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« Némésis »
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Némésis
de Philip Roth, Marie-Claire Pasquier
Commandez avec 5% de remise sur Fnac.com - livraison gratuitecritiques & avis
la critique evene
Avant d’attaquer le premier des trois chapitres de « Némésis », il vaut la peine de jeter un œil à la liste des livres du même auteur : l’œuvre de Roth est minutieusement organisée en cycles. Et désormais, donc, la tétralogie « Némésis » qui, outre ce dernier roman, rassemble « Un homme », « Indignation » et « Le Rabaissement ». Pourtant, en dépit de ce choix de classement, c’est plutôt de son roman uchronique « Le Complot contre l’Amérique » qu’on aurait envie de rapprocher « Némésis », en raison à la fois de son décor (Newark pendant la deuxième guerre mondiale) et de l’atmosphère de menace qui l’imprègne. Bucky Cantor, 23 ans, est un brave prof de gym à Newark. Nous sommes en pleine guerre mondiale ; Bucky aurait rêvé de partir au front mais il a été réformé à cause de sa mauvaise vue, et en a honte. C’est alors que la polio s’abat sur la ville : plusieurs enfants tombent malade, paralysés, certains finissent par mourir. Bucky tente de protéger les enfants sains, présente ses condoléances aux familles, fait ce qu’il peut pour agir en homme droit et responsable ; faute de participer à la guerre, il mènera la sienne ici, contre la polio. Du début à la fin, le héros de Roth tentera de comprendre ce qui se passe, allant jusqu’à accuser Dieu pour les plaies qu’Il laisse s’abattre sur le monde (la polio qui frappe les enfants), sans voir qu’il n’y a au fond rien à comprendre, parce que l’histoire n’a pas de sens. Contrairement au narrateur, un des gosses tombés malades qu’il retrouve 25 ans plus tard à la fin du roman pour un dialogue saisissant, Bucky n’aura jamais la sagesse de l’admettre. Et le dernier mot du livre (qui est annoncé par Roth comme son dernier), avec une ironie sinistre et accablante, désigne ce que le malheureux Bucky Cantor n’aura précisément pas été en dépit de sa volonté, parce que personne au fond ne l’est jamais : « Invincible ».
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