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« ses clients ne réclamaient pas de l’art, mais la vérité d’un instant qui avait le goût ou l’avant-goût de l’éternité »
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A la fin du XIXe siècle, dans le haut Limousin, territoire disgracié de la France rurale, un jeune homme, fils naturel d'une simple d'esprit et d'un inconnu, affligé d'un pied-bot, pauvre de surcroît, découvre les gestes et la technique qui feront de lui un photographe ambulant. Il était né en 1866 et s'est suicidé en 1910. Retrouvées dans le grenier de la mairie d'Aix-la-Marsalouse, ses plaques témoignent d'un singulier souci de donner à voir ce qui n'avait pour ainsi dire pas d'image : une population appelée à disparaître dans les décennies à venir.

par Thomas FlamerionL’art du bref, c’est la faculté de saisir la plus petite unité de temps sur papier glacé, c’est le sixième art, celui de la photographie. Dans ce “bref” essai (la tentation était trop grande), Richard Millet nous dit les ans qui passent et que l’on tente de capturer en les “immortalisant”. Il nous dit aussi les êtres qui trépassent et que l’on espère garder auprès de soi en fixant leurs moments de bonheur. Ils nous dit encore l’impossibilité d’une telle entreprise, puisque la photographie ne prolonge pas la vie dans la mort, puisque la captation de l’essence de l’être est un fantasme, puisqu’on ne saisit que l’enrobage de l’âme - que ce qui matérialise l’insaisissable. On comprend alors que pour Millet la transmission orale prend vraisemblablement le pas sur les souvenirs sur négatif.
Cet essai verse irrésistiblement dans la nouvelle, dans le récit sur la différence et sur les rapports intergénérationnels. Avec la vie du pied-bot Antoine Coudert, photographe de son état, l’auteur peint surtout l’histoire d’une lutte contre l’intolérance. Son héros semble porter la marque du destin familial, il traîne la croix des erreurs du passé, et c’est dans l’art de capter les instants des autres qu’il peut, à l’abri de son appareil, glaner les sourires et les joies que la vie ne lui autorise pas.
Dans une langue élégante, parfois un peu maniérée, sensible et empreinte de nostalgie, Richard Millet nous conte cette histoire d’un autre temps, comme à la veillée, au coin du feu. Ponctué de dessins au fusain dans le ton de ce récit désenchanté, ‘L’Art du bref’ est un essai-hommage au méconnu Coudert, autant qu’une réflexion sur l’incontrôlable fuite du temps. Bref mais profond.
Prix éditeur : 14.5 euros - Prix Fnac.com : 13.78 euros
Nombre de pages : 104 pages ISBN : 2070781364
Art
Cet ouvrage n'est pas une simple biographie d'Antoine Coudert, c'est aussi une réflexion sur la photographie, laquelle n'est peut-être pas un art - ou alors un art par défaut, un art modeste, un art du bref.
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«Qu’est-ce que la vérité d’un visage, sinon ce qu’elle laisse deviner de l’âme ?»
[ Richard Millet ] - Extrait de L’Art du bref
La première phrase
Un innocent ? Une sorte de fou ? N'en croyez rien, surtout, et n'allez pas imaginer que les simples soient ce qu'ils semblent.
Morceau choisi
'Fou, lui ? Non pas, même si on l'appelait le Toqué, et sa mère la Toquée, une simple d'esprit, tout le contraire de son petit, lequel aurait plutôt inquiété, pensez, le fils d'une fille de ferme et d'un inconnu passant immanquablement pour étrange, surtout quand on naît dans un coin d'étable, c'est moins déshonorant que dehors, la nuit, le 23 juillet, celui de 1866, sur la paille, entre le boeuf et le bourricot, mais sans Rois mages [... ]
- chapitre : II - page : 19 - éditeur : Gallimard - date d'édition : 2006 -
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Originaire du Limousin, Richard Millet vit de sept à quatorze ans au Liban, sa deuxième culture, puis rentre à Paris. Son écriture rend hommage à sa terre natale et à son pays d'adoption. En 1977, il rencontre Louis-René des Forêts, l'auteur du 'Bavard'. Celui-ci lui enseigne qu'écrire est une véritable épreuve physique. Son vingt-cinquième roman, 'Ma vie parmi les ombres', se déroule [...]
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