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SÉLECTION POLAR 2010, une année meurtrière

- Le 26/11/2010

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2010 a été, en polar, l'année de tous les superlatifs. Il semble d'ailleurs qu'en temps de crise, le crime sur papier soit une valeur sûre pour les éditeurs. Et les lecteurs. Mais dans une production pléthorique, quelques romans surnagent. Les plus originaux, les plus marquants, les plus audacieux… Evene est allé pour vous à la pêche à ses perles noires.

Le plus combatif

On est tous d'accord avec R.J Ellory: assassiner d'innocents activistes sud-américains pour porter des Noriega et autres Pinochet au pouvoir, ce n'était pas très fair-play de la part de la CIA. Et continuer à tuer, trente ans plus tard, pour protéger ces dossiers noirs ­ -comme cela se passe dans ce polar- révèle, chez les membres de la célèbre agence, une certaine constance dans la malfaisance. Ellory compte parmi les (derniers ?) auteurs que le cynisme des âmes politiques et de leurs affidés scandalise. Attention, spécimen à protéger.

R.J Ellory, les Anonymes, traduit de l'anglais par Clémence Baude, éd. Sonatine, 668 p., 22 €.

Le plus terrifiant

Tuer son prochain sans bouger les orteils, c'est possible. Comment ? En imitant le psychopathe qui donne son nom à ce terrifiant roman italien, où les macchabés sont toujours servis atrocement cuisinés. Vous en avez vu d'autres, lu d'autres ? Sachez simplement que le polar commence par la disparition de 5 petites filles, suivie de la découverte de six petits bras gauches tranchés. Petit exercice pour les forts en math : énoncez la première énigme que devra résoudre la policière Mila Vasquez.

Le Chuchoteur, Donato Carrisi, traduit de l'italien par Anaïs Bokobza, éd. Calmann-Lévy, 440 p., 21,90 €.

Le plus sensuel

Vous en connaissez beaucoup, des polars qui aiment les huîtres ? Qui détaillent les fragrances et les teintes comme Largerfeld en personne, mais sans l'accent aristo-germanique ? Ingrid Astier est française, normalienne et elle aime la gastronomie, la peinture contemporaine, les parfums et les policiers. En particulier ceux de la brigade fluviale, héros de ce polar sensuel et éclectique, où, sous le Pont Mirabeau, coulent, avec la Seine, quelques jolies victimes.

Quai des enfers, Ingrid Astier, éd. Gallimard/Série Noire, 400 p., 17,50 €.

Le plus crépusculaire

L'inspecteur Wallander oublie son flingue dans un bar. L'inspecteur Wallander met le feu à sa cuisine. L'homme inquiet, un polar comique ? Au contraire, le Suédois Mankell a habillé de tonalités funèbres la dernière enquête de son policier préféré. Premières pièce du dossier : la disparition, aujourd'hui, d'un amiral, liée à l'apparition, jadis, d'un mystérieux sous-marin espion. Les conclusions donneront de solides justifications géopolitiques aux pessimistes chroniques.

Henning Mankell, L'homme inquiet, traduit du suédois par Anna Gibson, éd. du Seuil, 552 p., 22 €

Le plus sophistiqué

Des dizaines de personnages à suivre. D'innombrables intrigues à démêler. Les Etats-Unis, Haïti, Cuba, les Black Panthers, la CIA, le Ku-Klux-Klan… Il faut s'appeler James Ellroy pour parvenir à enfourner un monde entier dans un roman. En l'espèce, le monde des années Nixon, dont Underworld USA invente la contre-histoire criminelle. Rebutant ? Au contraire : l'écriture au M-16 d'Ellroy vous rend accro dès les premières pages à sa petite rythmique composées à partir de nombreuses déflagrations.

James Ellroy, Underworld USA, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Paul Gratias, éd. Rivages, 840 p., 24,50 €

Le plus anticapitaliste

Vous en avez marre de votre vie, assez de votre boulot, de votre patron ? Cela tombe bien : l'inspecteur Rebus aussi. Pourtant, lui, au moins, part à la retraite à 60 ans. Cela ne le réjouit guère, d'autant que sa dernière enquête ­ - sur le meurtre d'un ressortissant russe à Edimbourg- lui dévoile toute une série de magouilles répugnantes, alliant mafieux locaux, oligarques slaves bling-blings, banquiers au sourire stéradent, politiciens indépendantistes ou pas, tous unis par le profit… Les journaux appellent ça le « miracle économique écossais ». Alors Rebus, Ecossais pur malt, ronchonne. Ça vous étonne ?

Ian Rankin, Exit Music, traduit de l'anglais (Ecosse) par Daniel Lemoine, éd. du Masque, 446 p., 22 €.

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