêve, elle l'a concrétisé à coup d'idéalisme et l'a nourri de l'essence artistique qui filtre des rues de Montmartre. "C'est en créant la librairie que j'ai voulu créer le prix, par peur du vide. J'avais lu 'Jours tranquille à Clichy' de Henry Miller et tout ce qui concernait la vie du quartier, Aristide Briand, le début du cabaret et les poètes du Chat Noir. Et il y avait cette brasserie, le Wepler, où le personnage du 'Voyage au bout de la nuit' de Céline, assis à la terrasse, dit "engagez-vous" et suit le cortège des soldats. Je suis allé voir le patron, Michel Bessière. Il s'est lancé dans cette aventure folle avec moi, sans bien me connaître." Pour s'assurer une bonne diffusion et un soutien financier, Marie-Rose gagne le soutien de La Poste. Son message, son action en faveur de la littérature, voyagera par courrier pour toucher le plus grand nombre et, surtout, offrir au lauréat du prix une vraie chance d'exister.


Dissocier la subsistance de l'action littéraire

Doté d'une prime de 10.000 euros pour le grand gagnant et de 3.000 euros pour la mention spéciale, le Wepler est devenu, en dix ans, un vrai sésame pour son lauréat. Des écrivains comme Antoine Volodine, Laurent Mauvignier ou Eric Chevillard ont largement bénéficié des retombées médiatiques du pourtant très jeune prix. Une vraie chance pour des auteurs moins accessibles au grand public. Les écrivains récompensés par le prix Wepler sont originaux. Ils suivent une voie, construisent une oeuvre littéraire, produisent des livres parfois imparfaits, mais qui s'inscrivent dans une vision artistique. Le Wepler a un esprit, rebelle, passionné, engagé. Il réfute l'idée d'un factum indépassable et la cristallisation institutionnelle. "Je penses qu'il y a des rentrées littéraires, pas une seule. Une rentrée, ça n'est pas dix livres que l'on proposerait à tous les lecteurs. Dans une librairie, il y a différents niveaux de lecteurs, des recherches différentes. Globalement, pour exister, pour s'affirmer, l'idée est de donner le prix à l'auteur le plus consensuel possible, un auteur qui peut toucher le plus large public possible. Le travail de récompense de l'innovation est complètement chassé. Il y a comme un isolement, une dissidence de beaucoup d'écrivains. Il me semblait important de les faire apparaître dans la rentrée, de les remettre dans une course, et de créer un prix qui ait une tenue et une portée littéraire, de soutenir une voix en littérature : l'audace, l'excès, le roman insolite. Heureusement, il existe encore des éditeurs qui publient ce genre de littérature qui demande un effort à la lecture, qui porte une vision. Cela demande d'entrer dans un système de pensées différent. Ce ne sont pas des livres avec lesquels on a une identification au premier stade de la lecture. Ce sont des auteurs qui apportent un monde, amènent une langue et défendent le style. C'est un prix avec une exigence littéraire, sans s'occuper du potentiel commercial des livres."


Déconcentrer la rentrée

Pour Marie-Rose Guarniéri, créer son prix à l'esprit libre à Montmartre visait également à déconcentrer les institutions littéraires, à leur faire passer la Seine et gagner les quartiers plus populaires où la vie artistique brille par son indépendance. Son jury, elle l'a voulu renouvelable, composite et libre. Il compte entre douze et treize membres : un postier, deux critiques littéraires, des lecteurs et une prisonnière, une envie née de ses rencontres avec des lecteurs de prison. Florence Rey, de la prison de Rennes, a notamment déjà participé au jury, tout comme le critique Michel Abescat. "En ouvrant le jury, on obtient des listes et des résultats différents. Très vite, d'une réunion à l'autre, les préférences des jurés se dessinent, les sensibilités apparaissent. Imaginez des gens qui travaillent depuis vingt ans ensemble, s'insurge Marie-Rose. Les jurés des grands prix sont juges et parties, très installés et en contact avec les maisons d'édition. Il ne leur est pas possible de faire un travail libre et objectif. Par imprégnation, quand vous côtoyez une maison d'édition, et que vous y êtes auteur, on vous parle de la production interne. Il y a forcément des passerelles et des proximités qui sont inadmissibles pour arbitrer l'art."


Pour pallier au manque de distance, pour contrer la répétition des mêmes schémas et aérer la rentrée littéraire, Marie-Rose a choisi l'action directe, la participation plutôt que l'apitoiement stérile. Son but : ne pas confiner les choses, ne pas resserrer le jeu, aller chercher la contradiction, le contraste et le conflit. "C'est un peu le combat de David contre Goliath, mais je trouvais important que quelqu'un, dans la rentrée, maintienne ce discours à côté des institutions. Non pas pour refaire le monde, mais pour ne pas qu'il se défasse."



Thomas Flamerion pour Evene.fr, (c) photographies Lisa - Novembre 2007


Le rêve de Marie-Rose Faire découvrir cet article à un ami

L'avis [des membres]


 Réagissez à l'article "Le rêve de Marie-Rose"


 Tous les avis sur les articles et interviews

Voir aussi sur [evene]

Les dossiers [associés]

Rentrée Littéraire

Avec plus de 700 romans et quelque 200 essais, l'événement qui secoue le monde de l'édition à chaque rentrée, et que l'on disait déclinant, n'en finit pas de prendre de l'ampleur. Entre les plumes confirmées, dont les noms squattent les têtes de gondoles, et les nouveaux venus - moins nombreux cette année -, la concurrence promet d'être rude avant la remise des prix littéraires à l'automne. Sur les rayons entre mi-août et fin octobre, des histoires d'amour, du suspense, de la grande histoire et surtout des récits de l'intime, des fictions à forte dose de réel. Autant de chance de trouver le livre qui accompagnera le retour des vacances et la reprise des hostilités.

