Les extraits à découvrir
Quelques lignes à lire, l'essence d'un texte, quoi de plus beau, de plus
alléchant que ces phrases prises hors du contexte et qui donnent un
avant-goût de la plume d'auteur.
« Je me souviens que, lors d'un dîner à Cannes, Nicolas Cage a sauté sur la table et a chanté 'Love me tender', sous le regard perplexe de la délégation japonaise, peu incline à participer à cet étrange karaoké. »
« Je me souviens d'avoir rêvé d'Alfred Hitchcock. Mais dans mon rêve, Hitch était deux fois moins gros qu'en réalité. Et son comportement m'intriguait. Je l'accompagnais ce jour-là au tournoi de Wimbledon et ,au lieu de suivre la balle, ses yeux ne quittaient pas, sur l'autre bord du court, un spectateur à tête d'espoin. De sa poche semblait sortir le canon d'un revolver, et en l'observant mieux, je vis qu'il lui manquait la dernière phalange de l'annuaire. Au moment où l'un des joueurs s'apprêtait à écraser un smash gagnant, l'individu sortit son browning et tira sur Hitchcock. Tumulte, l'homme saute sur le court, s'enfuit, est rattrapé par un bobby qui le maîtrise et le menotte. En face, Alfred s'époussette et sourit. Il brandit un étui à cigares en argents qu'il portait toujours dans sa poche poitrine, et dit : «Coupez, merci, c'est tout pour aujourd'hui.» »
« Je me souviens que 'Le Canard Enchaîné' franchit chaque semaine le mur du çon »
« Je me souviens que, dans la griserie de l'adolescence, je m'étais convaincu qu'on écrit pour l'amour d'une femme. Écrire, c'était la forme que j'avais imaginée pour séduire une jeune romancière, peut-être parce qu'elle était plus mure que moi et aussi parce qu'elle écrivait, justement. Elle me lirait, donc elle apprendrait à me connaître, mieux que sur une piste de danse ou à la table d'un restaurant, forcément enfumés, forcément bruyants. Elle me lirait, m'admirerait, m'aimerait comme je croyais l'aimer, ou en tout cas se trouverait prête à bavarder toute la nuit, à me laisser la raccompagner, à m'offrir le dernier verre...Toute la nuit, toute la vie! »
« Il (Borzage) réalisait des films plus solidement ancrés dans la réalité quotidienne et, en même temps, proches du rêve, des rêves que nous faisons tous et que le cinéma nous aide parfois à atteindre. »
« C'est avec mon bras gauche lacéré et rougi que j'ai lu dans la Torah. Je ne suis pas certain qu'un seul membre de l'assistance se souvienne de l'épreuve infligée. Lier en apnée, le souffle coupé, à jeun, dans l'immense rouleau du texte le plus sacré qu'il soir, et parvenir à tenir tête à ce manuscrit et lui faire honneur, en le lisant à la lettre, avec un respect parfait de la cantillation, pour se rendre compte que, si c'est bien vous qui chantez, et plutôt bien, vous prolongez aussi un cri venu de la nuit des temps où, après tant d'autres, vous acceptez de vivre, vous aussi, au nom de la Loi. »
« Je ne sais plus ce qui m'a le plus affecté en cet automne 1980. La mort de Steve McQueen. Ou le triste retour de mon père à Paris, après trois semaines de chasse au trésor au Venezuela. J'ai longtemps cru ces deux évènements disjoints. Rapprochés sur l'échelle du temps, mais trop différents en nature comme en valeur pour se côtoyer. Il existe pourtant un lien intime entre la disparition, la veille de mes 20 ans, de l'acteur qui a éclairé mon existence, et les innombrables tentatives, flamboyantes et vaines, de mon père pour devenir riche. »
« Goût : Insensiblement nous sommes passés du goût des belles choses au goût pour les bonnes choses. L’artiste le plus célèbre aujourd’hui est le cuisinier. Notre estomac est un musée éphémère. »
« Qui est inhumain? L'animal, oui. L'homme, non. Trop facile de décréter que ceux qui nous horrifient ne sont plus nos semblables, de les chasser du genre humain en les décrétant monstres. Ils restent des hommes, des hommes que chacun d'entre nous peut devenir à tout moment. Nos frères, en somme. Les limites de l'humain sont celles de ses tourments et de ses plaisirs, ils sont infinis. "Le monstre que l'on croit l'exception est la règle", écrivait Hugo qui en connaissait un bout sur les hommes, il les contenait tous. »
« Glouton : Ce mot semble être l'exact bruit d'un demi-hamburger passant de la glotte à l’œsophage d'un obèse. »
« Cartilagineux : J'aime cet endroit qui ne se décide pas à être os ou viande. C'est la seule partie de nous-mêmes qui nous ressemble, nous qui hésitons encore à être ou à ne pas être. »
« On voit en effet sur l'écran le lycée Lee de Forest... quel spectacle... les cris ! les hurlements ! les slogans ! Une centaine de policiers, dirait-on, essayant de contenir une foule... une foule de visages sombres, des Negs et toutes les nuances de brun, de Neg à beige, et entre les deux... ils crient, ils hurlent, cette foule, ils sont tellement jeunes. »
« C'était samedi matin et elles étaient déjà dehors à arroser leurs cours bétonnées d'un bout à l'autre de la rue. Les hommes auraient préféré mourir plutôt que de se faire surprendre avec un de ces tuyaux d'arrosage à la main. C'était un boulot de femme. La première chose que ferait sa mère quand elle se lèverait : nettoyer à grande eau leur jardinet dur comme le roc de quinze mètres sur six. Dommage que l'eau ne fasse pas pousser le béton. À l'heure qu'il était, leur cour aurait compté cinquante étages de haut. »
« Ici, sur le bateau, le BEAT, le BEAT, le BEAT sortait des baffles en COGNANT COGNANT COGNANT. Elle voyait des filles sur le pont supérieur qui dansaient entre elles... quasiment nues. Tout un troupeau de filles en string ! ... avec des ficelles qui disparaissaient dans la raie de leurs fesses... Elles chevauchaient leurs selles pelviennes à cru, secouaient la tête et envoyaient voltiger leurs crinières blondes - de blondes americanas - et soudain elle se sentit prise au piège... au milieu d'une horde vulgaire d'étrangers... »
« - Vous êtes bisexuel c'est bien ça? Vous trouvez que c'est normal, que c'est naturel? Que ça mérite la sympathie? Vous n'êtes qu'un golfeur ambidextre, me jeta-t-il en ouvrant la porte. [...] - Mon jeune ami, répliquai-je vertement sur le ton le plus missfrostien (une vie d'efforts pour imiter cette voix ironique et si troublante), mon jeune ami, je vous prierai de ne pas me coller d'étiquette. Ne me fourrez pas dans une catégorie avant même de me connaître ! »
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citation du jour
« La vérité est une catin qui ne résiste pas aux examens rigoureux. »
de Ethan et Joel Coen
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