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Le Messie du peuple chauve
de Augustin Guilbert-Billetdoux
RENCONTRE AVEC DMITRI PRIGOV L'homme qui créait plus vite que son ombre
Amélie Petit pour Evene.fr - Mars 2005 - Le 21/03/2005
Le temps d'un battement de cil et Dmitri Prigov a déjà disparu dans le vaste Salon du Livre. Il noircit nerveusement un ticket de caisse tout en répondant à nos questions. Le poète moscovite est à l'image de sa ville : survolté et insaisissable.
'Moscou est ce qu'elle est' est seulement votre second livre traduit en français. Nous ne vous connaissons pas très bien. Pouvez-vous vous présenter, vous et votre travail, en quelques mots ?
En ce qui me concerne, il est beaucoup plus simple d'ouvrir n'importe quel système de recherche sur internet et de taper 'Prigov' ; il y aura beaucoup de choses. En ce qui concerne mon travail, je suis aussi sculpteur - discipline que j'ai étudiée dans une institution artistique soviétique. Par la suite, mes relations avec le pouvoir soviétique se sont considérablement dégradées et je n'ai plus eu la possibilité d'avoir d'atelier, ni donc de travailler. Comme c'était un régime très totalitaire, il m'a enlevé toute possibilité d'exister en tant qu'artiste. J'ai alors travaillé comme facteur, puis dans un très grand atelier qui produisait des voitures. Mes ennuis ont débuté quand j'ai commencé à publier mes poèmes sans autorisation. J'ai eu quelques rendez-vous avec le KGB, ils m'ont même interné dans un hôpital psychiatrique... Aujourd'hui, tout a changé, je n'ai plus aucun problème ni pour publier mes livres, ni pour faire mes performances ou mes expositions.
'Moscou est ce qu'elle est' parle beaucoup de votre ville natale, dans laquelle vous vivez. Quelle relation entretenez-vous avec Moscou ?
Mes parents sont nés à Moscou, je suis né à Moscou, j'ai passé toute ma vie à Moscou... De toutes façons, sous le régime soviétique, je n'avais pas le droit d'en partir. J'y ai passé tout mon temps ; c'est une ville que je connais par coeur, tous mes amis et ma famille y vivent... Ce n'est pas le cas de la Russie en général mais je peux dire de Moscou qu'elle est mon "heimat", comme on dit en allemand : ma patrie, mon chez-moi. J'écris beaucoup sur Moscou ; sans bien sûr faire une simple de description de ma vie quotidienne ; j'essaie de décrire Moscou comme le modèle du monde. Particulièrement en Russie, il y a l'ancienne idée qui vient du temps médiéval selon laquelle cette ville est la Troisième Rome, le centre du monde. Rome a été détruite, Constantinople aussi, Moscou est la seule ville qui ne l'ait pas été. Moscou est la dernière et la seule Rome existante. J'ai écrit un épais roman que j'ai intitulé 'Let's live in Moscou'. Il y a vingt ans j'ai également écrit un recueil de poèmes, 'Moscou moscovites'... C'est une suite de variations sur les hommes à Moscou, par exemple sur les policiers... Oui, c'est une grande source d'inspiration.
Vous avez écrit un poème qui s'appelle 'Flic'.

Evidemment, ce n'est pas une simple description de la police dans les situations quotidiennes, comme lorsqu'elle met des contraventions... Pour moi, les "flics" sont les incarnations contemporaines de la période de la "nuit médiévale". Ils réprésentent tous ces états divins, secrets, qui se cachent dans le ciel... C'est une idée très ancienne selon laquelle les tsars et les rois représentent le ciel, l'idée absolue de la vérité. Les policiers sont les traducteurs de cette idée. Ils la représentent, et sont beaucoup plus importants, dans cette perspective, que les écrivains.
Vous êtes écrivain, mais aussi sculpteur. Quel lien unit ces deux disciplines dans votre travail ?
C'est la même démarche. Je cherche tous les langages possibles afin de montrer de l'intérieur l'absurdité de tout discours qui dit détenir la vérité. Je joue avec le langage et les formes, non pas pour le jeu lui-même, mais pour montrer l'extrême absurdité de toute ambition totalitaire. Je reprends ainsi différents types de discours et de langage, politiques, idéologiques, tous les langages totalitaires, comme par exemple celui du consumérisme, des religions, des mass medias...
Vous aviez le projet d'écrire 24000 poèmes avant l'an 2000.
J'en ai écrit aujourd'hui 35000. C'est beaucoup, mais, vous savez, j'écris trois ou quatre poèmes par jour. Pour moi c'est normal. Mon problème principal n'est pas d'écrire, mais de m'organiser en tant que "mécanisme spécial de production verbale". La première chose ce n'est pas le texte mais moi-même. Une fois que c'est fait, je peux travailler. Mon organisme devient un organisme producteur de poésie.
Que pensez-vous de la littérature russe contemporaine, qui a émergé après la chute du communisme ?
Elle est très intéressante, bien plus que la littérature occidentale - et la culture occidentale en général. Elle ne produit pas de best-sellers parce qu'il y a moins de professionnalisme au niveau du marketing en Russie qu'en Europe ou aux Etats-Unis, mais la littérature russe est très sérieuse, et très expérimentale. Elle est beaucoup plus radicale, de différentes manières, à la fois en prose, en poésie, même en performances sonores, il y a différents mouvements. Les écrivains russes utilisent souvent, comme moi, différents vecteurs de critique et de déconstruction.
Que signifie pour vous le Salon du Livre ?
J'ai visité beaucoup d'événements de ce genre. Pour moi, celui-ci est beaucoup plus... comment dire... confortable, plus compact. Il est aussi très français. Seuls les invités représentent d'autres pays, alors qu'à la foire de Francfort, par exemple, il y a beaucoup de pays représentés ; ici les choses sont beaucoup plus organisées, car le salon est plus petit. Tous ces événements sont visités par beaucoup de gens. Je suis étonné parce que ce ne sont pas des immigrés russes, mais des français. C'est très étrange et j'apprécie le fait que les gens s'intéressent à la littérature russe. Ils sont en quête de quelque chose, apparemment.
Et la sélection des invités russes ?
Bof, ce sont les préférences des organisateurs. Toute sélection est très subjective. En Russie, il y a tellement d'écrivains, de poètes... Si j'avais eu à la faire, j'en aurais invités peut-être sept de plus... Mais je ne sais pas... Ce sont surtout des décisions commerciales ...
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15/02/2012 08h20 J affirme quand tant que lecteur averti il serait impardonnable de passer à côté de ce roman !
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