 Voir le dossier spécial "Rentrée Littéraire"

Les articles & [interviews]

RENTREE LITTERAIRE 2007

Nouveau souffle

Après un début d'année difficile, les éditeurs comptent sur la rentrée littéraire pour se refaire une santé. Entre fictions étrangères encensées, poids lourds de la littérature française et premiers romans prometteurs, les lecteurs ont toutes les raisons d'inverser la tendance...

 Lire "RENTREE LITTERAIRE 2007"

PRIX LITTERAIRES 2007

Récompenses et dépendances

Ils sont controversés, prestigieux, trop nombreux, truqués... pourquoi pas. Qu’on les abhorre ou qu’on les respecte, les prix littéraires sonnent la fin de la rentrée littéraire. Evene suit en direct les concurrents lancés dans la dernière ligne droite.

 Lire "PRIX LITTERAIRES 2007"

LES LIBRAIRIES INDEPENDANTES

Suite ou fin ?

Le 26 avril, dans plus de 400 librairies hexagonales, se tient la dixième fête de la librairie. Retour sur un métier toujours bien vivant, mais menacé de toutes parts : Internet, concurrence des grands distributeurs, remise en cause de la loi Lang, etc. Qu'est-ce que le métier de libraire aujourd'hui ? Réponse de la bouche même des concernés.

 Lire "LES LIBRAIRIES INDEPENDANTES"

Les événements

Prix Wepler - Fondation La Poste 2007

[Prix littéraires]

Lieu : Brasserie Wepler - Paris
le 12/11/2007

Créé à l'initiative de la librairie des Abbesses, avec le soutien de la Fondation La Poste, le Prix Wepler-Fondation La Poste, émane de la sphère de la librairie indépendante. Chaque année, il distingue, au mois de novembre, deux auteurs [...]

 Plus sur "Prix Wepler - Fondation La Poste 2007"

Prix Wepler - Fondation La Poste 2008

[Prix littéraires]

Lieu : Brasserie Wepler - Paris
le 24/11/2008

Créé à l'initiative de la librairie des Abbesses, avec le soutien de la Fondation La Poste, le Prix Wepler-Fondation La Poste émane de la sphère de la librairie indépendante. Chaque année, il distingue, au mois de novembre, deux auteurs [...]

 Plus sur "Prix Wepler - Fondation La Poste 2008"

Les auteurs & [célébrités]

Marie-Rose Guarniéri

Marie-Rose Guarniéri

Libraire française

Après une formation de lettres, Marie-Rose Guarniéri entreprend des études de théâtre au conservatoire. Elle travaille pendant neuf ans à L'Arbre des lettres, puis décide de fonder sa propre librairie. Ainsi, en 1998, elle ouvre la librairie des Abbesses à Paris. La même année, elle crée une distinction littéraire, le prix Wepler, en collaboration avec la prestigieuse brasserie Wepler [...]

 Plus sur "Marie-Rose Guarniéri"

Les livres

La note evene : 4/5La note evene : 4/5

Trans

de Pavel Hak

[Littérature française XXIè]

Cela commence dans le froid et le gel, dans un pays d'Orient indéfini qui est une vaste morgue, dont Wu Tse veut s'échapper avec ses deux compères, Tang Chang et Wang Fu. Il y parvient, et travaille dans un chantier pour essayer de réunir [...]

 Plus sur "Trans"

Vertig

de Richard Morgiève

[Littérature française XXIè]

Rattrapé par la mort des femmes qu'il a aimées, Gérard Mas tente de retrouver un mot oublié qui lui permettrait d'échapper au vide et de s'extraire de ses deuils. A travers ce récit, l'auteur va plus loin encore dans l'introspection hallucinatoire, [...]

 Plus sur "Vertig"

Musulman roman

de Zahia Rahmani

[Littérature française XXIè]

D'un cabanon de zinc où elle est enfermée, la narratrice se souvient. Isolée dans un camp par le simple fait de ses origines musulmanes, elle s'interroge sur ses nombreuses tentatives d'échapper à un tel destin. Marquée dès l'enfance par [...]

 Plus sur "Musulman roman"

La note evene : 5/5La note evene : 5/5

Rhésus

d'Héléna Marienské

[Littérature française XXIè]

Un singe qui entre clandestinement dans une maison de retraite (cela s'est vu, j'en atteste), des vieux qui s'attachent, des forces de police incapables de récupérer la bête, le scandale public, les familles mécontentes, et le parfum de [...]

 Plus sur "Rhésus"

À découvrir également...

» On n’est pas là pour disparaître    » Couronnes, boucliers, armures   

Les articles [précédents]

PORTRAIT D’ANDREA CAMILLERI

Jeux
Accueil - Livres - Cinéma - Musique - Arts - Theatre - Lieux - Citations - Célèbre - Quiz - Forum - Evene Cadeaux
Plan du site - Rencontres - Cadeaux - Création Graphique - Citation du jour - Lettre Culture - Flux RSS Culture - Contenus Webmaster - Widget
Liens utiles - A propos d'Evene - Evene Contenus - Evene Studio - Publicité - Contact - Membres - Conditions Générales - Fréquentation certifiée par l'OJD
© EVENE 1999-2009 / Droits de reproduction et de diffusion réservés / Usage strictement personnel
EVENE - Culture