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Le Messie du peuple chauve
de Augustin Guilbert-Billetdoux
RENCONTRE AVEC MICHEL PARFENOV Le passeur
Anne-Claire Jucobin pour Evene.fr - Mars 2005 - Le 18/03/2005
Il est de ceux qui font connaître à la France la littérature et la Russie contemporaine. Michel Parfenov, directeur des "Lettres Russes" aux éditions Actes Sud, apporte un éclairage particulier à ce Salon du livre 2005 spécial Russie.
Quel lien existe t-il entre les éditions Actes Sud et la littérature russe ?
M.P. : La littérature russe est presque fondatrice de la maison. Il y a eu des livres publiés avant cela, mais il y a un moment absolument crucial dans l'histoire d'Actes Sud, c'est la découverte par Hubert Nyssen de Nina Berberova. D'un auteur dont les livres étaient tirés à quelques milliers d'exemplaires pour l'immigration russe, il a fait un écrivain mondialement reconnu… et également reconnu en Russie. Paris est toujours resté une référence pour tout ce qui est russe et le fait que Nina Berberova soit éditée en France a contribué à la faire redécouvrir. Là-bas, on ne savait presque plus qu'elle existait. Elle était partie pour les Etats-Unis et elle avait alors plus de quatre-vingt ans. En pleine perestroïka, les Russes ont redécouvert un écrivain de l'émigration et qui y avait connu Bounine (1) , par exemple.
Comment se déroule l'achat de droits pour les ouvrages des auteurs russes contemporains ? On cite souvent le nom d'Anastacia Lester pour ce qui est de ces questions.
M.P. : C'est un peu compliqué. D'un part, il est assez nouveau pour les auteurs russes d'avoir des agents. Il m'est arrivé de travailler avec Anastacia Lester, que je connais depuis ses débuts, mais très souvent les écrivains russes ont aussi des agents à l'étranger, notamment en Allemagne, en Angleterre, et parfois je travaille en direct avec eux. Tous les cas de figure existent. Mais quelquefois ce serait mieux de traiter avec des agents, car les normes russes en matière de droits d'auteurs ne sont pas les mêmes qu'en France. Nous prenons par exemple les droits pour 5 ans, et en Russie, c'est 10 ans.
"Les Belles étrangères", dont vous étiez l'un des animateurs, ou l'édition 2005 du Salon du livre ont pour vocation de mieux faire connaître la littérature contemporaine russe. Vont-elles vraiment au bout de cette ambition ?
M.P. : Soit, il y a les manifestations elles-mêmes durant lesquelles les auteurs ne rencontrent que 5, 10 au mieux 100 personnes. Par contre, ce qui est tout de même tout à fait important, c'est la résonance que ces rencontres peuvent avoir dans les médias. Je le constate vraiment de manière directe. L'invitation d'un nos auteurs, Gelassimov, aux Belles étrangères, et qui était alors parfaitement inconnu, a suscité de nombreux articles dans la presse et il fait désormais partie intégrante du paysage de l'édition française. En outre, plus que pour la littérature chinoise, il y a toujours eu une grande tradition de connaissance de la littérature russe en France.
Malgré tout, le grand public, qui connaît presque aussi bien Tchekhov ou Gogol que Balzac, semble découvrir qu'il existe une littérature contemporaine russe
M.P. : Pour une raison simple : les critiques n'ont pas fait assez leur travail. Peut-être parce que la Russie d'aujourd'hui n'a pas une image très positive en France : drogue, mafia, problèmes politiques… et en superposant cette image à la littérature, on ne laisse plus beaucoup de place à son expression. C'est évidemment une erreur car la plupart des écrivains russes ne sont ni des mafieux, ni des voleurs, ni même des partisans de Poutine !
Si vous deviez conseiller quelques auteurs pour une introduction à la littérature contemporaine russes ?
M.P. : Je vous citerais un écrivain publié par Gallimard, Ludmila Oulitskaïa, auteur d'un petit livre qui s'appelle 'Sonietchka' - c'est le diminutif du prénom Sonia. C'est un premier livre merveilleux, qui est aussi un livre sur la lecture. Et c'est un livre qu'on pourrait dire "typiquement russe" dans le sens où il raconte l'histoire d'une femme qui vit un amour très malheureux et qui est sauvée par les livres. C'est très beau, et assez simple. Il y a un deuxième livre absolument essentiel pour comprendre ce qu'est la Russie d'aujourd'hui, c'est celui de Svetlana Alexievitch, qui s'intitule 'La supplication'. C'est un pur chef d'oeuvre, d'un très grand écrivain, qui évoque Tchernobyl. Mais ce n'est pas simplement un reportage, c'est vraiment une oeuvre littéraire. Si il en fallait un troisième, je dirais 'la soif' de Gelassimov. C'est l'histoire d'un jeune soldat qui a eu le visage brûlé en Tchétchénie, qui se réfugie dans le dessin. C'est une très belle fable, écrite dans une prose très efficace.
(1) : Bounine, Ivan Alekseïevitch (1870-1953), poète et romancier russe
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15/02/2012 08h20 J affirme quand tant que lecteur averti il serait impardonnable de passer à côté de ce roman !
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