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'Quai d'Orsay' : Christophe Blain revient aux Affaires

Par Etienne Sorin - Le 09/12/2011

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'Quai d'Orsay' : Christophe Blain revient aux Affaires

Suite de la géniale satire du Quai d’Orsay sous Dominique de Villepin. Le dessinateur Christophe Blain raconte la genèse d’un second tome tout aussi bien documenté que le premier. Un album sous-titré « chroniques diplomatiques » qui se lit comme un thriller politique.

The Lanzac show

Pour ceux qui auraient raté le premier épisode, rappelons qu’Alexandre Taillard de Worms est un ministre des Affaires Étrangères survolté, toujours en mouvement, tour à tour impressionnant et ridicule. Le premier tome nous faisait découvrir les arcanes du Quai d’Orsay à travers le regard candide d’Arthur Vlaminck, jeune fonctionnaire parachuté responsable des « langages », c’est-à-dire responsable d’écrire les discours du ministre. Un job sous pression, a fortiori au Quai d’Orsay, ministère de la parole par excellence. Après un premier tirage à 15 000 exemplaires, ce premier tome s’est vendu à 120 000. Un carton pour une BD dont le sujet n’a rien de « mainstream ». Un succès dû à l’association de deux talents : Christophe Blain (Isaac le pirate, Gus…), dessinateur dont le trait vif et acéré fait ici des étincelles, et Abel Lanzac, pseudo d’un fonctionnaire qui a travaillé cinq ans avec Dominique Villepin, du Quai d’Orsay à Matignon. Un mystérieux scénariste désormais concepteur de jeux de société ! On ne change pas une méthode qui gagne. « Je voulais garder le filtre d’Abel, explique Blain. C’est par lui que je connais la voix des membres du cabinet. Rien ne s’est fait à l’écrit, il fallait qu’il me joue tous les personnages et les dialogues. » Les scènes sonnent donc toujours aussi juste, les morceaux de bravoure - l’hilarante séquence de Club Med ou le caprice du ministre pour voyager dans l’Airbus présidentiel plutôt qu’à l’étroit dans un Falcon – comme la négociation de Taillard de Worms avec ses homologues pour empêcher les États-Unis d’intervenir au Lousdem. Des tractations dignes de 24h chrono. Le Lousdem ? Un pays du Moyen-Orient qui ressemble à s’y méprendre à l’Irak.  « On a écrit l’album comme un discours de Villepin, avec la même adrénaline », précise sérieusement Blain.

Villepin avec filtre

Entre le premier et le second volume, tout a changé et rien n’a changé. Dargaud, l’éditeur, a cette fois imprimé directement le tome 2 à 120 000 exemplaires. Et il a bien fait, puisque les ventes décollent à la vitesse d’un Falcon. Surtout, à force de dépeindre le monde politique, Christophe Blain et Abel Lanzac en ont adopté certains usages. Les désormais fameux « éléments de langage », qui font le sel du storytelling en politique, n’ont plus de secret pour eux. Ainsi de l’expression « personnage chimiquement pur », que l’on entend dans la bouche des deux complices, pour désigner les membres du cabinet de Villepin parfaitement identifiables. Tel le dircab de la BD, Claude Maupas, très fidèle à son modèle, le vrai Pierre Vimont, dont la bio sur Wikipédia indique désormais qu’il est un héros de bande dessinée. « Certains autres membres dédicacent l’album quand on les reconnaît », s’amuse le dessinateur. Des figures chimiquement pures donc, au contraire d’autres personnages composites, mélanges de plusieurs personnalités. Blain s’en sert pour justifier le filtre de la fiction. Et désigne pourtant son ministre à houpette le plus souvent du nom de Villepin… Car, filtre ou pas filtre, « en substance, tout est vrai », admet Blain. Et comme le diable se loge dans les détails, certains détails sont d’une véracité diabolique : « Oui, Berlusconi a vraiment dragué la femme de Lanzac dans l’ascenseur. » L’une des scènes cocasses des mœurs diplomatiques croquées dans Quai d’Orsay. On ne croise pas pour autant DSK au Sofitel de New York. « On n’a pas plaqué des histoires de cul, explique Blain. On montre en revanche que leur boulot pèse sur la vie sentimentale des mecs du cabinet.»

De la BD au cinéma

Au fond, la politique n’intéresse pas vraiment Christophe Blain. D’ailleurs, il ne sait pas si Worms-Villepin est de gauche ou de droite. Mais on sent que l’animal politique le fascine : « Un sage ne peut pas vouloir faire de la politique. Bien sûr, on attend des hommes politiques un minimum de probité mais on ne peut pas exiger d’eux d’être straights. On voulait juste être lucide sur la dinguerie effrayante de ce milieu. Et en cela, Villepin  est beaucoup plus marrant que Juppé. » Blain préfère malgré tout garder ses distances avec l’ancien ministre : « Au moment de la sortie du premier tome, les journalistes ont d’abord dit que c’était un pamphlet anti-Villepin. Quand lui a commencé à dire que l’album le faisait marrer, l’album est devenu Villepiniste. On m’a proposé plein de fois de donner des entretiens croisés. Je ne m’y suis pas hasardé. On l’aurait fait ensemble, il m’aurait mis dans la poche. »  Blain et Lanzac n’en ont pas encore fini avec l’ex-ministre des Affaires étrangères. Bertrand Tavernier a acheté les droits pour en faire un film et leur a demandé d’écrire le scénario. « C’est compliqué le cinéma, c’est très long et puis, parfois, tout s’accélère d’un coup. » Le néophyte Blain sait de quoi il parle : il partage l’atelier de Riad Sattouf et de Joann Sfar, deux camarades passés par la case écran. Il ne découvre pas moins les affres de l’adaptation. « En BD, on peut faire des cuts très violents, dire un truc en deux cases, contrairement au cinéma. Et certains dialogues très lisibles et vivants à l’écrit ne passent pas dans la bouche d’un acteur. » Blain n’a pas encore vu L’Exercice de l’Etat, l’excellent film de Pierre Schoeller sur le cabinet d’un ministre des Transports avec lequel on compare souvent Quai d’Orsay. Il ira le voir quand il aura bouclé le scénario. Puis il passera à autre chose, avant peut-être de revenir à la politique avec Lanzac pour raconter les coulisses de Matignon. « Ce milieu est une drogue, ils ont du mal à en sortir » conclut-il, non sans lui-même commencer à être accro.

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